‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 89 sur 118 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Cet esprit de foi, de religion et de piété le suivait partout et toujours. Au milieu des occupalions les plus accablantes de Péptscopat, M**^ de Simony était toujours l'komme de Dieu, l'homme de la prière. Il était facile de voir^ à la constante sérénité de son visage, aa recueillement dont il était sans cesse en- Tîronné, qu^il se tenait toujours en présence de Dieu pour lui demander d'agir en tout dans son esprit et par ses lumières. Les heures particulières qu'il donnait à la prière dans la journée, ne suffisaient point à sa piété, et chaque jour, après les occupalions nombreuses de sa charge, quand toute sa maison était retirée, alors que tant de chrétiens ne prolongent leurs veilles que pour se livrer à des joies insensées ou à de coupables plaisirs, cet ange de paix, dont la vie fut une prière continuelle, passait tous les jours^ hiver comnoe été, un temps considérable datis sa (^apeile, traitant seul à seul avec Dieu, dans le silence de la nuit, de ses projets, de ses travaux et des intérêts de son nombreux troupeau. C'est de cette union continuelle avec Dieu par la prière, que lui venaient ces idées de foi qui faisaient le principe et la !*ègle invariable de ses jugements, de sa conduite et des actes de son administration. De là encore ce goût intérieur des choses de Dieu, celle onction, qui se communiquaient à tous ceux qui conversaient avec lui, cet extérieur si parfiûtement réglé sur celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, sur les saints canons de l'Eglise, sur les principes de modestie donnés par les saints et par les maîtres de la vie spirituelle.

C'est encore à cette source inépuisable de la prière

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que W de Simony puisait cette constante égalité d'àme, cette aménité de caractère qui ne se démentirent pas une seule fois dans le coars d'une si longue vie et au milieu des peines et des soucis inséparables de Tadmlnistration d'un diocèse. Jamais on ne lui vit Tair triste, maussade, ennuyé; à peine si Ton pouvait parfois apercevoir dans ses traits, de la fatigue, de l'épuisement, après un long travail, une longue cérémonie, un long jeûne. Il eut souvent des peines trèsvives; jamais il n'en parlait, jamais aucune plainte, aucune parole de mécontentement contre ceux qui en étaient cause. Il s'était comme imposé de renfermer au-dedans de lui-même toutes les émotions de son kme , quelquefois si cruellement déchirée. Toujours calme, toujours serein, il avait toujours la même douceur dans le regard, toujours le même sourire sur les lèvres; ce sourire de bonté lui était habituel; rarement on le voyait rire, mais il souriait souvent, non pas de ce sourire fade et de pure cérémonie qu'affectent certaines personnes du monde, mais de ce sourire naturel et vrai qui révèle un bon cœur et le désir de faire du bien. Aussi ce sourire avait-il une grâce, un charme inexprimables, surtout quand on l'abordait ou que l'on prenait congé de lui. d Sa bonté si aimable pour chacun de nous, écrit après sa mort une dame protestante, M"*' d'E..., qui était venue avec sa famille passer quelques jours chez lui, a laissé dans mon cœur une impression qui ne s'effacera jamais. On était heureux, et je puis dire on était fier de recevoir de lui quelque marque de bienveillance. Je me souviendrai toujours du séjour que nous fîmes à Soissons il y a quatorze ans. Il y avait dans celte maison une

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eto)ospbère de paix, de bonheur, qui était douée à respirer. Nous jouissions de Paccueil si plein de bonté que nous fit cet excellent prélat. Il avait avec les jeunes gens une manière inimitable, quelque chose de si paternel, dç si aimable^ qu'on en avait le cœur tout plein de reconnaissance.

Ges manières affectueuses étaient, en effet, chez M^^ de Simony, Texpression naturelle de la bonté et de la douceur de son âme. Il pouvait bien dire, à Texemple de son divin Maître : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. » Il pouvait le dire sans vaine complaisance, par le sentiment seul de l'étroite obligation où il était de donner l'exemple à tous. Jamais on ne vit en lui rien d'aigre, d'amer, de rude, de piqtiant. Cette douceur, il la portait dans ses paroles, dans le Ion de sa voix, dans son regard, dans tous les traits de son visage, dans ses gestes, dans tout son maintien. Jamais, par exemple, on ne l'a vu regarder quelqu'un d'un œil sévère, blesser ou repousser par orgueil ou par froideur, adresser un reproche d'un ton dur ou ironique, faire un geste d'empire ou d'autorité ou qui sentit le moins du monde la mauvaise humeur.

Son humilité n'était pas moins profonde. Jamais il ne parlait de lui, ni de sa famille, ni de ce qu'il avait été, ni de ce qu'il avait fait ou de ce qu'il ferait, et ceux mêmes qui ont été honorés le plus longtemps de sa confiance et de son intimité, n'ont jamais pu surprendre, dans ses conversations, le moindre trait qui lui fût avantageux. Combien de fois, au contraire, les couvrit^il de confusion, en leur disant qu'il n'était bon à rien; qu'il était, par ses péchés, un obstacle au bien;

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qu'il était an grand pécheur, et qu'on se persuadât bien qu'il Télait véritablement comme il le disait. « Souvent, nous écrit un vertueux prêtre, quand j'épanchais mon cœur dans le sien, et que je^lui complais mes misères, il me répondait par la confidence de sa prétendue incapacité. » Il ne parlait de lui que pour se recommander aux prières des autres et témoigner la défiance qu'il avait de ses propres mérites devant Dieu; car un des caractères les plus sensibles et ieç plus ordinaires de son humilité, c'était la défiance de lui-même, surtout de ses talents et de ses lumières, défiance qui même allait quelquefois trop loin peut-être, et lui exagérait sa prétendue indignité. Il manifesta nombre de fois son repentir d'avoir accepté Tépiscopat, répétant qu'il ne possédait aucune des qualités de cette redoutable dignité. « Que de bien il y avait à faire, disait-il quelquefois, que la faiblesse de mes moyens et peut-être mon peu de courage m'ont empêché d'entreprendre! Que d'imperfections encore dans le bien que j'ai fait? y> Celte humilité eût-elle été aussi constante, si elle ne fût venue du nœur et des bas sentiments qu'il avait de lui-même? Il en coule trop de se contraindre, de se contrefaire sans cesse; on finit par s*oublier, on laisse échapper quelque chose qui trahit. D'ailleurs, la vérité a des caractères inimitables, et a-t-on jamais pensé à mettre en doute la sincérité de l'humilité, de la vertu de M(' de Simony? C'est par ce même sentiment d'humilité et de défiance qu'il s'entoura toujours de tous les conseils, de toutes le lumières, et qu'il choisit pour ses conseillers habituels, les hommes les plus distingués par leur science et par leur vertu. Le discernement admirable de ce sage prélat le servit à

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