‹ Vie de monsieur OlierChapitre 6 sur 14 · CONGRÉGATION. — RÉFORME DE LA PAROISSE DE SAIN T- SULPICE · texte numérisé non relu

CONGRÉGATION. — RÉFORME DE LA PAROISSE DE SAIN T- SULPICE

“ Je suis le bon pasteur : le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.”

(Evangile.)

L’Evangile raconte que, pendant Sa prédication, et surtout après Sa résurrection, Jésus avait coutume de se dérober pour un temps à Ses disciples, qui, au milieu de leurs ténèbres et de leur abandon, se troublaient soudain et L’appelaient à eux. Il reparaissait alors, apaisait une tempête, dirigeait une pêche miraculeuse, ou .annonçait l’Esprit consolateur.

L’Eglise traverse souvent de ces crises terribles pendant lesquelles il semble que Jésus se retire d’elle pour un temps : les ténèbres et les ruines s’amassent, il semble que tout va périr, et tout d’un coup un rayon mystérieux la pénètre, et fait sortir de ses plaies mêmes une germination d’œuvres nouvelles, qui témoignent de la perpétuelle fécondité de l’Epouse de Jésus- Christ.

Non, Jésus n’abandonne point Son Eglise : ATI disparaît soudain, c’est qu’il prie sur la sainte montagne, ou jette mystérieusement dans le sillon les semences de l’avenir : attendez quelques jours, et vous verrez la moisson.

C’est ce qui parut admirablement à la fin de ce XVIe siècle, où la foi, étouffée au milieu des .guerres religieuses et de l’effondrement des constitutions et des Etats, semblait prête à périr. La licence était partout ; les vices les

plus honteux déshonoraient toutes les classes delà société ; l’Eglise même était désolée par les scandales. Et tout à coup la solitude des cloîtres refleurit, la cour se purifie, les villes se transforment, et le feu sacre se ranime dans le sanc-

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Qu’était-il donc arrivé? quelques hommes animés de l’esprit apostolique avaient paru, et, comme toujours, là où les saints avaient passé, Dieu était passé avec eux.

Nulle part ce changement ne fut plus éclatant qu’en France. En 1603, l’ordre des Carmélites, réformé par sainte Thérèse, avait été introduit en France par les soins du cardinal de Bérulle et de la bienheureuse Marie de l’Incarnation. Sept ans plus tard (1610), l’année même où mourut Henri IV, saint François de Sales jeta les fondements de la Visitation, dont le succès fut si rapide, que Mme de Chantal vit avant sa mort l’érection du 75e monastère de son ordre.

En 1611, le cardinal de Bérulle bâtit cette maison de l’Oratoire de France, où devaient revivre les vertus de saint Philippe de Néri, en même temps que toutes les branches de la science sacrée devaient y avoir leurs représentants, malgré les déchirements de l’intérieur, et les tempêtes du dehors.

C’est à ce grand foyer de la vie cléricale, auprès du père de Condren, et bientôt du. père Àmelotte, que vinrent s’inspirer les fondateurs des congrégations nouvelles, M. Bourdoise, instituteur du séminaire du Chardonnet, M. Olier, le père Eudes, et ces austères et fervents missionnaires.

Près de ces savants, surgit cette réforme de Saint-Benoît, que l’on nomme en Italie la réforme de Saint-Bernard, et en France l’ordre des

Feuillants ; il allait bientôt donner à l’Eglise l’admirable cardinal Bona qui, quoi qu’en dise Pasquin, n’eût pas eu besoin pour faire un pontite excellent (papa Bonus), de contrefaire son nom et sa nature. *

Saint Vincent de Paul est partout avec ses; missionnaires et ses admirables filles de la Charité : pas une bonne œuvre qu’il n’encourage, pas un institut qu’il ne dirige.

Pour ne point sortir de notre cadre, nous ne parlons point des merveilles accomplies par les écoles du père Borré et les sœurs du bienheureux Pierre Fourier en Lorraine.

