‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 86 sur 118 · CHAPITRE xxr · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxr

encore de la grande œuvre que la Providence voulait produire par ses mains, et sans se préoccuper des moyens propres à assurer le succès matériel de sa généreuse entreprise.

Sa confiance ne fut pas trompée. A peine Bfc de Simony connut-il ses projets^ qu'il se hâta de Faider de sa bourse et de ses recommandations auprès des fidèles. Il voulut voir lui-même l'institut naissant, et il écrivit de sa main, sur le registre des visiteurs, ces paroles que la Providence se chargeait de réaliser : « C'est la charité qui a inspiré cette œuvre, le Seigneur bénira les dons qu'elle inspirera de faire pour la soutenir» »

En effet, quelques mois s'étaient à peine écoulés, que leur premier asile ne suffisait déjà plus an nombre toujours croissant des élèves, que le zèle enflammé de M. Dupont par le succès, contraignait en quelque sorte d'y entrer. II choisit alors pour le nouvel emplacement de l'institut, l'ancienne abbaye de Saint-Médard, ou plutôt les débris de cet antique monastère , dans la pensée qu'une œuvre toute de dévouement serait mieux abritée à l'ombre de ces vieux cloîtres où la sève vigoureuse du christianisme avait produit pendant de longs siècles tant de fruils de vertus et d'abnégations héroïques. Soutenu par les mille inventions d'un esprit fécond en ressources , et par les dons généreux de la charité des fidèles encouragée par celle du premier pasteur, l'abbé Dupont espérait avec raison que peu à peu il acquitterait les frais d'une acquisition onéreuse et créerait des revenus assurés pour l'éducation gratuile d'un grand nombre d'élèves, quand la Providence, impénétrable dans ses desseins.

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vîot le ravir à FafTecUon de ceax qu'il pouvait à jasie titre appeler ses enfants. Le coup était terrible, et c'ea était fait de rétablissement et des espérances qu'il avait fait naître, si M«' de Simony n'eût été là pour lui servir de second père. Il alla visiter le bon prêtre mourant sur sa couche de douleur, et quand celui-ci, plein de résignation et de confiance, lui proposa de lui léguer la maison de Saint-Médard avec ses 80,000 fr. de dettes, il n'hésita pas un instant à accepter ce fardeau qui eût effrayé une àme moins disposée que la sienne à tous les sacrifices.

Nous ne pouvons mieux faire que de mettre sous les yeux du lecteur les passages principaux de la lettre circulaire qu'il adressa aussitôt à tout le diocèse (40 mai i843), et qui feront oonnaltre à la fols l'état où se trouvait alors la maison et les sentiments dont son cœur était rempli pour elle.

Après avoir rapporté en quelques mots le commencement de l'œuvre, le zèle «et l'esprit inventif de M. l'abbé Dupont, et la longue maladie à laquelle il venait de succomber, W de Simony ajoute : a Aussitèt que le projet de cet établissement eût été conçu, il fut accueilli par un intérêt universel, et des offrandes multipliées mirent le fondateur en état de le monter sur un pied déjà satisfaisant et propre à justifier la confiance publique. Non-seulement l'instruction s'y donne avec succès et rend à ces infortunés la portion la plus précieuse de leur être, en rendant à leur intelligence l'usage de toutes ses facultés; mais la charitable prévoyance du fondateur, s'étendant à tous leurs besoins, a su organiser des ateliers de divers arts mécaniques, où chacun d'eux apprenant un métier

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conforme à sa capacité et à ses goûts, se prépare pour Favenir des moyens honorables d'existence, tout en contribuant aussi pour sa part à accroître insensiblement les ressources de l'établissement^.

» En même temps que les espérances croissaient dans l'esprit du fondateur, sa oharité s'exaltait. Il s'était procuré l'état exact des sourds-muets existant dans le département*; il eût voulu pouvoir les recueillir tous, et sans trop calculer l'étendue des ressources, son cœur et ses bras s'ouvraient pour recevoir tous ceux qui lui étaient offerts, et presque tous à titre absolument gratuit...

» Dès qu'il put entrevoir que le Seigneur semblait vouloir le préparer au sacrifice de sa vie, une paisible résignation à la volonté divine s'est alliée aussitôt dans son ème au vœu que l'œuvre de son cœur (malgré les embarras et les charges dont elle était grevée) ne périt pas avec lui; et ce vœu, il l'a déposé de nouveau à son lit de mort dans notre sein paternel.

» Pouvions-nous ne pas le recueillir, ce vœu, nos très-chers frères? Oui, nous avons dû le faire avec d'autant plus de confiance, que celte œuvre n'est pas seulement l'œuvre de M.* l'abbé Dupont, mais bien celle du diocèse tout entier qui l'a en quelque sorte adoptée. Malgré la pesanteur du fardeau, nous en avons accepté la charge, persuadé que, comprenant comme nous que nous ne pouvons le porter seul, vous

* Déjà sont en pleine activité les ateliers de menuisiers, tourneurs, tisseurs, scieurs de long, tailleurs, cordonniers, et on doit organiser prochainement une forge et une boulangerie. (1849.)

s ns sont au nombre de trois cents environ.

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VOUS empresseriez de nous offrir le ooocoars et Vassistance de voire inépuisable charité...

» Vous la soutiendrez donc, vous la fonderez cette oMivre de bénédiction, nous n'en pouvons douter; aussi avons-nous sur-le-champ pourvu au maintien de rétablissement, et en avons-nous aussitôt assuré la direction et l'administration. i>

La circulaire se termine par une nouvelle exhortation adressée à la sympathie généreuse des fidèles pour cette oeuvre dont Monseigneur devait être luimême le soutien principal, quoiqu'il semblât vouloir attribuer aux fidèles tout l'honneur de ce bienfait. On sut plus tard qu'il y avait du moins contribué tout d'abord personnellement pour une somme de plus de 30,000 francs.

Le diocèse se montra digne de son premier pasteur; encouragé par ses paroles et par l'exemple d'une générosité que la modestie du prélat ne parvenait point à Cacher complètement, il continua d'apporter à l'œuvre de Saint-Médard le concours d'une charité qui justifiait sa réputation, en même temps que les éloges et la confiance de son bien-aimé pontife.

Aussi, grÂce aux dons offerts de toutes parts, aux loteries annuelles et aux autres ressource.s que sut ménager habilement le nouveau directeur, l'établissement s'affermit chaque jour, et dès l'année 4846, Blonseigneur put annoncer dans une nouvelle circulaire que de 80,000 francs qu'il était en 1843, le passif était réduit à 30,000 francs, tandis que le personnel des élèves s'était élevé au chiffre de soixante-huit.

Nous voudrions pouvoir citer tout entière cette seconde lettre où Monseigneur, qui venait d'admettre

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