CHAPITRE XIX
M. de ^uQEiony ficaire général de M. de LatU, évèque de Chartres.
— Il est nommé aumônier de M. le comte d'Artois. — ^ M. de Latil, archevêque de Rekns. •— Nomination de M. de Simony à réyôché de Soissons. — Ses résistances. — Son acceptation.
— Eloge que M. de Villèle fait de son successeur.
H. de Simony continuait d'édifier les paroisses de Saint- Martin -Osmon ville et de Monterollier par le spectacle de ses vertus simples et modestes. Livré tout entier aux bonnes œuvres qu'il avait entreprises et qu'il soutenait par son zèle et par sa charité, il était loin de penser aux dignités de l'Eglise, et il ne songeait qu'à vivre inconnu dans Pbumble campagne qu'il habitait. Il était le seul qui ne se doutât point du bien qu'il faisait; car, selon le précepte du divin Maître, sa main gauche ne sut jdmsris redire à sa droite ses plus charitables actions. Mais ses bonnes œuvres ellesmêmes lui donnèrent malgré lui une célébrité qu'il n'ambitionnait pas, et vinrent l^arracher à une solitude qui eût fait tout le bonheur de sa vie. Le concordat de 4847 avait reçu son exécution, au moins dans ce qu'il avait d'essentiel. M. de Latil, aumônier de Monsieur, comte d'Artois, évèque d'Amyclée m partibus, depuis 4846, et nommé à l'évèché de Chartres en 4847, avait enfin reçu ses bulles quatre ans environ après sa nomination. Le 8 novembre 48^4, il prit possession de son siège, rétablit son chapitre , ^ composa son administration. Avec ses deux grands
vu YiB l»B ifOifaci«irifjii pw siiont.
vicaires titulaires, il s'adjoignit comme grands vicaires honoraires MM. les abbés de SiiAony et de Bonald. M. de Simony reçut en même temps le titre d^archidiacre de Chartres*
M. de Latil était presque compatriote de M. de Simmy, et l'avait coona avant la i^voluUan. Une étroite aniiié ne tarda pas à se i^rmer entre eux. M. de Latil voulut que M. de Simony demeurât avec lui, et en fit le confident habituel de ses des$^ios« « J'ai le bonheur, écrivait M. de Simony (le 40 décembre 4824), de vivre avec des gens qui tous valent infiniment mi^x que moi et avec qui je puis^ à chaque instapt,- gagner beaucoup. Monseigneur, en particulier, est encore meilleur et plus facile à vivre que je ne me l'étais figuré; ainsi tout irait bien si j'avais lieu d'être ausai content de moi que je le suis de$ autres. y>
Au milieu des nombreuses difficultés que présentait la nouvelle organisation d'un diocèse confondu depuis vingt ana avec un diocèpe voisin, M, de Simony seconda M. de Latil avec tout le dévouement dont il était capable. Pendant trois an9 qu'il fut grand vicaire de Chartres, il fut constamment l'ex^erople du clergé, par sa piété, par sa modestie, par son applicatioai à se$ devoirs, par son attachement et sop re^piDct pour le premier pasteur. La considération, I9 confiance dont il jouissait, ne firent que a'accroUre k me3ure q4i'on le connaissait davaii^age ; il traitait les afibires dei^ 4 était chargé avec ee discernement, cette prudence, cette s^ge maturité, qui valent infiniment mieni; pour en assurer le succèsi que cette activité ardente, inquiètO) qui croit faire de grandes cbosas et Içver tout&» les difficultés, parce qa'elle remue tout ce qu'eUe ren-
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contre sur son passage. Plusieurs fois M. de Simony remplaça M. de Latil dans des circonstaoces solennelles, et il le fit toujours avec une dignité, un tact| une noblesse de manières et une modestie qui le faisaient juger digne des premiers honneurs de TEglise. Ce fut lui, en particulier, qui reçut le duc d'Angouléme, à son retour de la guerre d'Espagne, et qui lui présenta le clergé à la place de W de Latil, retenu par une indisposition. « La maladie de Tévéque, écritil à ce sujet, m'a valu mon petit mot, car le plus grand embarras des princes est de trouver que dire à des gens à qui ils n'ont rien à dire. »
M»' de Bonald, cardinal-archevêque de Lyon, était alors aussi vicaire général de Chartres. « J'ai conservé de M. de Simony, a-t-il daigné nous écrire, de bien profonds et de bien doux souvenirs. Nous avons été au séminaire ensemble, mais alors je n'étais qu'un enfant près de lui... Nous nous sommes retrouvés près de M^ l'évéque de Chartres, dont nous étions les grands vicaires; là, il y a eu entre nous beaucoup plus de rapports. Il était plus âgé, et nos fonctions nous mettaient continuellement en contact. J'ai toujours admiré sa piété, sa douceur, sa gravité sacerdotale; son caractère était toujours égal. Il était notre modèle à tous. L'extérieur de sa personne était l'image de son âme. Tout chez lui était dans la paix et la tranquillité. Rien dans sa conduite d'extraordinaire, mais une régularité soutenue, une vie toujours ecclésiastique. Sa société était des plus agréables. » Ce qui nous frappe dans ces différents témoignages rendus à la vertu de M. dé Simony, à des époques souvent fort éloignées, et par des personnes différentes, c'est ce constant ac-
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cord à signaler en lui un iempérameot admirable de toutes les vertus et une immuable persévérance daas tous ses devoirs, ce qui a toujours été regardé comme le chef-d'œuvre de la grâce et le signe le plus certain d'une éminente sainteté.