Chaque année enfin de ce nouveau siècle est marquée par une grande œuvre : en 1612, Mme de Sainte-Beuve fonde les Ursulines pour l’éducation des jeunes filles. Les Filles du calvaire, les religieuses de l’Adoration perpétuelle, les Nouvelles catholiques, les Filles de la Providence, celles de l’Union chrétienne, bientôt les Hospitalières de La Flèche, qui rivalisent en Canada, avec les Ursulines et les Sœurs de la Congrégation, de zèle et de piété ; en Provence, les Sœurs de la Miséricorde, fondées par le père Juan (1630) ; en Languedoc, les Filles de Notre- Dame, fondées par Mlle de Lestonnac : toute une efflorescence enfin d’asiles de la prière et de la charité console l’Eglise, et glorifie Jésus-Christ.

Les romans de cette époque ne voient à la cour qu’intrigues et scandales, duels de mousquetaires et de gardes : ils oublient que le monde et la cour rivalisèrent souvent de générosité avec le cloître. La reine Anne d’Autriche fonde le Val-de-Grrâce pour la vénérable Marguerite d’Arbouze, près d’elle, la mère du chancelier Séguier, la comtesse de Bérulle, la jeune mar-

(*) Vana solecismi ne te conturbet imago,

Esset papa Bonus, si Bona papa foret.

quise de Bréanté, la duchesse de Rochechouait, Mlle de Bains, que toutes les^ cours d’Europe appelaient la merveille de la création et la reine de beauté, Mlle du Yigean, aux pieds de laquelle le jeune et brillant Coudé était venu apporter les lauriers de Lens et de Rocroi, enfin la plus riche héritière de France, la fille du duc d’Epernon, et cent autres des plus nobles, jetant sur toutes les joies du monde un regard de dédain, viennent, comme une volée de colombes, ,se cacher à l’ombre du Carmel.

La princesse de Conti resta près de sa souveraine avec la duchesse de Bouillon, mais elles vendirent toutes leurs pierreries pour en verser le prix dans le sein des pauvres et des congrégations de France et du Canada. Mme de Bullion, à elle seule, donna 80,000 écus pour l’hôpital de Montréal, et les aumônes de Mlle de Lamoignon furent si considérables qu’on estime à plus de cinq cent mille francs ce qu’elle distribua dans une seule année, et qu’on lui attribua d’avoir sauvé de la mort plus de cent mille pauvres.

De toutes parts, à celui qui lit la véritable histoire de cette époque, les noms les plus glorieux viennent s’offrir dans tous les rangs de la société. Bernard, le pauvre prêtre, donne la main au maréchal de Joyeuse devenu capucin, et au duc de Gondi devenu oratorien ; MM. de Boudon, de Bretigny, de Renty, rivalisent avec MM. de la Dauversière, de Fancamp et de Maisonneuve, nos amis du Canada ; la bienheureuse Mechtilde du Saint-Sacrement, et la bienheureuse Marie de l’Incarnation, la bienheureuse Agnès de Lanjac, la marquise de Belle-Isle et Marguerite Bourgeoys, Marie Rousseau, Mme Legras, Mlle Mance et Marguerite du Saint-

Sacrement suffiraient à elles seules pour illustrer cette époque.

Ce grand arbre de l’Eglise catholique, que la, Réforme avait cru renverser, qui avait paru dépouillé de sa verdure et découronné par les tempêtes, qu’une dernière bourrasque allait renverser sur le sol, reverdissait au printemps du XYIIe siècle ; une sève abondante circulait dans toutes ses parties qui se développaient en rejetons, en feuilles et en fleurs, et promettaient à tous ombrage, abri et nourriture.

