‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 47 sur 118 · CHAPITRE Xtl. 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xtl. 1S

du bien; que tout autour d'eux leur présente Timage de la vertu, et qu'on la leur fasse pratiquer, et la vertu leur deviendra comme naturelle.

» Deuxièmement, écarter soigneusement de leur esprit et de leur cœur toute idée fausse, tout sentiment contraire à la vertu. Malheureusement, il est impossible qu'ils n'entendent et ne voient des choses d'autant plus capables de laisser en eux des impressions fâcheuses, que notre cœur et notre esprit ont un penchant décidé vers le mal; aussi faut-il une vigilance continuelle pour redresser en eux les faux jugements, corriger les préjugés, donner au cœur un penchant aisé vers les sentiments nobles, délicats et vertueux. Ainsi, tandis qu'en général ils verront redouter la mort, détester la pauvreté, se plaindre des souffrances, comme si tout cela était les plus grands maux ; aimer la vie, en rechercher avec empressement les commodités et les agréments, estimer les richesses et les honneurs, comme si c'étaient là les plus grands biens, vous leur inculquerez qu'il n'y a qu'un seul et véritable mal, le péché; qu'un seul et véritable bien, la grâce de Dieu, puisque ce sont là, et le seul bien et le seul mal qui soient durables; et que par conséquent ils ne doivent redouter que le vice et désirer réellement que la vertu.

» Quant au succès, vous devez l'attendre d'abord du ciel, à qui vous ne devez pas vous lasser de le demander, et ensuite d'une patience et d'une constance inaltérables, patience à supporter les défauts nombreux de l'enfance, et, ce qui parait plus difficile encore, à ne recueillir qu'avec lenteur; constance à planter, à arracher, à semer sans 6n et sans mesure,

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à veUter sms repos, à multiplier les moyenii e( à foire pl«is de fonds sur les iostractions iodireeieSi mais mille fois répétées, sur la coDtinuité et l'ensemble des efforts que sur des leçons directes dont les enfants se délient, ou au moins dont ils s'ennuyent le plus souvent. »

M. de Simony termine et couronne cette suite de sages conseils par Tei^posé des devoirs généraux qvà attachent Phomme à Dieu* U a réservé ces devoirs pour la fin y non pas assurément, dit-il, qu'ils ne doivent marcher qu'après les autres, mais ati contraire parce qu'ils sont le point unique auquel tout se rapporte, et qu'étant les fondements de la vertu, ils doivent aui^si en couronner Tédifice. Qn nous pardonnera de donner encore quelques ei^traits de cette dernière partie, et de faire voir en particulier avec quelle force M. de Simony combat ce pernicieux usage qui tend pour ainsi dire à faire de l'homme deux parts : l'une pour le monde, et l'autre pour Dieu. L'homme véritablement chrétien l'est tout entier, partout et toujours, telle #st la vérité qu'il cherche à établir.

« «te veux commencer par détruire ici un préjugé assez ordinaire et que le langage de gens, d'ailleurs très-religieux et très-sensés, suppose communément. Ce préjugé consiste à partager pour ainsi dire l'homme en deux, à distinguer en lui l'homme moral et l'homme chrétien, à faire un triage de ses actions pour en consacrer quelques-unes à Dieu et laisser les autres dans le vague de la moralité, ainsi qu'on s'exprime. 11 semble donc que le chrétien ne soit pas chrétien à toute heure, à tout moment, que Dieu ne doive

pas aaim^r toQtos nos p^osées, (oas no« sentiments, tout^ nos actions ; en un mot, que ce ne soit pas en lui et uniquement pour lui que nous existons, que nous nous mouvons, que nous agissons.

» Pour détruire cette erreur, il suffit de se faire de la religion une idée juste et entière; considérons-la donc dans son ensemble et avec tous ses droits.

s^ La religion n'est autre chose que la réunion des liens qui nous attachent à Dieu ; mais ce mot ne ren* ferme-t-il pas tout? Dieu a-t-il pu nous créer pour autre chose que pour lui, et en recevant la vie, Q'avQOs-nous pas oontr^jcté l'étroite obligation de la conserver tout entière au Créateur? L'Apôtre a donc raison de dire que, soit que nous vivions, soit que nous oatourrionsy nous sonunes au Seigneur. Tout donc, depuis le premier jusqu'au dernier soupir de notre vie, doit être dans l'ordre de h religion.

