CHAPITRE XXVI
Vertus et caractère de Mi^ de Simony. — Son e8i»it de religion, de piété. — Sa dignité dans les saints offices. — Son esprit de prière. — Constante égalité de son àme; sa douceur; son humilité. — Sa modération ; sa vie réglée. — Sa conversation.
— Son amour de la retraite. — Son affabilité. — Sa réserve.
— Sa simplicité. -» Son amour pour la pauvreté et pour la mortification.
Od De considère ordinairement la sainteté que par ce qu'elle a d'extérieur et de frappant, et on a peine à concevoir qu'un homme soit saint, à moins qu'il n'étonne l'imagination, ou par de grandes austérités, ou par des actions extraordinaires. La vie de M*' de Simony nous donne une idée plus juste de la vraie sainteté, de cette sainteté qui consiste dans la pratique toujours égale de toutes les vertus chrétiennes et sacerdotales, jointes à la modestie, à la simplicité et à l'humilité de ces mêmes vertus. A ce point de vue, nous pouvons bien dire que Mi' de Simony a retracé dans sa conduite toutes les vertus de ces grands évoques de l'antiquité, que l'Eglise propose à notre vénération. Cette vénération, Mv de Simony se l'est acquise au plus haut degré par ses vertus de foi, de religion, de piété, de modestie, de dignité, d'affabilité, de charité, d'humilité, de patience, de désintéresse-» ment, de régularité répandues dans toute sa personne, et sans lesquelles il était comme impossible de le concevoir.
Ml TIl DE MOFSliaiflOt BB SIMONT.
Où trouver, en effet, une foi plus vive, une religion plus profonde, une piélé plus tendre, et aussi une dignité, une majesté plus grandes dans la célébration des saints offices? Nous ne faisons que rappeler ici bien faiblement les impressions qu'il produisait partout où il paraissait, en disant qu'on ne pouvait le voir ou à l'autel, célébrant les saints mystères, ou présidant les offices de sa cathédrale, ou remplissant quelqu'autre fonction épiscopale, sans être saisi d'un saint recueillement et involontairement porté à la piété et à la prière, ce Votre évèque est bien partout, disait à un de ses vicaires généraux un homme de grand mérite, qui avait eu occasion de l'observer, mais il est admirable à TauteH. » C'était surtout au milieu des grandes solennités, alors qu'il officiait pontificalement, environné d'un nombreux cortège de ministres sacrés, qu'on voyait reluire avec plus d'éclat cette angélique modestie, cette majesté tout épiscopale, cet air de foi et de sainteté qui ajoutaient à la religion de ceux qui en étaient les témoins. Tous les prélats qui ont honoré l'Eglise de Soissons de leur présence, et tous les autres pieux visiteurs, lui ont rendu ce témoignage que le service divin y était célébré avec une dignité que beaucoup d'autres Eglises non moins illustra pourraient lui envier. Cette gloire, l'Eglise de Soissons la doit à la beauté simple de son antique liturgie, à la pieuse magnificence de M^' de Simony pour sa cathédrale^,
^ Oraison funèbre de Ms' de Simony.
* Il ne se passait presque pas une année sans que Mb»" de Simony fit don à son église cathédrale, ou d'un ornement, ou d'une forte somme destinée à Tembellissement et à la décoration du lieu saint. C'est à lui que Ton doit, en particulier^ les six chandeliers
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et à la religieuse exactitude avec laquelle chacun s'acquitte des cérémonies qui lui sont prescrites. Hais la pompe de nos solennités semblait emprunter une nouvelle expression de la présence de ee saint pontife qui, sans jamais manquer à une seule des cérémonies , paraissait être tout en Dieu et comme abîmé dans une profonde considération des mystères qu'il célébrait. La ferveur de son àme s'imprimait dans tous ses traits, et X)n eût dit, à voir son visage, que l'Esprit saint venait former en lui ces touchantes prières qu'il prononçait avec tant d'effusion de cœur. Aussi n'étaitil pas jusqu'à ces hommes qui mettent rarement le pied dans les églises, qui n'aient avoué que la vue seule de Me de Simony, revêtu de ses habits pontificaux, semblait exhaler un parfum de religion, une odeur de piété qui leur rappelait que le lieu où ils se trouvaient était la maison de la prière. Cependant, alors même, il n'y avait dans ses traits, dans son maintien, dans sa démarche, rien d'exagéré ou de trop composé, tant cet air de majesté lui était naturel. Toujours maître de ses premiers mouvements, il ne brusquait, ne pressait, ne reprenait jamais personne
du maître autel, le grand et magnifique chandelier pour le cierge pascal, le tapis du sanctuaire, qui sert aux grandes solennités, les pierres précieuses qui ornent Tostensoir, l'orgue d'accompagnement, pour lequel il a donné près de 4,000 francs, la chapelle dite du Collège, pour Tacquisition de laquelle il a donné 4,500 francs, eic,, etc. Afin que les enfants de la maîtrise de la cathédrale pussent contribuer, en plus grand nombre, à relever les cérémonies et les chants sacrés, il donnait tous les ans près de 3,000 francs pour le traitement des professeurs et pour les autres dépenses de cet établissement. Enfin, pendant tout son épiscopat, Mi^ de l^mony a défrayé et indemnisé les prédicateurs de la station du Carême.
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au milieu des offices , bien que quelquefois ceux qui l'entoura îent, vinssent déranger ou contrarier l'ordre des cérémonies, par inattention ou par gaueherie. Si on le faisait attendre, si Ton ne comprenait pas un ordre donné, il ne donnait aucun signe d'impatience. Rien n'était plus facile que de remplir quelque fonction autour de loi; il savait doucement rappeler un oubli, il avait la bonté de faire un signe in<)perçu, ou laissait le temps de reconnaître et de^réparer une faute commise.
« On n'a jamais remarqué en lui, dans la célébration de nos augustes mystères, cette promptitude qu'y met presque involontairement un prêtre qui se sent en retard, celte gène, cette lassitude morale de quelquesuns qui succombent à la chaleur ou à la fatigue, cette peine, je dirai cette contrariété que le bruit, le chant ou le désordre causé par une grande affluence dans une église restreinte, cause presque nécessairement. Obligé de célébrer fort tard, dans un état de gène ou de malaise, au milieu de bruits et de chants dont nous savons qu'il souffrait beaucoup, on eût dit toujours qu'il n'avait à faire que celte seule action et qu'il s'en acquittait dans les conditions les plus commodes et les meilleures, tant il y mettait de gravité, de calme et de dévotion... D'une ponctualité admirable, jamais il ne fit attendre le chœur un seul instant, particularité qui sembla si remarquable au nonce de Sa Sainteté à Paris, auquel on la racontait quelques mois après la mort de M*"^ de*Simony, qu'il recommanda de n'en pas perdre le souvenir, ajoutant qu'il ne serait pas impossible qu'on eût à en déposer un jour*. »
* Oraison funèbre de Mb' de Simony.