Saint-Sulpice fut un des jets de cette divine germination. Il vint en son temps et après tous les autres ordres, afin d’assurer par l’éducation d’un clergé pieux et instruit le maintien et le développement de tout le bien qu’ils étaient appelés à produire. Son fondateur pourtant, malgré sa foi aux promesses de Dieu, ne pouvait prévoir un si prompt accomplissement, de ses vœux. Il se fit pourtant, comme toutes les choses dirigées spécialement par la Providence, de la manière la plus naturelle à la fois et la plus admirable.

Un certain nombre de paroissiens de Saint- Sulpice, qui avaient entendu parler des pieux, ecclésiastiques de Vaugirard, venaient s’adresser à eux pour leurs confessions : M. Duferrier alla trouver le curé de cette paroisse pour lui exposer le fait, et lui demander son agrément. M. de Fiesque le donna sans réserve et avec empressement, et il en prit occasion de leur faire l'offre de sa paroisse elle-même : “ Que faites- “ vous là-bas ? disait-il à M. Duferrier. Si vous, “ avez besoin de travailler au salut des âmes et “ d’assembler des ecclésiastiques, ne leur donnez “ donc pas l’incommodité d’aller vous trouver “ si loin : venez ici, je vous donnerai ma cure,. “ où vous aurez tout ce qui vous manque à.

“ Vaugirard, et vos amis seront auprès de vous.” Et aux refus de M. Duferrier, il répondait avec une rondeur toute bretonne : “ Je demande “ mille écus de revenu ; M. Olier possède le “ prieuré de Clisson en Bretagne, d où je suis :

“ ce bénéfice rapporte seize cents livres. Joi- “ gnez-y quatorze cents livres de pension, et nous voilà d’accord.”

M. Duferrier protesta qu’il ne viendrait jamais prendre la responsabilité d’une paroisse, qui .surpassait en étendue et en nombre les plus grandes villes du royaume, et qui était à la fois la capitale de la pauvreté, et la sentine de tous les vices.

MM. Olier et de Foix ne se montrèrent pas si opposés à ce projet, et M. Duferrier, déférant à leur sentiment, partit aussitôt pour Vendôme consulter le père Tarrisse, qui s’y trouvait alors. 11 approuva le dessein : M. Olier voulut l’exposer lui-même à Marie Rousseau, en qui il avait tant de fois reconnu l’inspiration divine.

Il vint donc la trouver la veille de l’Ascension, et lui fit part de toutes les difficultés et de toutes les impossibilités qu’on lui opposait. Elle lui répondit très tranquillement : “ Faites ce “ qu’il vous plaira ; mais, malgré l’avis de tant “ de personnes, vous serez curé. Que d’autres “ vous disent ce qu’ils voudront : toutefois, vous “ serez curé de Saint-Sulpice, Dieu le veut.”

Ce fut aussi l’avis de saint Vincent de Paul, de M. Bourdoise, et du père Bataille. Restait à consulter celle qu’il avait choisie pour Mère et pour Reine : il vint mettre à ses pieds cette grande entreprise.

Les voies de la Providence lui apparurent alors : cette offre de Saint-Sulpice lui rappela le .songe qu’il avait eu, où saint Grégoire et saint Ambroise lui avaient montré au-dessous d’eux

une place de curé vacante, et bien au-dessous un grand nombre de Chartreux, moins indispensables au salut des âmes que les prêtres du saint ministère. Dieu le voulait donc : la paroisse allait frayer le chemin au séminaire !