» Le roi doit être chrétien sur le trône, le magistrat wr son tribunal, le père de famille dans sa maison, l'artisan à soi^ travail; ainsi, loin que, comme on le pense souvent^ il y ait telle action, tel état nécessaire à la société et digne d'un honnête homme, incompatible cependant avec la religion; tout, soins du corps, satisfaction légitime, élude, travail, affaires, divertissements, appareil de la grandeur politique, emploi de l'autorité, usage des biens, tout, dis-je, doit aller en dernière fin vers Dieu; et pour tout renfermer en un seul mot, qui est le premier de la loi et qui la renferma toute, il faut aimer Pieu dç tout son cœur, de tout son esprit, de toutes ses forces. Voilà tout l'homme, voilà toute la religion. Ce n'est point l'idée que l'on s'en fait pour l'ordinaire; la religion n'est

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guère considérée qae comme une pièce de Rapport qu'on peut ou ajouter à la vie ou en retrancher sans que Tensemble en soit troublé, et au lieu de faire rouler la conduite sur le pivot unique de la religion, on accommode la religion à sa conduite; en un mot, ou fait deux parts de sa vie : une pour soi, Paulre pour Dieu, et que celle-ci est petite I

» La raison de tout ceci, c'est qu'on ne considère Dieu que comme un maître, sa loi que comme un joug; c'est que, tout attachés à nos penchants, à nos convoitises, nous ne voyons dans la religion que renoncement. De là vient que nombre d'honnêtes gens, qui se piquent même de religion, nourrissent au-dedans d'eux-mêmes la crainte d'en trop faire pour Dieu.

» On veut encore bien être chrétien, mais s'en tenir au strict nécessaire ; on redoute l'idée de piété, on a une espèce d'horreur du mot de dévotion ; tout ce qui n'est pas expressément commandé parait non-seulement superflu , mais excessif; tout ce qu'un usage souvent entièrement opposé aux maximes de l'Ëvangile, consacre, est permis. Ce n'est pas tout encore; afin de n'avoir pas à se condamner soi-même, on condamne avec amertume quiconque veut être conséquent avec ses principes et s'écarter dans sa conduite de la tolérance mondaine ; ainsi on traite avec Dieu comme avec un maître dont on reconnaît la puissance, mais dont on n'aime point l'autorité; on redoute ses châtiments, mais on ne fait aucun cas de ses récompenses; on lui donne des hommages forcés, mais on lui refuse le cœur; on chicane avec lui son obéissance; on ne lui accorde que ce qu'on croit à toute rigueur ne pouvoir lui refuser, et comment le \\x\ donne-t-on? Enfin, on

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ftioie à se rassorer sar la quaHté d^ ohrétiaD qu'oQ sa donne, ai on rougit de le i)araUre aux yeux d'aatnii. Esl-ee là connaître Dieu? N'est-ce pas plutôt, on le regarder comme un tyran odieux et renier en quelque sorte sa qualité de père, ou blasphémer sa bonté en s'autorisant de la miséricorde pour mépriser son amour. » Pour vous, cher ami, dont le cœur a été ouvert de si bonne heure aux impressions de la piété, ymis ne serec pmnt effrayé de ce mot; vous avez eu le précieux avantage d'en voir les fruits sous vos yeux. Tous avez vu combien peu elle est triste , à charge aux autres, ennemie de la paix ; au contraire, vous avez toujours trouvé campagnes de la piété solide, la galté, Fégalilé d'humeur, en un mot, la paix intérieure, source véritable du bonheur. Vous ne croyez donc pas que. quand même des circonstances que je ne puis prévoir, vous forceraient à pratiquer le monde pîus qae votre goût ne vous y porte, vous ne puissiez de* meurer ferme dans les principes et dans la pratique de la piété. »

Ott s'alarme dans le monde, au setd nom de dévotion; l'esprit étroH de certaines personnes n« petit se figurer la pratique de la piété ailleurs que dans la solitude d'un désert, ou d'un clottre. Voici comme M. de Simooy combat ce funeste préjugé :

« Les actes de religion d'un homme du monde ne sont pas, en effet, ceux d'an solitaire; mais ils parlent d'un même principe, et Dieu doit aussi bien se trouver dans l'aceomplissement des devoirs les plus attachants, au milieu des occupations les plus multipliées que dans le silence de cloître. Saint Louis, en effet , combattant, faisant des lois ou traitant les secrets de