M. de Simony avait été nommé par M'' de Latil supérieur de plusieurs communautés religieuses, et spécialement des Carmélites de Chartres. Sa tendre piété, la sagesse de son esprit, la connaissance qu'il avait acquise des voies intérieures, le rendaient plus propre qu'aucun autre à diriger sûrement ces âmes pures et timorées qui s'immolent chaque jour à Dieu pour l'expiation des dérèglements du monde. Nous laisserons ici la vénérable supérieure de cette communauté payer à la mémoire de M. de Simony le tribut de sa vénération et de sa reconnaissance.
a M»"" de Simony, nous écrit-elle, a répandu parmi nous la bonne odeur de Jésus^hrist et y a laissé pendant son séjour à Chartres la réputation d'un saint; cependant il n'a point fait de choses extraordinaires que l'on puisse citer ; il tâchait d'imiter celui dont il est écrit : a II ne criera point, et ne fera point entendre sa voix au dehors, et qui a dit de lui-même : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Sa vie, en effet, a été humble et cachée, son souvenir est le souvenir d'un homme simple et modeste, bon et doux, charitable et miséricordieux, d'une conscience délicate et timorée. Cette même impression est restée dans notre communauté, qui n'a eu le bonheur de posséder ce respectable supérieur que pendant huit mois; nçus n'avons plus nos anciennes mères qui ont eu des rapports plus fréquents avec lui, de sorte que nous ne
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poovons rappeler aucun fait particulier. Mais son nom est toujours resté en véoératioD parmi nous ; souvent Dous parlons de lui dans nos récréations avec le regret de n'avoir pas vécu plus longtemps sous sa conduite toute paternelle. U a eu la bonté de nous visiter en 4836, époque où nous nous établissions dans notre nouvelle maison, quHl visita avec beaucoup d^ntérèt; il nous témoigna la consolation qu'il en éprouvait, et ses touchantes paroles me sont restées gravées dans le cœur, surtout celles qui exprimaient son attrait pour la vie cachée : a Obi mes filles, nous dit-il, que vous êtes heureuses, que j'envie votre bonheur, et que bien volontiers je quitterais mon évèché pour goûter la paix et le repos de la vie religieuse 1 »
Pendant que M. de Sipiony s'occupait ainsi de toute espèce de bien, il reçut de la cour une marque de faveur qui fit voir la haute estime qu'on y avait de son mérite et de s^ vertus. M. de Ghabons était devenu premier aumônier de la duch^e de Berry (avril 1833); M. de Simony fut appelé à le remplacer en qualité 4'aoménier par quartier de Monsieur, comte d'Artois. U reçut la nouvelle de cette nomination, qui devait influer sur sa vie entière, sans aucune démonstration de joie. Ce n'est pas qu'U ne fût sensible à l'honneur de faire partie de la maison d'un prince en qui ses ennemis mêmes s'accordaient à reconnaître les plus nobles qualités de l'^prit et du cœur, jointes à une religion sincère et à un grand amour du bien ; mais les séductions de la grandeur et de la puissance, même vues de loin, effrayaient son àme humble et modeste. Il se fit dès-lors une loi de ne paraître à la cour que lorsque aes fonctions eiigeraient sa présence, et
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de ne jamais solliciter aucune faveur personnelle, résolution à laquelle il tint constamment durant toute sa vie.