ba résolution fut prise dès lors d’une manière irrévocable. Bien que la réforme de Saint-Sulpice parût une œuvre au-dessus de toute proportion, et une véritable folie dans les circonstances, M. Olier ne douta pas un instant que Dieu ne le destinât à l’accomplir : “ Maintenant “ que nous allons prendre la cure de Saint-Sulpice, écrivait-il alors, Dieu ce me semble, me manifeste ma vocation, qui est de ranimer par trois moyens la piété chrétienne : le premier “ sera l'instruction et la sanctification du peuple, “ le second la sanctification des docteurs et des prêtres, et le troisième la formation des jeunes clercs. (1) Il nous montre qu’il veut former “ dans ce lieu un séminaire ouvert à toutes les provinces, ou au moins un modèle de séminaire pour les autres diocèses et royaumes. Voilà pourquoi Dieu veut l’établir dans un “ lieu qui n’est ni borné, ni rétréci par aucune “ juridiction particulière, car cette paroisse n’est ‘‘ d’aucun diocèse : elle ne relève immédiate- “ ment que du pape, et ceux qu’il commet pour “ la servir sont comme ses substituts et ses “ membres qui suppléent à ce qu’il ne peut faire “ par lui-même. Ce séminaire étant destiné u pour le service de l’Eglise universelle, il était “ convenable qu’il fût fixé dans un lieu qui “ n’eût d’autres bornes ni d’autre dépendance

(1) C’est encore sous cette triple forme que se manifeste l’œuvre de Saint-Sulpice. surtout à Montreal, où nous la voyons conduire des paroisses modèles du Canada et de l'Amérique entière, diriger les prêtres et les clercs qui se préparent aux degrés de théologie, et former les grands et les petits séminaristes.

“ que celle du Saint-Siège, à l’honneur duquel “ il se consacre entièrement.

“ Je sens un si grand désir de sauver tout le- “ monde, de répandre le zèle de l’amour et de la “ gloire de Dieu dans tous les cœurs ; je pense “ tant à avoir mille sujets, pour les envoyer por- “ ter partout l’amour de Jésus-Christ et du très' “ Saint-Sacrement ! Et quand je considère que “ la cure qu’on me présente pourra servir à cela,. “ et à communiquer ce zèle à Paris et à toute la “ France, je suis ravi de joie, et je ne désire plus “ autre chose que de faire glorifier mon Maître,. “ surtout dans ce mystère où II a été si méprisé.”

Ce fut avec cette sûreté de vue, et ce zèle du salut des âmes, qu’il accepta de prendre possession de cette cure, après que les arrangements de permutation eussent été arrêtés avec M. de Fiesque.

Pour se disposer toutefois à remplir plus fructueusement les devoirs de la charge qu’il allait entreprendre, il voulut faire une retraite préparatoire sous la direction du père Bataille.. Enfin, bien que ses provisions en cour de Borne 11e fussent pas encore arrivées, il dut prendre possession la veille de l’Assomption 1642, à cause du départ de M. de Piesque.

A peine avait-il mis le pied dans sa cure, que la tempête commença à se déchaîner contre lui. Sa mère, désolée de lui voir accepter une cure dans la banlieue, après qu’il avait refusé Châlons et la pairie, et son frère aîné, furieux de voir qu’il n’avait ni équipage ni train, vinrent en grande colère lui reprocher de les déshonorer.

Cette persistante mondanité dans ceux qu’il eût voulu tant aimer l’affligea vivement : il trouva heureusement dans son frère cadet une plus juste appréciation de sa conduite. Le mi-

nistre d’Etat de Chavigny, son parent, qui*, comme tons les antres, l’avait sévèrement jugé d’abord, lui en fit sincèrement ses excuses, et lui offrit son appui pour tout ce dont il aurait besoin dans sa charge nouvelle. Mme la princesse de Coudé et la duchesse d’Aiguillon, qui devenaient ses paroissiennes, se montrèrent pleines de prévenances pour lui : elles poussèrent même la délicatesse jusqu’à aller trouver Mme Olier pour la réconcilier avec le nouvel état dechoses. La visite des illustres princesses jeta enfin un peu d’huile sur ce pauvre cœur ulcéré,, mais la noble dame trouva que ce n’était pas trop de cette réparation “ après tant d’honneur.perdu ! ”

Pour le curé de Saint-Sulpice, il subissait doucement toutes ces violences et toutes ces colères, et trouvait moyen de les excuser avecson humilité ordinaire : “ Il y a plus d’inno- “ cenee dans leurs procédés, disait-il, que dans la “ plupart des actions que je fais à chaque ins- “ tant.”

