‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 80 sur 118 · CHAPITRE XXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY

de la foi et de la piété quUls trouveront comme une nouvelle existence. Je vous engage, mon cher supérieur, à n'être point découragé de ce que vous reconnaîtrez de défectueux, de vicieux même dans vos enfants. Examinez seulement sMIs se corrigent peu à peu. Ils doivent être onze à douze ans dans nos séminaires; heureux si, à la douzième année, ils sont arrivés au point où nous les souhaitons. Il suffit donc chaque année qu'ils profilent pour ne pas désespérer d'eux. Quant à ceux qui, par inertie ou mauvaise volonté, ne font aucun progrès, il n'y a rien à en espérer, et le plus convenable est de s'en débarrasser. »

Mais, tout en désirant vivement que les élèves des séminaires se fissent remarquer par l'honoètelé, la bienséance et la délicatesse des manières, il ne tenait pas moins à ce qu'ils conservassent cette précieuse simplicité que Notre-Seigneur lui-même a tant recommandée : « Conservez votre communauté dans cet esprit de simplicilé qui fait actuellement son caractère, éerivait-il, et puissent ces pauvres enfants n'en avoir jamais d'autre. C'est précisément ce qui mauque à notre siècle où tout est emphase, exaltation, esprit et amour-propre. Continuez à élaguer, pour ne réserver que les sujets qui ont du bon sens et de Tàme. »

M*' de Simony n'attachait pas une moindre importance à la solidité des études, et en particulier aux études théologiques, qui préparent directement à l'Eglise de zélés et doctes ministres. 11 assistait régulièrement deux fois par an aux exercices solennels d'argumentation el d'éloquence sacrée qui ont lieu après chaque examen. Il les suivait avec le plus grand intérêt, et les quelques mots qu'il en disait, montraient

328 TIB DE MOIfSSIOKBUm BB SIMONY.

assez avec quelle justesse il saisissait la nature de la question, le point précis de la difficulté, le genre des preuves , des raisonnemenls de chacun des argumentants, et jusqu'aux défauts de leur esprit et de leur caractère.

Un des résultats fâcheux de la situation du clei^é depuis longtemps, avait été de forcer les évéques d'abréger, dans Piûtérét des peuples sans pasteurs, le temps des études ecclésiastiques , et de se borner à ce qui était essentiellement nécessaire. Cependant le besoin d'études plus profondes se faisait sentir. A mesure que les nécessités de son diocèse devenaient moins pressantes, W^ de Simooy désirait vivement que les élèves du sanctuaire pussent acquérir des connaissances plus étendues sur les différents objets de la science ecclésiasticpie. Il établit pour cela, en 4835, un quatrième cours ou quatrième année de théologie, qui permtt d'approfondir certaines questions avec tout le soin qu'elles méritent, et d'introduire dans le cadre des études ecclésiastiques l'étude du droit canon, des leçons régulières d'éloquence sacrée, d'histoire ecclésiastique, Tétude des saints Pères et des orateurs sacrés, où se puise à sa véritable source l'art si difficile d'enseigner la religion aux peuples ^.

Les petits séminaires n'excitaient pfis moins sa vigilance et sa sollicitude. Il avait été obligé, pendant plusieurs années , de confier le soin des classes inférieures à des jeunes gens qui venaient de terminer

< Le quatrième cours a été depuis réuni au cours de théologie, qui se compose ainsi de quatre années. Les leçons d'éloquence sacrée et de droit canon se trouvent réparties entre ces quatre années, et sont générales pour tous les élèves de théologie.

CHAPITEB XXIY. 329

lear philosophie; ces jeunes professeurs étaient très<peu exercés à renseignement, et ne pouvaient guère s'attacher à une fonction qui ne leur était confiée que pour un an ou deux. Mc^ de Simony savait par expérience que, pour former tout à la fois l'esprit et le cœur des enfcmts, il faut l'unité de vues, une application soutenue, un long exercice du professorat, l'affection qui multiplie les soins et les dévouements, une observation assidue des enfants dans les récréations, dans les exercices religieux, dans les épanchements de l'amitié, en un mot, le cœur et la sollicitude d'un père. Aussi chercha-t-il à placer successivement, jusque dans les classes inférieures, des prêtres dévoués qui n'aspirent ni à plus d'éclat, ni à plus de bien-être que ne peut en offrir une vie laborieuse et une carrière modeste.

