‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 52 sur 118 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

politesse et d'égards; ainsi, mon cher ami, prenez-en à votre aise, et souvenez-vous seulement que, quand vous m'écrivez, je prends cela pour une marque d'amitié à laquelle je suis fort sensible.

r> Quant au défi que je vous ai fait, et auquel vous prenez l'engagement de répondre, s'il ne s'agissait que d'une lutte entre nos qualités respectives du corps ou de l'esprit, quoique je me sois bien avancé, je préférerais encore me retirer prudemment plutôt que de me présenter à une défaite assurée; mais comme, dans le combat auquel je vous invite, j^ai la vérité même pour boaclier, j'ose me croire invulnérable, d'autant plus que j'ai pour garant de ma victoire la droiture même de votre raison et la bonté de voire cœur. Et si déjà vous n'avez pas ouvert l'un et l'autre à la parole de Dieu, c'est que vous ne la connaissez pas encore, c'est que vous n'avez pu comprendre de quel prix est la foi, celte foi que vous n'avez appréciée jusqu'ici que sur les déclamations de prétendus philosophes qui n'ont fait qu'habiller à la moderne des objections et des sarcasmes mille fois pulvérisés, et des systèmes dont l'absurdité a été démontrée bien longtemps avant eux. Et quand ils auraient dit quelque chose de neuf, il me semble que leurs principes en politique comme en morale, leur conduite personnelle et les fruits amers que l'Europe a recueillis et recueille encore tous les jours des opinions qu'ils ont semées, suffirait pour me les rendre suspectes, si par là même leur malice ne m'était pas démontrée. »

H. de Simony établit ensuite nn des parallèles les plus frappants entre la philosophie et la foi chrétienne. Il demande successivement à l'une et à l'autre

ce qa^dles enseignent à Tbomme snr les points qui lut importent le plus de connaître, et il ternoine dinsi ce parallèle : <c  ce simple aperça des deux doctrines, vers laquelle, dites-moi, mon frère, doit pencher un cœur droit, exempt de préjugés et de passions? Ab! je sens trop bien qu'il y a un rapport intime entre là première et les sentiments de mon cœur pour douter qu^ls n'aient été faits réciproquement Pun pour l'autre.

)) Mais je m'aperçois, mon cber frère, que je laisse couler ma plume, au risque d'abuser de votre patience; pardonnez au vif désir que ^'éprouve de vous voir acquérir le plus précieux de tous les biens, de voir nos sentiments se confondre dans l'unité de la foi, comme ils sont confondus dans les liens d'une même tendresse et d'une même amitié. Au reste, si vous trouviez que j'excède, je n^aurai garde de m^offenser que vous me le disiez. De même que je vous parle à cœur ouvert, montrez-moi le vôtre sans détour. Je veux y entrer, mais non par une autre porte que celle qu'il vous plaira de m'ouvrir... »

On a pu remarquer dans les lettres de M. de Simony que nous avons citées jusqu'ici, que la disposition habituelle de son âme était une foi vive à la Providence, dont il adorait la conduite dans tous les événements heureux ou malheureux de sa vie. Celte disposition ne fit que s'accrottre en lui depuis la mort du jeune duc de Sully. Il vit plus que jamais, dans ce coup, que la mort venait de frapper à ses côtés, Fimpression de la main de Dieu, qui brisait les liens les plus chers à son cœur, pour l'avertir de tourner vers lui toutes ses affections. Il passa une année entière dans la solitude, occupé de ces réflexions, méditant

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5{ir la vanité des espérances de la terre, sur les voies par lesquelles la Providence l'avait conduit jusque-là} et prêtant l'oreille à Dieu qui le rappelait intérieure^ ment au service des autels. Pour discerner plus sûre^ ment les desseins de Dieu sur lui, il fit une retraite de plusieurs jours, sous la direction des hommes les plus éclairés et les plus vertueux. Il ne voulait que la volonté de Dieu, il ne cherchait à la connaître que pour s'y soumettre, quoi qu'il dût lui en coûter; elle lui fut bientôt révélée. Dès-lors son parti fut pris irrévoca* blement. 11 avait tenu secret, jusque-là, le projet qu'il nourrissait depuis longtemps. Les deux premières personnes auxquelles il s'en ouvrit furent son beaufrère et sa soeur. Les deux lettres qu'il leur écrivit pour leur faire connaître sa résolution, peignent au naturel la générosité de son coeur, la noblesse de ses sentiments, la pureté de ses intentions. La marche toute différente qu'il suit pour leur apprendre cette nouvelle, fait voir qu'il connaissait parfaitement les dispositions bien dififérentes aussi de leur esprit et de leur cœur en matière de religion, et qu'il savait s'y conformer.

a Voici, cher et excellent frère, la lettre que vous m'avez demandée avec un si aimable empressement, et que j'en ai beaucoup à vous adresser, puisqu'elle contient l'annonce d'un des événements les plus importants de ma vie. Je vous demande, au nom de l'amitié, de la lire jusqu'à la 6n, quelque longue et quelque importune qu'elle vous paraisse, et de me faire part, dans votre réponse, des sentiments, quels qu'ils soieojt, qu'elle vous aura fait éprouver. En la jugeant, vous jugerez mon àme tout entière. J'ai voulu la

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verser, pour ainsi dire, dans la vôtre, par Texposé de mes pensées et de tous mes sentiments. 9

Après ce petit exorde, M. de Simony fait un court exposé des principes fondamentaux de la religion catMique, ou bien, pour nous servir de ses exprèssionsy une espèce de profession de foi. Puis il continue en ces termes : a Mais où tendent ces réflexions? que veut dire cette profession de foi? Le voici : Si tout homme se doit à Dieu, je m'y dois comme un autre. Un serviteur fidèle ne compte point les peines, ne calcule point les privations, ne cherche point son repos ; tout son désir est d'accomplir la volonté de son maître. Dieu a confié à chacun de nous quelque talent pour le faire valoir, et sa justice nous en demandera un compte rigoureux. Quel est celui dont je lui suis redevable, à quel emploi, en un mot, sa Providence m'appelle-t-elle? Jusqu'à ce jour, je me suis abandonné à sa conduite, et elle ne m'a jamais manqué, elle a subvenu à tous mes besoins ; et à chacune des amertumes que j'ai eues à goûter pendant ma vie, elle a mêlé la douceur de ses consolations. Serai-je ingrat? et aux bienfaits dont elle m'a comblé, ne répondrai-je que par un lâche amour de mon repos, que par un attachement exclusif à mes satisfactions personnelles? Je sens qu'il n'est aucun sacrifice que je ne fusse prêt à faire pour les amis que Dieu m'a donnés; comment ne serais-je pas disposé à faire les plus grands pour Dieu lui-même? Mais comment connaitrai-je sa volonté, et qui m'indiquera la route où je dois marcher? Il reste encore, en dépit de la dépravation générale, quelques hommes d'un cœur droit, d'une àme pure, fidèles, désintéressés, exclusivement amis de la vérité

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