CHAPITRE XV
de la vie commune, sans que son &fe, ses habitudes, lui aient jamais fait chercher des adoucissements ou des dispenses. Il était toujours le premier et le plus assidu aux exercices communs, et sur Tobservation qu'on lui faisait que la vie de communauté devait lui coûter beaucoup, par la répétition continuelle et l'uniformiié constante des mêmes eiiercices, dans les mêmes lieux et aux mêmes heures, il répondait qu'il avait contracté au milieu du monde l'heureuse nécessité d'une vie d'ordre et de régularité, et que la vie de communauté, bien observée, était pour lui le ciel sur la terre.
Un des caractères de sa vertu fut d'être coostamment soutenue. On ne vit jamais en lui, au témoignage de ceox qui l'ont connu au séminaire, ces moments d'inconstance et d'irrésolution dont la vie la plus régulière et la plus pieuse n'est pas toujours exempte; et il fit paraître, dans toute sa conduite, cette suite, cette fermeté, cette persévérance d'une âme forte et généreuse solidement et irrévocablement établie dans le bien.
Tant d'excellentes qualités et une vertu aussi éminente firent abréger pour lui le temps ordinaire des épreuves. Deux mois après son entrée au séminaire, il fut appelé à recevoir le sous-.diaconat. Son sacrifice était depuis longtemps résolu; cependant l'approche du moment où il devait le consommer, effraya son humilité, et il ne fallut rien moins que l'ordre formel de M. Duclaux, son directeur, pour le faire avancer. Il avait évité de prévenir sa sœur de la démarche solennelle qu'il allait faire. Ce ne fut que quelques jours après l'ordination qu'il lui écrivit la lettre sui-
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vanle, ot^Von voilla haute idée qu'il s'élail faite du ministère des autels, sa tendre affection pour ceux qui le dirigeaient, et le bonheur qu'il goûtai! dans cette école de la science^et de la vertu.
« Tu nrécrivais, bonne amie, le 17 de ce mois, le jour même, peut-être au moment de mon ordination. Une seule chose me rassure dans cette grande action, c'est que je n'ai agi que par le motif de faire la volonté de Dieu et ce qui lui est le plus agréable. Je ne te l'ai pas mandé d'avance, parce que je craignais que ton imagination ne s'en échauffât et que tu n'en prisses quelque peine. Si je n'étais pas aussi faible et aussi misérable que je suis, quelle ne devrait pas être ma joie! Etre quelque chose dans la cour d'un roi, quel prix n'y attache-t-on pas! Mais lès rois ne sont que des hommes égaux par nature et souvent inférieurs par les qualités essentielles du cœur à ceux qui les servent; et moi, je suis attaché au service du roi des rois, de celui par qui est tout ce qui est, de qui vient toute puissance au ciel et sur la terre. Les maîtres de ce monde sont le plus souvent hautains, capricieux, ingrats; je suis assuré de la récompense ; il ne me punira pas de mon impuissance, il me tiendra plein compte de ma bonne volonté; en voilà bien assez pour remplir tous les désirs d'un cœur bien placé et animé de sentiments généreux. Demande au bon Dieu qu'il me le donne et qu'il me fasse goûter de plus en plus combien son service est doux... Je te dirai, en attendant les détails que tu me demandes sur le séminaire, que le supérieur est toujours M. Ëmefy, homme d'un rare mérite, et le deuxième supérieur, M. Duclaux, homme d'une piété «ngélique et de cette douceur, de