Mais plus il fuyait les honneurs, plus les honneurs le cherchaient. Monsieur, comte d'Artois, lui donna plus d'une fois, et en public, des témoignages d'estime et d'affection. Tous, si ce n'est lui seul, y voyaient le signe certain d'une élévation prochaine à la première dignité du sanctuaire. Cependant les nouvelles prématurées que des esprits inquiets ou intéressés s'empressaient de répandre, aussitôt qu'un siège devenait vacant, lui inspiraient de véritables frayeurs. Au commencement de l'année 4823, on s^occupa de nommer aux sièges épiscopaux qui étaient définitivement conservés, et dont les premiers titulaires étaient morts ou démissionnaires, ou transférés à d'autres sièges. Quinze nominations restaient à faire. M. de Simony fut proposé pour un des sièges vacants. L'annonce d'un malheur dont on l'eût menacé n'eût pas fait sur lui une impression plus vive; on peut en juger par ces quelques lignes qui n'étaient point destinées à voir le jour.
« (42 janvier 4823). On va nommer vingt-quatre évéques qui n'auront pour lutter contre le mal et soutenir le bien que le secours d'en haut. C'est bien assez, diras-tu, ma bonne sœur. Oui, pour ceux qui sauront l'invoquer et s'en rendre dignes. Hélas! on parle de moi, et je crains encore d'être le plus léger dans la balance. Que ne m'est-il permis de calculer : ma liberté que je perdrai, mon insuffisance que je mettrai à découvert, ma tranquillité qui sera bien compromise, mon obscurité enfin, qui était mon bien; j'aurais bieo-
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tôidH : non. Si Ton me dit absolament d'aller, j'irai, mais quel sacrifice!... »
Les deux ordonnances qui nommaient aux difilérents sièges suspendirent pour un temps tes alarnies de M. de Simony. M. Milhaux, grand vicaire de Rennes^ ^ Pavait remplacé sur la liste pour Tévéché de Nevers. M. de Simony applaudit d'autant plus hautement à la sagesse qui avait présidé aux choix des sujets, qu'il se félicitait intérieurement de n'y avoir pas été compris.
a J'ai été placé sur la liste, mais une main plus amie m'en a fait rayer, Deo gratias. Puisse mon nom ne se plus trouver sous la plume de celui qui encourt une si grande responsabilité! Nevers aura dans M. Milhaux un homme d'une grande vertu; il tirera, j'espère, des pierres mêmes des enfants d'Abraham; c'est un diocèse à faire sortir du néant; il fallait une autre main que la mienne, td
L'année suivante, M. de Goucy, archevêque de Reims, étant mort, la voix publique désignait M. de Latil pour son successeur. « Voilà l'archevêque de Reims au ciel, écrivait M. de Simony, car c'était un saint prélat; cela ravira-t-il le mien à Chartres? c'est probable, car tout dit qu'on doit l'y nommer. J'en serai fâché pour lui, et encore plus pour Chartres;
* M. Jean-Baptiste-Nicolas Milhaux, né à Rennes le 25 novembre 1756, devint supérieur du grand séminaire et grand vicaire de Rennes. l\ fût nommé évèque de Nevers en 1823. Le diocèse de Nevers, précédemment réuni à celui d'Autun, est un de ceux où la disette des prêtres se faisait le plus sentir. Dans le peu de temps qu'il gouverna ce diocèse, M. Milhaux montra beaucoup de zèle et d'activité, forma des séminaires, et prit des mesures efficaces pour réparer les pertes du sacerdoce.
SM TIB DB MOHflBIÔllBUft' BB 8IK0NT.
fàdié pour moi, qm cela dépaysera encore plus ; mais cet excellent prélat est devenu si bien mon ami, qu'il n'y a qu'un devoir plus impérieux qui puisse nous séparer. » Les prévisions de M. de Simony se réalisèrent bientét; M. de Latil fut nommé archevêque de Reims à le fin d'avril 4824, préconisé le 12 juillet suivant, et il prit possession de son nouveau siège le 34 août, accompagné de M. de Simony et de M. Blanquet de RouviUe, qui devint depuis son suffragant, sous le titre d'évéque de Numidie in partibus.
