‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 92 sur 118 · CHAPITRE XXTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTI

et encore ces visites furent-elles toujours aussi courtes qu'elles étaient rares. A son arrivée à Soissons, il s'était fait un devoir sacré de la retraite, et avait pris la résolution de s'y tenir aussi étroitement renfermé que le lui permettraient les obligations de sa charge. Sa pensée était que c'est moins dans des rapports fréquents avec le monde que dans le silence de la solitude et de l'union à Dieu, qu'un évéque trouve et cette force d'action, et ces lumières d'en haut aussi nécessaires pour l'instruction et le gouvernement de son peuple que pour sa propre sanctification. Aussi disait-on de lui qu'il pratiquait la vie cachée dans la place la plus éminente.

Toutefois, M«' de Simony savait se prêter au monde avec une douce condescendance, lorsque les circonstances le demandaient. Accessible à tous sans distinction, il accueillait gravement, mais cordial^nent, avec un air qui prévenait au premier abord et qui inspirait tout à la fois de la confiance et du respect. On remarquait en lui ce ton d'urbanité, qui annonce la haute compagnie où on a vécu, et qui en même temps, comme on l'a observé justement, se rapproche du peuple par la simplicité et par la naïveté de ses formes. M»' de Simony ne faisait, du reste, aucune distinction de condition ou d'opinions, dans les personnes qu'il recevait. Les dissidences politiques s'ar^ relaient au seuil de sa demeure. « Un évéque, disaitil, établi pour les hommes en ce qui est de Dieu, doit s'élever au-dessus de tous les partis pour trouver en Dieu le nœud secret -par où on peut les réunir. )> Aussi fut-il constamment aimé et vénéré des hommes de toute opinion, qui approchaient de lui avec confiance,

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sûrs qu'ils étaient d'avance de trouver en lui le cœur d'un évèque et raffection d'un père.

Ce qu'il y avait d'admirable dans M»"^ de Siniony, disait un prêtre qui l'avait approché souvent et longtemps, c'est qu'on n'aurait pu dire pour qui il avait plus d'estime et d'aSection, tant il avait soin de témoigner à tous les mêmes attentions, les mêmes égards; certainement il avait intérieurement ses préférences, mais il avait la délicatesse de n'en rien laisser paraître, au moins en public. Voyez son testament, ajoutait-on, on reconnaît bien là M<^ de Simouy; il ne donne aucun legs particulier, si ce n'est à quelques personnes qui naturellement faisaient classe à part ; il n'a pas voulu qu'on pût dire qu'il ait jamais fait acception de personnes. Tous étaient ses enfants à titre égal, tous avaient une part égale à sa tendresse paternelle ; plusieurs ont pu se croire dédaignés, parce qu'ils ne se voyaient pas préférés; M*' de Simony ne croyait pas devoir tenir compte d'une susceptibilité jalouse ou injuste.

C'est par suite du même principe qoeM*^ de Simony ne donnait jamais aucune marque extraordinaire d'amitié; ses affections étaient naturellement très-vives, sa sensibilité profonde; mais continuellement occupé à modérer ses impressions, à dompter la nature, il voulait que tout en lui fût subordonné aux impressions de la grâce et de l'esprit de Dieu. Aussi on ne vit jamais en lui rien qui indiquât un sentiment un peu trop tendre. Les témoignages d'amitié qu'il donnait à des enfants, par exemple, étaient pleins de b(mté, mais sans rien de trop sensible dans les manières ou dans les regards. Il pratiquait cette sage réserve à

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regard même de ses parents. Certes, c'eût été bien mal conoallre la tendresse de son cœur que de lui supposer la moindre indifiérence pour les membres de sa famille; mais, s'il les chérissait tendrement, c'était en Dieu et pour Dieu, et sans aucun mélange de sentiments trop humains et trop naturels.

Cette dignité, cette réserve, et l'opinion qu'on avait de sa sainteté étaient du reste si bien établies, qu'on n'eut jamais la pensée d'élever sur sa vertu le moindre soupçon, ce dont les plus saints et les plus vertueux ne sont pas toujours exempts. ]⥠de Simony s'environnait habituellement de tant de majesté, qu'il était vraiment sous ce rapport inabordable, inaccessible à toute familiarité. Malgré le charme de son sourire et l'affabilité de ses manières, il conservait toujours ce je ne sais quoi d'imposant qui obligeait à la vénération tout en permettant la confiance. M^iis il ne se croyait pas pour cela dispensé des sages précautions que conseille la prudence chrétienne. Jamais, par exemple, il n'aurait voulu admettre avec lui une personne du sexe dans sa voiture, fût-ce même une de ses soeurs, quelque respectable qu'elle fût par son âge et par son caractère ; il ne voulait même pas qu'on s'en servit pour la conduire, tant il était soigneux d'éviter jusqu'à l'ombre même du soupçon.

Ce ton de grandeur, de noblesse qui frappait tous ceux qui l'approchaient, s'alliait en lui avec les goûts les plus modestes. On peut lui appliquer ce qu'un illustre écrivain de nos jours* a dit d'un illustre pabliciste*

1 M. de Montalembert.

• Donoso Gortès.

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