Il n’oubliait pas toutefois, au milieu de ces nouvelles fonctions, que l’œuvre dominante de sa vie, l’œuvre que la Providence lui confiait,, son œuvre enfin, était avant tout l’établissement des séminaires

La paroisse était pour lui l’acheminement à ce couronnement de ses œuvres, et il ne cessait d’y tendre avec une patience et une ardeur, dont la source ne pouvait être qu’en Dieu.

L’œuvre du séminaire était encore impossibleà Paris pour quelques années au moins : les préventions étaient trop fortes, les évêques trop découragés, le clergé trop convaincu que cette tentative resterait une brillante utopie.

Il y a deux manières de convaincre les esprits : la première, en les instruisant des motifs et des

Taisons qui appuient la vérité que l’on défend ; mais cette méthode à priori, si prompte et si facile, et que les esprits éclairés et vifs affectent ..si volontiers, a le grand désavantage, dans des questions qui ne sont pas purement du domaine intellectuel, mais qui réclament la contreépreuve de la pratique, de laisser subsister des doutes parfaitement justifiés chez des hommes habitués à faire la part des difficultés des temps, des lieux, des circonstances, et surtout des passions humaines. La masse surtout 11e se passionne guère pour une idée dont elle ne peut voir la réalisation sous ses yeux. A la méthode du raisonnement sur laquelle tout repose, il faut donc joindre alors la méthode expérimentale. Le divin Maître des hommes n’enseigna pas autrement : Il commença par faire et accomplir tout ce qu’il prêchait, puis II instruisit : Cœpit, .ifacere et docere.

Les conciles avaient proclamé la nécessité des séminaires : les esprits persistaient à regarder leur institution comme un desideratum irréalisable. O11 parviendrait peut-être à former des noviciats du sacerdoce, où les jeunes gens recevraient pendant quelques années des instructions théoriques, qu’ils laisseraient invariablement à la porte de ces pieuses maisons pour le ..service de ceux qui devaient les y remplacer ; mais les choses continueraient d’aller leur train, et nulle réforme sérieuse ne viendrait de là : il fallait donc prouver par les effets, et avant d’établir des séminaires, montrer ce qu’ils pouvaient faire.

Saint-Sulpice était le théâtre choisi par Dieu pour cette épreuve : l’énorme étendue de cette paroisse, les abus et les vices qui y régnaient, •ses relations directes avec le Saint-Siège, tout

allait contribuer à rendre cet essai retentissant et décisif.

M. Olier vit sa tâche dans toute son étendue, mais aussi dans son merveilleux résultat. Si, avec les prêtres formés avec lui à cette éducation des séminaires, il réalisait la réforme de cette paroisse, sa cause était gagnée : et sa cause ne pouvait manquer d’être gagnée, parce qu’elle était celle de Dieu : “ Je vois, disait-il, que ce “ dessein ira à donner à l’Eglise beaucoup des “ bons sujets, que le roi et M. le Cardinal, imbus

de nos procédés et de notre façon de vivre, “ tireront de notre maison. Je pense qu’à l’ave- “ nir on viendra les choisir chez nous, et que “ pour cela Dieu prend plaisir, dès ce commen- “ cernent, à inspirer de l’estime pour le sémi- “ naire.”

Il savait d’ailleurs que toute tentative de réforme resterait inefficace, s’il ne commençait par établir sa maison sur un pied parfait de régularité et de simplicité, et s’il ne commençait par donner aux fidèles l’exemple d’une famille cléricale unie et fervente.

