‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 64 sur 118 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

iD'rateodre; mais quelque chose sera-t*il parvenue leur cœur! C'est à notre Dieu à le faire, c'est à lui qu'il faut, sans se lasser, le demander.

» On est aussi effrayé ici qu'en France du progrès des doctrines révolutionnaires; et cette France, tout abattue qu'elle est, fixe encore les yeux et les espérances des bons comme des méchants. Le Saint-Père se porte bien ; nous aurons le bonheur de l'approcher encore une fois avant de partir »

On voit par les réflexions qui terminent cette lettre, que tout n'est pas également édifiant à Rome, et que M. de Simony ne se faisait pas illusion sur les abus qui régnent dans la capitale du monde chrétien. Il avait seulement soin, en esprit juste, de dégager la cause de la religion des imperfections et des misères qui se reproduisent à Rome comme dans toules les villes de ce bas monde, et en particulier des vices de cette population romaine qui spécule indignement sur la pieuse curiosité de ses nombreux visiteurs.

M. de Simony, qui faisait tourner toutes ses démarches à l'avancement du règne de Dieu dans les kmeSf s'était prêté volontiers à des rapports fréquents avec la famille protestante dont nous avons parlé, dans l'espérance d'être utile à deux jeunes époux dont il admirait les excellentes qualités, mais dont il déplorait les préjugés en matière de religion. Il crut qu'une correspondance suivie pourrait servir à les dissiper, et achèverait ce que de simples conversations, pendant son séjour à Rome, avaient commencé. Ces offres de zèle touchèrent vivement les personnes qui en étaient l'objet ; elles ne purent s'empêcher d'y voir la plus forte preuve de l'intérêt que M. de Simony leur

916 TIB DE MOlISBIQlflOR DB SIMONT.

portait. Vu autre motif leur fit accepter la étocoasion qû*ll leur proposait, c'était la haute idée que cette famille s'était faite de la vertu de H. de Simony et de M*^ deVillers. a La considération et l'attachement que j'ai pour ces personnes, écrivait IP** d^..., donnent tin trop grand poids à leur désir pour ne pas y céder; leurs vertus leur donnent le droit de me dire d'examiner la religion qui les a faites ce qu'elles sont ; et si l|m« de Yillers et ses fiHes n'étaient pas ce que je connais de plus parfait sur la terre, je refuserais d'entrer dans aucune discussion sur cet article. »

Nous regrettons que les bornçs de cette histoire ne nous permettent de donner ici qu'une idée sommaire de cette correspondance qui nous fait connaître M. de Simony sous un nouveau point de vue. Nous n'en pouvons extraire que quelques passages plus propres à en faire comprendre le caractère et tout ce que le cœur de M. de Simony renfermait de bonté, de zèle et de charité.

« Je ne saurais. Madame, vous exprimer de quels sentiments m'a rempli votre dernière lettre. La confiance que vous voulez bien m'y témoigner, la candeur et la générosité de votre âme qui s'y reflètent, tout m'a profondément pénétré, et si j'eusse obéi au premier mouvement, sur-le-champ j'eusse pris la plume pour vous marquer ma sensibilité; mais la discrétion m'a retenu, et j'ai difiléré pour ne pas être importun. Vous voyez. Madame, combien peu vous devez craindre d'abuser, comme vous le dites, de mon temps et de ma patience; comment ne vous consacrerais-je pas volontiers l'un et l'autre, lorsque je serais disposé à vous donner mon sangl croyez donc bien que la cor-

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f«9poodattee qui s^6CaUH entre nous ne sera poîtti «8s^ active à mon gré, et que je n'Aurai jamftts qu^sia fogret, (^hii de se pae la rendre aseei intéressante pour Toos attacher à ane discasaion qui Vest tant par aen objet, et vous engager à ne l'abandonner que qnànd ce qni noua divisera en fait de croyance aura été pleinement édairci,

X. de Smaoef entre enaaite en dtaeusston, et comitoence par eppoeer la nécessité de l'autorité de TEgliae en mai^ede foi^ an principe des protestants, interprétation privée (fo PEeriture. Toute cette lettre et cellea qos suivent sont admirables de précision, de i€iree dans le ^khx des raisonnements ; de délicatesse, d'urbanité dans la forme ; on y voit partout l'empreÎBte d'une religion éclairée, qui ne voulait point iGdposer aea convictions, mais qui n'aspirait à régner que sur des cours persuadés et soumis.

