CHAPITRE XXV
Charité de Msr de Simony pour les pauvres. — Caractères de cette charité. — Abondance , étendue de ses aumônes. — Sa déUeate générosité pour les misères secrètes. — Institution des sourds-muets de Saint-Médard. — Monseigneur s*en déclare le protecteur et le père.
La bonté, la eharité, un tendre amour pour tout ce qui était pauvre et souffrant, étaient comme le fonds, la substance du cœur de M^^ de Simony, et il doit à cette bonté, à cette charité, sa physionomie propre et cette touchante vénération dont sa mémoire reste environnée après sa mort. En effet, c'est sur les pauvres que sa bonté aimait surtout à s'épancher en sentîment6 affectueux et en œuvres de charité. A certains jours, son palais épiscopai était littéralement assiégé par une foule revêtue des livrées de Tindigence, et on aurait pu dire de lui comme d'un illustre évèque des Gaules : « Vous cherchez la maison de Tévèque, arrêtez-vous à la porte où vous verrez une foule de malheureux. » Et ici, que de secrets honorables nous aurions à révéler, si nous avions pu percer Je voile dont cet hun^ble pontife aimait à cacher ses bienfaits, et arracher à sa discrétion les preuves qui attestaient sa sainte prodigalité! Ml' de Simony nous a caché, comme il se cachait à lui-même, la connaissance de ses innombrables aumônes. Dieu seul peut savoir tout ce que sa charité a fait pour aUéger les souffrances des pauvres, et les larges aunt^^es qu'il a distribuées, ne sont écrites
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qu'aa livre de vie. Tandis que les atopisies modernes enfantaient chaque jour, à grand bruit, pouF le aoulagemènt des classes indigentes, des systèmes, des théories qui n'ont guère produit qu'un accroissement de misères, ce charitable pontife comprenait mieux les besoins des pauvres, et, sans demander à la presse d'enregistrer son nom et ses actes, il se contentait de répandre silencieusement ses aumônes dans leur sein, d'augmenter tous les jours leur patrimoine, et d'inventer de nouveaux secours pour de nouvelles misères. Cependant Dieu a permis, pour la gloire de son serviteur, qu'une partie de ses aumônes nous fût révélée. Les indigents eux-mêmes, qui ne pouvaient rien pour leur bienfaiteur pendant sa vie, ont fait éclater leur reconnaissance à sa mort, en s'écriant, les yeux baignés de larmes : a C'est notre père à tous que nous venons de perdre. »
En effet. M*' de Simony était touché comme un bon père de la misère de ses enfants. Combien de fois, et nous en avons été témoins, son coeur s'est ému jusqu'aux larmes, lorsqu'il apprenait quelque grand» infortune, quelques malheurs publics ou privés ! Ses traits altérés, son visage abattu, témoignaient un homme qui sent vivement tous les maux qu'on lui raconte. Mais là ne se bornait pas sa tendre charité pour eux. Il ne connaissait pas d'autre bonheur que celui de leur être utile, d'autre ambition que celle de partager avec eux ses richesses. Nous savons que ses aumônes absorbaient chaque année la plus grande partie de ses revenus, qui étaient considérables. « Je suis heureux, dit-il un jour, quand, à la fin de l'année, je puis joindre les deux bouts ensemble. y> C'est qu'en effet il ne
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pouvait rien refoser de ce qa'oD lui demandait pour les membres souffrants de Jésus-Christ. Sa charité ne reculait devant aucun sacrifice, il donnait selon ses forces, et au-delà de ses forces, jusque-là que U^ Letourneur, évèqae de Verdun, qui fut plusburs années vicaire général de Soissons et témoin de quelques-unes de ses aumônes, disait souvent : et En vérité, je ne sais pas où notre digne évéque peu V trouver tout ce qu'il donne. »
M<^ de Simony trouvait ees immenses ressources dans 1^ simplicité de son genre de vie, dans l'ordre sévère qu'il mettait dans ses dépenses, et dans les secours dont quelques personnes riches le faisaient quelquefois dépositaire. On peut dire, du reste, qu'il se faisait pauvre à la lettre, pour avoir plus à donner, et que bien souvent il se refusa les choses les plus nécessaires pour venir au secours de quelque misère <]u'on lui signalait. On avait acheté un jour une pièce de toile pour renouveler le linge de corps dont il avait le plus grand besoin. Des dames de eharité vinrent sur- ces entrefaites, pour l'intéresser en faveur de pauvres enfants qui n'avaient ni linge ni vêtements. M«' de Simony les pria aussitôt d'accepter cette pièce de toile, et sur l'observation que lui lit son valet de chambre, qu'elle avait une destination pressante, il répondit en souriant : « Je puis encore attendre quelque temps. $
Sa charité y sa générosité étaient si connues, que tous ceux qui éprouvaient quelques malheurs n'hésitaient aucunement à s'adresser à lui, et je ne sache pas, nous dit un ecclésiastique qui a vécu vingt-trois ans dans son intimité, que jamais M^ de Simony ait