Il invita donc les vicaires et les assistants de M. de Fiesque à se réunir aux ecclésiastiques qu’il avait amenés avec lui de Vaugirard pour vivre en communauté, et s’aider, dans l'affranchissement de toute préoccupation temporelle, à accomplir l’œuvre de Dieu. Quatre seulement répondirent à son appel : sept ou huit autres vinrent de divers endroits se joindre à eux ; mais ce n’était pas assez encore. M. Olier alla demander à Marie des collaborateurs dignes d’elle : il fut presque immédiatement exaucé : quelques semaines plus tard la communauté contenait cinquante membres qui rivalisaient de dévouement et d’abnégation

Mais il fallait pourvoir à l’entretien de ces

nouveaux confrères. M. Olier commença pan faire trois parts des revenus de la paroisse : la. première pour les pauvres, la seconde pour les anciens prêtres, la troisième pour la communauté ; rien pour lui.

La difficulté était d’habituer ces hommes de naissance et de fortune à la pauvreté et aux privations de la vie commune : “ Chacun, dit-il, “ avait à dîner une écuelle de potage et une “ petite portion de chair de boucherie bouillie ; “ sans dessert ; et le soir de même un peu de “ mouton rôti.”

Le costume était à l’avenant : propre, mais très simple. M. Olier lui-même ne portait qu’une soutane de serge et des habits de dessous de l’étoffe la plus commune : nulle dentelle au surplis, ce qui n’empêcha pas M. Bourdoise d’exercer sa verve impitoyable sur les concessions à l’esprit du siècle qu’il assurait découvrir en eux : “ Il se moquait de nous, dit M. Olier, qui pré- “ tendions former des vicaires pour les villages, “ après les avoir accoutumés durant plusieurs “ années à une nourriture qu’ils ne sauraient “ avoir dans les pauvres lieux de la campagne. “ — Que faire alors ? ” demanda l’humble curé. M. Bourdoise, rappelé à la vérité delà situation, avoua qu’après tout on ne pouvait mieux faire.

Et en effet, pour des hommes qui de grand matin venaient assister à l'oraison, récitaient pendant la journée les heures canoniales en commun, comme ils faisaient tous leurs exer~ cices, et consacraient tous leurs moments libres, à la prédication, aux catéchismes, à la visite des, quartiers, à l’administration des sacrements et. aux confessions, une nourriture moins abondante, eût été insuffisante : il fallait s’arrêter dans les. exigences de mortification commune, en laissant libre champ aux austérités particulières.

L’établissement de cette communauté fut si “visiblement béni de Dieu, qu’il fut imité sur-lechamp sur plusieurs points de la capitale et de la France, et avec le même succès.

Libre alors de s’occuper de son peuple, M.Olier •commença par se faire rendre un compte détaillé et minutieux de l’état de sa paroisse. Cette étude le navra de douleur : mais si grand que le mal apparût, ce n’était rien auprès de ce qu’il était en réalité. Non seulement les enfants croupissaient dans la plus complète ignorance, mais encore les parents et les vieillards eux-mêmes ignoraient les premiers éléments de la foi.

Qu’on juge dès lors de la moralité de cette population d'ouvriers, qui ne voyaient les grands dans leurs faubourgs, que pour être témoins de leurs duels, et souvent de leurs excès, et que d’ailleurs une multitude de protestants réfugiés sollicitaient au mépris de la religion et de ses ministres.

Les renseignements les plus décourageants, les détails les plus attristants, et malheureusement les plus incontestables lui étaient donnés chaque jour par ses coopérateurs. Pour se rendre un compte parfaitement exact de la situation, et se mettre à même d’y remédier, il divisa sa paroisse en huit quartiers, chacun sous le titre d’une des principales fêtes de la sainte Vierge. Le Luxembourg, qui était peut-être la partie la plus corrompue et la plus gangrenée du troupeau, fut mis sous la garde de Marie Immaculée ; Vaugirard, où était l’espoir de la renaissance, fut consacré à la Nativité ; le quartier de la rue du Four à la Présentation, celui de Bussy à l'Annonciation, et ainsi des autres.