Ms' de Simony accueillait d'ailleurs avec empressement tout ce qu'il croyait pouvoir contribuer au bien spirituel de ses séminaires et de son clergé. Depuis plusieurs années, M. l'abbé Lequeux, supérieur du grand séminaire, avait eu la pensée de former au sein du diocèse, et pour le diocèse seulement, une petite société de prêtres, selon l'esprit des Oblats de saint Ambroise, établis autrefois à Milan par saint Charles Borromée, et sur le modèle aussi des prêtres de Saint- Sulpice, institués depuis par M. Olier, pour la direction des grands séminaires. C'est en 4836, le 19 juin, que M>' de Simony rendit une ordonnance qui établit cette société sous le nom de Société diocésaine» Nous ne pouvons en faire mieux connaître le but, l'esprit et les avantages, qu'en citant ici les paroles qui forment comme le préambule ou l'exposé des motifs de cette

330 VIE DE MONSBIGNEUR BE SIMONT.

ordonnance, et qui sont écrites de la main de Ms*^ de Simony lui-même.

« Noti'e Sauveur et notre modèle, Jésus-Christ, n'a voulu, pendant le cours de sa vie publique, ni marcher ni travailler seul : toujours il paraissait accompagné des disciples qu'il s'était associés pour l'œuvre que son Père lui avait confiée. Lorsqu'ensuite il les envoya devant lui, il voulut qu'ils allassent deux à deux. Ce fut encore par son commandement que ses apôtres, pour se préparer à la descente du Saint-Esprit et aux fonctions de l'apostolat, se tinrent unis dans le cénacle, persévérant ensemble dans le recueillement et la prière. Enfin, à leur exemple, les fidèles de cette Eglise primitive, qui a dû être et qui sera toujours le modèle et la forme des saintes sociétés par lesquelles doivent jusqu'à la fin se perpétuer le véritable esprit et la perfection de la vie chrétienne , n'avaient tous qu'un cœur, et n'étaient que comme une seule âme.

» C'est donc cette union des cœurs, ce soutien mutuel que se prêtent les hommes apostoliques, qu'on doit regarder cotnme le moyen le plus efficace pour tendre avec profit et sécurité à la perfection ecclésiastique. Une triste expérience a prouvé que l'isolement dans lequel vivent trop généralement les prêtres, est pour eux un des écueils les plus funestes. Une sainte association, au contraire, ou nous préserve de chutes, ou nous aide à nous en relever. Melius est ergo, duos esse simili quant unum : habent enim emolumentum societatis sux,,. Deux hommes, est -il dit ensuite, s'échauffent mutuellement; un seul, comment se réchauffera-t-il? Et si dormierint duo, fovebuntur mutuo : unus quomodo calefiet? Et encore, si quelqu'un

chàpiteb xxit. SS4

prévaut contre un seul, deux iui résisteront; un triple cordon est rompu difficilement. Et si qmspiam praevc^ luerii contra unum, duo resistunl : funiculus tripkx dif/kile rumpitur (Eccles. iv, 9, 40, 41, 12).

c( Ehl qui pourrait dire quelle source inépuisable de grâces est ouverte à de vertueux prêtres étroitement unis à leur premier pasleur, par une obéissance filiale, unis entre eux en Jésus-Christ, leur centre et leur bien commun! quels trésors de mérites ils amassent par les pratiques de dépendance et de pauvreté qui font l'âme d'une société sainte! Quelles merveilles sont produites dans l'exercice des saintes fonctions par un si doux accord et une si vive émulation pour le bien qui en font le caractère! Quel ascendant s'obtient sur les esprits et sur les cœurs par les prodiges de désintéressement, de docilité, de prudence, de force et de courage qui sont les précieux fruits du renoncement parfait à soi-même, et d'un entier dévouement aux œuvres de la charité! Enfin, quelle douce consolation pour des prêtres qui, ne vivant plus en quelque sorte que de foi, voient autour d'eux la piété refleurir, la charité s'enflammer, et les âmes arrachées à l'enfer et reconquise pour leur salut*. »

Suit un dispositif qui organise la société d'après ces

* Cette association toute libre, et où aucun autre lien que celui de la volonté ne retient les membres, s'accroît insensiblement et possède actuellement une vingtaine de sociétaires qui partagent, conjointement avec d'autres prêtres du diocèse, l'enseignement dans les séminaires. Elle a de plus, à Ghauny, une magnifique institution, dite de Saint-Charles, où les jeunes gens du monde joignent à la culture des sciences et des lettres une étude et une pratique sérieuse de la religion, seule base de la bonne éducation. (Note de la première édition^ 1849.)

Page 1