CHAPITRE XX
Sacre de Un* de Sinumy. — Soa iastallation. •— Sa première lettre pastorale.
M. de Simony fut préconisé dans le consistoire du 21 mars 4825. Dès qu'il eut reçu ses bulles d'institution, il ne songea plus qu'à se préparer par la retraite à recevoir dans leur plénitude la grâce du sacerdoce et les dons de TEsprit saint. Il choisit, pour cela, le séminaire de Saint-Sulpiee, si riche pour lui en pieux souvenirs. Il y avait été nourri dQ lait de la saine doctrine, et il avait la consolation d'y retrouver le prêtre vénérable qui avait guidé ses pas dans le début et le progrès du ministère sacré. II médita, sous sa direction et dans un religieux tremblement, sur les graves obligations de l'épiscopat, et forma au milieu des plus saints exercices les résolutions les plus généreuses. Le dimanche 24 avril, M«' de Simony reçut la consécration épiscopale dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpicé, des mains de M. de Latil, archevêque de Reims, assisté de H. de Vichy, évêque d'Autun\
^ M. de Vichy, aumônier de la reine, avant la rèvoflntion, et aamônier de la duchesse d'Angoulême en 1814, avait été nommé à Tévéché de Soissons, en 1817, par suite de la translation de M. de Beautieu à rarchevéehé d'Arles. Il fut institué pour ce siège dans le consistoire du 1«' octobre, mais il n*en prit jamais pesBesÂon, à cause des difficultés qui suspendirent rexécutton du concordat. Il fut nommé évèque d'Autun en 1819, devint pair de France et conseiller d'Etat, et mourut en 1829.
264 YIS DE MONSBIÛNBUR DE SIMONT.
et de M. de Sagey, ancien évéque de Tulle ^ Cette cérémonie si auguste par elle-même, reçut une nouvelle majeslé du recueillement profond , de la piété toute céleste du nouveau pontife, qui, tout absorbé dans la pensée des grâces qu'il recevait, semblait ne rien voir de ce qui se passait autour de lui.
Depuis le jour de sa consécration, M^*^ de Simony n'eut plus qu'une seule pensée, qu'un seul désir : accomplir sans partage, pratiquer sans réserve toutes les vertus d'un évéque, quoi qu'il dût lui en coûter. Des affections bien légitimes et de douces habitudes l'attachaient à une famille dont il avait jusqu'alors fait le bonheur et le charme. Une correspondance précieuse avait été le fruit de cette tencïre amitié que resserraient de jour en jour les épanchements mutuels de la plus affectueuse piété. Ce fut un des premiers sacrifices que fit M«' de Simony à l'Eglise à laquelle il venait de s'unir si étroitement par son sacre. Une lettre qu'il écrivit le lendemain à sa sœur lui apprit qu'il n'appartenait plus à sa famille; que ses jours, que ses moments n'étaient plus à lui, que Dieu venait
^ Le môme jour eurent lieu à Paris trois autres sacres d'évéques : celui de M. Feutrier, évoque de Beauvais, sacré dans réglise de Sainte-Geneviève, par M. de Quélen, archevêque de Paris^ assisté de M. de Villèle, archevêque de Bourges, et de M. de Pnlly, évéque de Ghàlons ; celui de M. de Mailhet, évéque de Tulle^ sacré dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, par M. de Latil, assisté de MM. de Sagey et de Vichys celui de M. de Saint-Rome Gualy, évéque de Garcassonne, sacré dans la chapelle des Dames du Sacré-Cœur^ par M. Frayssinous, évéque d*Hermopolis, assisté de M. Soyer, évéque de Luçon, et de M. du Ghatelier, évéque d'Evreux, nommé , en 1817, à Tévêché de Laon, qui devait être rétabli par le conc<^dat.
€HA?ITBB XX. ^5
de lai donner une nouvelle et bien plus nombreuse famille, pour laquelle seraient désormais ses premières et ses plus vives affections. Il ne renonçait pas sans doute à Tamitié de ses parents, mais il n'avait plus la liberté d'en jouir comme par le passé, avec cette constante assiduité qu'il devait réserver au soin de son nombreux troupeau. Cette lettre, nous dit une des parentes de M*' de Simony, avait dans son ensemble quelque chose d'austère, qui contrastait avec le ton affectueux et tendre des lettres précédentes. Ce langage fut compris d'une famille où la piété réglait toutes les affections du cœur, et que Dieu avait habitué depuis longtemps aux sacrifices de la vie chrétienne. Dès-lors les rapports devinrent moins fréquents, les lettres ne s'échangèrent qu'à de longs intervalles et cessèrent d'offrir cette liberté, cet abandon d'une àme qui s'épanche librement et sans réserve.
Nous aurions tout lieu de regretter ces pages touchantes où M^*^ de Simony déposait ses pensées les plus intimes, s'il n'en avait fait le sacrifice à l'Eglise et au diocèse de Soissons, auxquels furent désormais consacrés tout les sentiments de son cœur, tous les moments de sa vie. M*' de Simony accomplissait ainsi, dans le sens le plus sublime, ces paroles des Livres saints : « L'homme quittera son père et sa mère, et se séparera de sa famille pour s'attacher étroitement à son épouse {Gènes, ii, 24). » Cet attachement était plus fort que la mort ; car, iorsqu'après sa démission, il eut pendant quelque temps le projet de finir ses jours hors de sou diocèse , ce fut à la condition expresse que son corps serait ramené après sa mort parmi les siens qu'il avait tant aimés.