Sûr du zèle et de la prudence de chacun des prêtres qu’il mettait à la tête de ces quartiers, parfaitement rassuré surtout sur l’esprit de di-

sintéressement personnel et d’entente pour lebien général, qui régnait parmi eux, le pieux pasteur s’en remit à eux pour la surveillance, l’érection et la direction des œuvres de chaque district : il se lit donner par eux un état nominatif des chefs de famille, une liste des pauvres, une autre des personnes qui vivaient dans l’éloignement des sacrements et le désordre.

Que de tristes révélations amena l’exposé détaillé de cet état de choses ! jamais pasteur avaitil eu plus de vices à combattre, plus de mal à extirper ? Et il n’avait que trente-quatre ans ! Mais Dieu était avec lui : il le sentait bien à la confiance que lui témoignaient les hommes les plus élevés dans l’Etat, les évêques qui venaient en foule lui demander avis pour l’établissement de leur séminaire, la reine-mère qui, après la mort de Louis XIII, ne voulut plus élever à l’épiscopat aucun sujet qui n’eût été formé pendant quelques années au séminaire de saint Vincent de Paul ou à celui de M. Olier.

Il usa de l’influence que Dieu lui donnait sur les esprits pour réformer les abus les plus criants et les plus publics : le plus notable peutêtre était la foire de Saint-Germain, qui durait deux mois, et qui attirait, à cause de sa franchise, des marchands et des bateleurs de toute la France. La police n’y intervenait que rarement, et presque toujours sans effet. Dix-sept personnes y furent tuées en duel dans une seule semaine. Les scandales et la corruption y régnaient pendant tout ce temps avec une notoriété et une impudence incroyables : l’abbé de Saint-Germain était incapable de s’opposer à un mal si invétéré et si général.

M. Olier alla trouver les magistrats, leur parla avec une force apostolique, les menaça de la justice de Dieu, obtint plus de la police et réta-

blit enfin l’ordre et la décence. Noblement dédaigneux de cette popularité vaine et superficielle, que cherchent à se concilier les âmesfaibles par le laisser-faire et le laisser-passer, il se rendit lui-même le plus souvent qu’il put à cette foire, visita les étalages, et en fit disparaître les images indécentes et les livres mauvais ou dangereux. On comprendra le courage qu'il y avait à agir ainsi, quand on saura qu’on en était venu à vendre des objets de superstition et des livres de magie jusque sur les marches de Saint-Sulpice.

Après avoir pourvu au public, il descendit au particulier. Sa sagacité lui fit comprendre que, toute réforme, pour être durable, devait commencer par la famille et le foyer. Il avait luimême commencé par régler sa maison, où l'ordre,, la simplicité, une douce et respectueuse familiarité, des récréations communes animées d’une gaîté cordiale et sans bruit faisaient l’admiration de tout le monde : il crut que chaque chef de famille pouvait obtenir le même succès. Mais il connaissait trop la nature humaine pour ne pas savoir que le peuple, toujours porté à imiter les grands, ne changerait point sa manière d’agir, s’il ne trouvait parmi eux un exemple et un modèle. Il insista donc près des plus nobles et des plus influents pour qu’ils l’aidassent dans son œuvre, en réglant leur maison, leur table, leur ameublement, avec une modestie toute chrétienne : il leur rappela les. devoirs des maîtres à l’égard des inférieurs, la nécessité de veiller sur leurs mœurs, de pourvoir à leur instruction, et de leur faire observer les lois de Dieu et de l’Eglise.

Mais ces bénédictions des familles chrétiennes sont impossibles, si le lien même qui les unit, si le mariage n’a été entouré de toutes les pré-

-cautions et de toutes les préparations recommandées.