IfdM d'E..., dont toutes les lettres dénotent un esprit élevé et un cœur excellent, ne pouvait assez témoigner sa reconnaissance à M. de Srmony pour le temps qu'il voulait bien consacrer à ces discussions; mais éAe craignait à bon droit que la partie ne fût pas égale. ■'

« Je suis on peu effrayée de l'entreprise que j'ai commeacée ; je n'ai ni les lumières ni l'instruction nécessaires pour répondre à vos objections; étant parfaitement convaincue et heureuse dans ma croyance, je n^ai jan^is creusé dans ces sojets-là ; aussi suis-je complètement novice, et lors même que quelques-unes de vos raisons me sembleraient victorieuses, mon ignorance m'engagerait encore à mè défier de mon impresj^n, puisque certainement plusieurs arguments

Si8 TIB DB MONSBIfiHBUR DM SIMONY.

que l'on peut alléguer en faveur de ma foi, me sotti inconnus; ainsi la partie est si inégale, qu'il me semble presque impossible d'arriver jamais à un ré^ sultat satisfaisant; mais alors si, malgré tant de difficullés, je suis persuadée, croyei que je vous l'avouerai francbement et que je tâcherai de mettre de cAté tout amour-propre et tout orgueil humain. »

M. de SImony était plein d'indulgence pour les personnes qu'il voyait dans l'erreur. U était persuadé que plusieurs protestants pouvaient être dans iHie bonne foi si parfaite qu'elle ne leur permet pas même de douter. Mais dès-lors qu'on acceptait l'examen, il voulait qu'on l'élevàt de part et d'autre au-dessus d'une question d'aroour-propre, et que le désir de la vérité fût le seul motif dé la discussion. Il ne se peut rien de plus délicat, de plus sensé, de plus raisonnable, de plus fort que ce qu'il oppose aux appréhensions que cette dame lui manifestait. Il prend acte de ses craintes et de ses aveux, et la force de convenir elle-même du besoin que chacun a de croire sur l'autoriié de l'Eglise.

«... Ne me dites pas, Madame, que vos lettres sont trop longues, et ne me faites point d'excuses sur le temps qu'elles me prennent; c'est me faire tort, je vous assure; croyez bien que je ne saurais jataais avoir d'occupation qui me tienne plus au eceur que celle de cette correspondance, dans laquelle j'ai osé concevoir l'espérance de vous être utile. Vous craignez, me dites- vous, que la partie ne soit pas égale; mais. Madame, il ne s'agit point d'une lutte de vaine gloire, ce n'est point entre nous à qui l'emportera. Il s'agit purement de la vérité. Elle a ses marques certaines.

ei H 116 bxti qo'aB «sprit drott et ov ocMir faitn prép»ré pour le» amsir et t'y rendre, c Si je imws^ dis il Térité, podrqiEoi «e ose oroyez«?o<}8 pes^n disirt JëMUh GkriBt? Dooe ne regardons pas d'où elle nous rient, «als saisîœons^la dés qu'elle brâle à nos yeux, fonr^ rioDft^naus faire dépendre de si gmods intérêts oo de ▼aines subtilités, ou de notre rndiffôren<M^? Notre bot s'est point d'oitrer Amis ^»s eontroverses qui ont eaieréé de part et d'autre tes plumes^de tant d'hommes de science et de talent; tout est dit sur ees points. Mais il y a des principes évidents, des faits palpables ei 11 la portée de tous; il suffit du bon sens pour les saisir et de la bonne foi pour en déduire les conséquences. Vous avez pu remarquer déjà, Madame, q\3» ^est à cela seul que je veux ramener toute notre discussion. Y renoncer, à celte discussion, ce serait sortir de vos propres principes et reconnaître votre insuffisance à démêler le point essentiel auquel vous devez vous arrêter; car il faut ou reconnaître que vons avez toutes les lumières requises pour fixer invariablement votre foi, ou ne point mettre de termes à vos recherches. L'idée que d'autres plus savants que vous peuvent avoir des motifs solides, mais qui vous sont inconnus, de rester dans une opinion analogue à la vôtre, ne peut vous suffire, puisqu'on mémo temps vous soutenez qu'ils sont également sujets à l'erreur. Jusqu'à ce que vous ayez admis une autorité, c'est de votre examen personnel que doit sortir votre croyance, et jamais vous ne pourrez être tranquille sur votre foi, que vous ne vous soyiez convaincue que rien n'a manqué de votre part pour fixer, sans aucun doute, eelle à laquelle Dieu a attaché votre salut. »

S50 TIB DB M0H8BIGNB0B BB SIMONT.

On désirera sans doute connaître le fmil de cette correspondance que M. de Simony entretint pendant quelque temps. Le mari de cette dame eut le bonheur de reconnaître Terreur où il était engagé, et de mourir, il y a quelques années, dans le sein de TEglise catholique, à laquelle il s'était rattaché par une conviction sincère^. Espérons que ses prières, jointes à celles du pieux pontife auquel il est maintenant réuni dans le ciel, obtiendront à son épouse et à toute sa famille de suivre Texemple de sa foi.

^ « Sa mort (iS mai 1846} a été «elle d*un vrai ehrétim, éciit M. de Mestral^ ministre protestant avec lequel Mf^ de Simony échangea une longue correspondance dogmatique. H a été entouré jusqu'au dernier moment des secours de TE^^ise catholique. M. le curé de Nyon le visitait beaucoup, et lui a administré les sacrements la veUle de sa mort. Jésus-Christ, le souverain pasteur des âmes, Jésus-Christ en qui il avait mis toute sa confiance, lui a fait goûter sur son lit de souffrance cette paix que le monde ne peut domier, et qui surpasse toute intelligence. »

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