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la politique, aa milieu de son conseil ou au sein de sa famillOi était aussi chrétien, aussi saint qu'aux pieds de son crucifix. Le fonds, le principal de la religion ne consiste point uniquement, comme bien des gens se l'imaginent, dans le culte et dans la fréquentation des sacrements; ce n'en est là qu'une partie, ou plutôt ce ne sont là que les moyens essentiels qui rendent fidèle à la vérité. La vraie, la solide dévotion consiste dans l'accomplissement de tous ses devoirs de créature et d'enfant de Dieu, de fils, de père, d'époux, de membre de la société, de l'état et de la condition où Dieu nous a placés, etc., etc. Ainsi, mener une vie oisive, nonchalante, tout occupée de ses aises, et être exact aux pratiqués extérieures de la religion, c'est déshonorer Dieu d'une part, tandis qu'on prétend l'honorer de l'autre; de même qu'être honnête homme selon le monde, et négliger les pratiques dont la religion nous fait un devoir, c'est être rebelle et ingrat aux yeux de Dieu. Puisque vous êtes chrétien, pensez donc, parlez, agissez en chrétien. )>

M. de Simony traite ensuite, avec ce ton de religion et de piété qui lui était habituel, de la pratique de cette vie chrétienne, de l'estime, de l'usage qu'un chrétien doit faire des biens de ce monde, de la pureté d'intention, de la fuite des occasions, du zèle pour propager le règne de Dieu, de la pratique de l'oraison, de la patience dans les souffrances. Entre autres réflexions^ il faut remarquer ce qu'il dit des soins exagérés que prennent de leur santé « ces gens oisifs et désœuvrés, qui, comme le disait un écrivain du dernier siècle, ne sachant que faire de leur temps, le passent à se conserver. »

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« Dans les peines, les souffrances, les privations de tout genre auxquelles vous serez eiposé, ne soyez pas comme ceux qui n'ont point d'espérance; recevez tout de la main de Dieu avec patience et résignation, en fixant les yeux sur Jésus-Cbrist, Phomme de doo* leurs, et sur les jouissances célestes que vous attendez. Dans les pertes, les injustices, les contradictions que vous éprouverez, tenez votre àme à deux mains, pour ne former aucun sentiment, ne laisser échapper aucane plainte indigne d'un homme que la raison et la foi mettent au-dessus des coups de la fortune.

» N'ayez pour la vie qu'un attachement raisonnable; puisqu'elle doit finir, qu'importent quelques jours de plus ou du moins? La santé est un bien dont nous serons comptables comme des autres, si nous la sacrifions à l'intempérance, aux plaisirs excessifs, aux veilles inutiles, à la mollesse qui la ruinent; mais il faut bien se garder d'avoir pour elle ces soins empressés, ces précautions inquiètes, ces ménagements puériles qui sont les symptômes d'une àme plus malade que le corps. Il ne faut pas s'en occuper soi-même, et encore moins en occuper les autres plus qu'il ne convient à celui qui apprécie la vie en sage, et encore plus en chrétien. »

La péroraison de ce petit écrit est semblable à l'exorde; c'est une effusion de cœur, c'est un appel touchant aux sentiments de confiance et d'amitié qui unissaient si étroitement le maître et l'élève, a En vous adressant, cher et bien-aimé fils, ce petit écrit, j'ai la confiance qu'aucune des paroles qu'il renferme ne sera perdue pour vous. C'est la voix d'un ami qui répand son àme dans l'àme de son ami. Nos cœurs s'entendent

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Irop biea pour que j'aie rien cherché à vous déguiser de mes sentimeois h votre égard. Je vous aï dit la vérité avec franchise , parce que je suis assuré que vous la recevrez avec joie, surtout de la bouche d'un ami que vous chérissez comme il vous chérit. Je me plais dans l'idée que, réunis ou séparés, vous aimerei à retrouver dans ces pages Tépanchement d'un cœur tout à vous, et que vous les relirez souvent, ne fût-ce que pour y reconnaître les soins que m'a inspirés une tendresse qui doit durer autant que vous en serez digne, c'est-à-dire pendant toute cette vie et celle qui lui succédera. C'est là, cher ami, je l'espère, que nous serons réunis à jamais dans le sein de Dieu même. » Nous nous sommes laissé entraîner un peu loin, peut-être, dans les extraits que nous avons donnés de ce petit écrit. Notre excuse, si nous en avions besoin, serait tout entière dans ces citations elles-mêmes. D'ailleurs, en lisant, en méditant ces sajges conseils de celui qui fut notre père, il nous semblait entendre sa voix douce et paternelle nous les adresser à nousmêmes, et, sous l'impression de ce sentiment, il n'y avait place dans notre àme que pour un regret, celui d'être obligé de faire un choix, et de ne pas reproduire ce petit ouvrage dans son entier.

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