CHAPITRE XIV
prendre son frère. La haale piété de M. de Simony, le spectacle de ses vertus, ses entretiens pleins d'une onction toute , céleste , étaient pour elle un soutien puissant, une douce consolation. Mais cette àme profondément chrétienne fit, au bien de l'Eglise, ce nouveau sacrifice. La lettre qu'elle écrivit à M"'* de YillerSi après le départ de M. de Simony pour le séminaire, est le plus beau témoignage que le monde pût rendre à sa vertu. Saint Grégoire de Nazianze ne faisait pas un plus bel éloge de saint Basile, lorsqu'il disait de lui qu'il était prêtre avant que d'être prêtre, qu'il en avait les vertus avant que d'en avoir le caractère.
« J'ai attendu que votre excellent frère eût quitté Mousseaux, pour répondre à la bonne et aimable lettre dont vous l'aviez chargé. Vous parler de lui, sera une satisfaction pour vous et pour moi, f)uisque je partage si bien tous vos sentiments sur le parti si louable et si généreux, dans les circonstances actuelles, auquel il se détermine.
T> Dans le petit nombre de sacrifices qui peuvent me rester à faire dans ce monde, celui-ci est sûrement un des plus vivement sentis ; mais peut-on en faire pour une plus belle cause, puisqu'on doit y voir son propre avantage, et le bien de l'Eglise qui a tant de besoin que Dieu lui envoie de tels ministres! II avait dans le monde l'esprit et les vertus de l'état sublime auquel il se destine; n'est-il pas juste qu'il consacre entièrement à Dieu les dons si précieux qu'il en a reçus, dans un temps où les sujets qu'on peut lui comparer deviennent si rares; je sais que ces puissants motifs n'ont pas moins d'empire sur vous pour adoucir
4ê6 YIB DB MOfrssifiirilift ds simont.
UD sacrifice qui ne peQi manquer de vous être bien sensible. Je me plais à m^en entretenir avee vous et à me les retracer. Son henreux enfant prie déjà ponr lui, je Pespère, et lui obtiendra toutes les grâces dont il aura besoin. Hélas 1 quand pourrai-je unir mes vœux aux siens et à ceux de son père? Je ne suis pas digne d'un tel bonheur, qui jamais ne peut être assez acheté par les plus longs et les plus douloureux sacrifices I.*.i>
CHÂPITKI xw. 467
CHAWTRE XV.
M. de Simony rentre an eéminaire de Saint-Solj^ice. — Sm ^^j^oÂtiona intérieiures. — Témoignage rei^dct à aes y^rtua. — U reçoit le sous-diaconat. ^ Ses impressions dans cette circonstance. — Son application aux études théologiques. — n est pronra au diaconat. — Haute idée qu'il s'était formée an sacerdoce. — Sa piété. — Maladie et mort de U^ de Sully. — If. de Simony raâaiyte dans iee derniers moments.
Le séminaire de Saint-Salpice avait alora pour su* périeur M. Emery, qui avait succédé, rauDée^TSâ, à M. le Gallio, en qualité de supérieur géaéral. Aussitét que le régime de la terreur avait paru cesser, M. Emery s^étaii empressé de réunir, dans une maison de la rue du faubourg Saint-Jacques, quelques jeunes gens dont la vocation courageuse avait persévéré malgré les événements. Après le concordat et le rétablissement légal du culte en France, il avait donné au séminaire une existence régulière, en le transférant dans une maison plus convenable, dans la rue du Pot^de-Fer, où il demeura jusqu'en 48^, époque de roccupatton du séminaire actuel. Digne successeur de M. Olier et de M. Tronson, «c ambitieux seulement de faire le bien, dit Chateaubriand, M. Emery n'agissait que dans le cercle do la plus grande prospérité d'un séminaire *. » Il s'appliquait avec sèle à réparer les pertes immenses de PÉglise de Franee, et à faire revivre dans le jeune
1 Attmc^reB â'<Hâre4omft)e, tome iv.
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clergé les traditions de la science thédogique et de Tesprit sacerdotal que les prêtres de sa compagnie avaient conservées précieusement pendant les jours de malheur. 11 était un de ceui que M. de Simony avait consultés pour savoir s'il devait suivre sa première vocation. Un coup d'œil juste, un jugement sain, un grand discernement des hommes , un tact exquis, caractérisaient surtout M. Emery. Il reconnut dans la conduite de Dieu sur M. de Simony les marques d'une vocation certaine, et le fortiûa dans sa résolution. M. de Simony rentra donc au séminaire de Saiut-Sulpice, au mois d'octobre de l'année 4808.