Le 46 septembre suivant, Louis XYIll mourut, et Monsieur lui succéda sous le nom de Charles X. M. de Simony continua de remplir près du nouveau roi tes fonctions d'auménîer par quartier, tout en partageaut avec M. de Latil les soins de l'administration. Soû désir était de travailler toute sa vie au bien de l'Eglise, sous la direction d'un prélat pour lequel il avait conçu autant d'affection que de vénération. M. de Latil possédait depuis longtemps la confiance de Charles X, sans avoir toutefois cette influence politique qu'on s'est plu à lui supposer dans les dernières années de la Restauration. M. de Simony lui fit part plusieurs fois de la volonté ferme où il était de ne point accepter l'épiscopat. Il espérait que son évèque, que son ami aurait égard à des répugnances qu'il regardait comme invincibles, et qu'il détournerait de lui un honneur dont la vue seule avait troublé son àme.
La Providence en avait disposé autrement. M. de Simony était à peine de quelques mois à Reims, que ce qu'il redoutait le plus lui arriva. M. de Yillèle, évèque de Soissons, venait d'être appelé à succéder i M. de Fontenay, sur le siège métropolitain de Bourges
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(octobre I8S4), et le n^^ avait nommé M. de Simony pocrr le remplacer sur le siège de Soissons. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour cet humble prêtre, aussi défiant de ïui>méme que pénétré des obligations et des dangers de Fépiscopat. Il pouvait bien se rendre le témoignage qu'il n'avait ni recherché, ni désiré eette dignité, et qu'il ne la devait à aucune espèce de sollicitation , mais cela ne suffisait pas pour le rassurer. Il eut recours alors aux sollicitations et aux prières, mais ce fut pour conjurer le roi de ne point lui in»poser un si lourd fardeau. Le pieux monarque, touché d'une si grande vertu, persista plus fortement dans sa résolution. Le vénérable M. Duclaux, pour lequel M. de Simony avait conservé toute la docilité d'an enfant, M. de Latil lui-même, durent intervenir pour vaincre ses pieuses résistances. Ils représentèrent à M. de Simony qu'un refus de sa part dans les circonstances actuelles, serait une espèce de trahison à l'égard des intérêts de Dieu et de son Eglise. M. de Simony, dont la conduite rappelle les Grégoire de Nazianze, les Âmbroise, les Augustin, les François de Sales et tant d'autres saints évêques, qui ne se laisseront imposer l'épiscopat qu'en tremblant, crut devoir se soumettre. Dans la lettre qu'il écrivit à sa sœur (29 octobre 1824) pour lui apprendre sa nomination, on remarque encore les mêmes alarmes, les mêmes regrets, les ntêmes inquiétudes, mais en même temps la simplicité d'une àme qui obéit à la voix de
^ Sur la proposition de Msr Frayssinous, évêque dTHennopoUs, ministre des cultes, à qui les différentes vacances qui survinrent dans l'épiscopat fournirent l'occasion de montrer la prudence qui le dirigeait dans le choix des évèques.
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Dieai une ferme con6anoe dans le secours du ciel, et une généreuse résolution de tout faire pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise.
«i Je te disais il y a peu de temps, chère amie,
que j'élais fortement menacé de perdre, en gagnant un peu d'honneur, ma liberté d'esprit avec mon indépendance (ce que j'avais de plus précieux). L'affaire est consommée, il a fallu boire le calice et baisser la tète sous le joug ; M. de Yillèle accepte Bourges. Déjà j'ai fait visite au ministre et au nonce; grâce à Dieu, le diocèse dont je m'effrayais offre plus de ressources que je n'en attendais. L'évèque est parvenu à y créer à peu près cinq séminaires, et il y a, dit-on, affluence de sujets ; mais deux cent trente et quelques paroisses vacantes seront, pendant bien des années, une cruelle épine à supporter. Il y a de bons grands vicaires qui me restent, et un chapitre composé d'hommes vénérables. On me dit du bien du clergé;^ mais je ne me dissimule pas que quand je serai assis sur le siège, je verrai le revers de la médaille. Je ne te parle pas des embarras de la représentation ; tu sais combien ils me sont antipathiques. Un domestique me paraissait presque un superflu; que sera-ce d'en avoir quatre ou cinq? Hais il ne faut pas considérer cela; il faut aller, et se tirer le moins mal possible des obstacles ou des embarras qu'on n'a pas pu éviter.
» Je ne sais si le haut degré où je dois promptement arriver, si le bon Dieu me conserve encore quelque temps en ce monde, sera un moyen plus sûr pour moi de parvenir à lui; mais je sais déjà combien la route en sera plus pénible. Que la volonté de Dieu sejasse... Prie Dieu pour que je sois un bon évèque.. . r>