Nous pouvons juger de ses dispositions intérieures, ^n quittant le monde pour suivre de nouveau la voie où Dieu l'appelait, par les résolutions qu'il prit pendant la retraite générale du commencement de l'année scolaire. Nous les transcrivons ici dans leur simplicité:
« 4^ La sainte volonté de Dieu.
» ^ Ne pas m'inquiéter si j'ai la foi ou si je ne l'ai pas, mais agir en tout suivant ses lumières. Offrir le plus souvent que je pourrai mes actions à Jésus-Christ pour les faire selon loi et en union avec lui, et tâcher de conformer le plus directement que je pourrai mon intention à la sienne.
» 3* Faire toujours chacune de mes actions le mieux qu'il me sera possible, et me demander si c'est bien celle que Dieu veut de moi en ce moment.
9 4® Ne perdre aucun instant pour acquérir tout ce que je pourrai de science et de piété, et ne pas m'écouter dans mes dégoûts et mes répugnances.
)) 5® Mettre dans mes actions et mes pensées le plus
ghàpith^ xy. t<(9
de simplioil^ e> ^drpiiaro 4'ii^^ntUMi que ji9 pourraii et surtbut renoi^per à tou^ amour^propre*
» 6^ Ne point regarder en arrière, et la volonté de Dieu m'étant biep cûnnu^y aller toujours en ayant sans pusillanioiité.
^ 7*^ Penser souvent à la mort qui fait tant d'impression sur moi et me fait si bien voir toute la vanité des attaches de la vie.
» 8^ M'entretenir du bonbeur qu'il y a d^ connaître Dieu toujours davantage, de le servir et de le faire servir.
» 9® Penser au prix d'une àme et à la sublimité du ministère sacerdot^, ainsi qu'aux consolations qu« Voa y gpûte. »
« 24 mai 180^.
» Je renouvelé et confirme toutes les résokitiwi ci-dessus, et je remercie Dieu de ce qu'il a bien voulu venir au secours de ma faiblesse et me faire surmonter les tentations auxquelles il a permis que je fusse exposé. Je me résigne de nouveau à tout ce qu'il lui plaira d'ordonner de moi, dans toutes les époques, dans toutes les circonstances de k vie* Je le bénis de ce qu'il m'a mis à même de lui offrir quelques sacri*> ficee et de racheter mes péebés par quelques renoncements; »
M. de Simony ne lut pas l<mgtemps au stoinaire de Saint-Snlpîce sans être entouré de Vestime et de la vénération dues à son âge, à son expérience et à ses verlus. U possédait toutes les qualités qui rendent un hiunme necompU se\<m le mon(to, sans avoir l'esprit du monde; mais ce qui frappait surtout en lui, c'était une candeur armée d'une volonté réfléchie^ une vertu
470 TIE BB HOI^SEIGHBITR DE SIHONT.
solide et plus affermie en raison même des dangers qu'elle avait traversés; une piété tendre sans affectation; un cœur plein de Dieu, une dignité sans prétention , une modestie tout angélique. Il semblait avoir déjà dans sa plénitude, en entrant au séminaire, cet esprit sacerdotal dont les autres y venaient chercher les prémices. Aussi, bien que les inclinations de son àme simple et modeste lui aient fait constamment éviter tout ce qui pouvait le faire remarquer, on ne pouvait assez admirer, dans un homme qui avait vécu si longtemps dans le monde, cet ensemble de vertus ecclésiastiques qui indiquaient plutôt un prêtre consommé qu'un aspirant au sacerdoce. Ceux qui lui servaient de guide le regardaient déjà comme un modèle. « Nous avions alors pour condisciples, nous dit un de MM. les directeurs de Saint-Sulpice, dont la modestie égale le savoir^, un grand nombre de ceux qui depuis ont été, avec M*' de Simony, Thonneur de FËglise et de Tépiscopat français. C'étaient NN. SS. Caron, mort évéque du Mans; d'Auzers, mor^ évéque de Nevers; Feutrier, mort évéque de Beauvais; Tharin, mort évéque démissionnaire de Strasbourg; Gallard, mort archevêque de Reims; de Forbin-Janson, mort évéque de Nancy; de Groaly, mort archevêque d'AIbi; Fayet, mort évéque d'Orléans, et NN. SS. de Bonald, aujourd'hui cardinal archevêque de Lyon, et de Mazenod, mort évéque de Marseille. Parmi tant de vertueux condisciples, M. de Simony était un modèle de ferveur, de régularilé, de modestie. » Il se soumit sans peine^ avec toute la docilité d'un enfant, aux moindres règles
1 M. GkMselio.