Sous ce rapport aussi le mal était grand : un grand nombre vivaient dans le concubinage, beaucoup de mariages n’avaient pas été bénis, un bien plus grand nombre encore étaient malheureux. En s’appliquant à réparer le passé, il .s’efforça d’assurer l’avenir. Il écrivit pour les parents et les jeunes gens des avertissements qui, ■en leur facilitant la réception du sacrement demariage, leur en rappelait les graves devoirs et les saintes responsabilités.

M. Duferrier l’aida dans cette œuvre avec une fermeté et un zèle admirable : “ Nous établîmes, dit-il, un règlement invariable : ce fut de ne ma- “ rier personne, que les contractants ne fussent “ venus trouver M. Olier, afin d’apprendre leurs obligations et de répéter leur catéchisme. La mère conduisait sa fille, et le fiancé y venait “ seul. Ils récitaient les commandements de “ Dieu et les points nécessaires de la doctrine ■“ chrétienne. Les grands seigneurs le faisaient u< avec beaucoup de civilité et de respect. On 41 recommandait aux ecclésiastiques de la communauté d’interroger leurs pénitents sur les 41 articles de la foi que plusieurs ignorent. Je “ puis dire que je trouvai un des premiers sei- ■“ gneurs de la cour que j’interrogeai sur son catéchisme, et qui confessa ne l’avoir jamais ap- 41 pris. Je lui en donnai un, que j’allai lui faire ■“ répéter comme à un petit enfant : ce qu’il 41 faisait avec humilité.”

Pour que ces mariages, dont il assurait ainsi les débuts, obtinssent pour la société et la famille toutes les bénédictions du ciel, il fallait précautionner les nouvelles générations contre les malheurs du passé, et commencer par instruire les enfants. Ils avaient été laissés dans

vin abandon et un délaissement hideux : il fallait donc établir des catéchismes, les encourager, les rendre attrayants. Pour que tous ses -auxiliaires comprissent l’importance de cette tâche sainte et sublime entre toutes, M. Olier voulut lui-même “ avec un amour et une humilité admirables,” faire celui des plus petits 'enfants.

Il en établit douze, dont il donna la direction aux ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice. On fut tout d’abord étonnés de voir ces jeunes gens, la plupart distingués par leur naissance, parcourir les rues, une sonnette à la main, se répandre dans les maisons, appeler les enfants à l’instruction chrétienne, et se vouer ainsi à l’enseignement de quatre mille d’entre eux.

La nouveauté du fait fut un attrait de plus. La curiosité amena les parents : ils en avaient besoin. Ils apprirent ainsi sans honte ce qu’ils n’avaient jamais connu. Pour assurer ce succès, M. Olier conçut la pensée d’établir, pour les grandes personnes, un catéchisme public, auquel il ne manquerait que ce nom et les interrogations habituelles, et où tout le monde pourrait apprendre sans rougir les grandes vérités du salut. En même temps, il faisait distribuer dans les familles des images où étaient figurés les principaux actes et les principales vérités de la vie chrétienne avec des légendes qui contenaient les prières du matin et du soir, la manière de sanctifier les principaux actes de la journée, les dispositions requises pour bien profiter des sacrements, etc.

Les petits et les humbles continuaient donc d’avoir la première part dans l’affection du pieux pasteur ; mais parmi eux les pauvres, s’ils étaient surtout ignorants ou infirmes, restaient ses privilégiés. Il savait tout le succès que

saint Vincent de Panl avait obtenu, en établis-sant des confréries de la charité pour le soulagement des malades. Une de ces institutions avait même été fondée à Saint-Sulpice, mais elle était à peu près ruinée.

M. Olier n’était pas encore curé depuis un an, qu’il écrivit à saint Vincent pour le prier de venir ranimer ce foyer de la charité presque éteint : “ J’ose prendre la liberté pour la gloire de J ésus- “ Christ, disait-il, et le service de Ses membres, “ de vous supplier, si votre commodité le per* “ met, de vouloir prendre la peine de venir en- “ courager mes dames de la charité. Elles s’as- “ semblent aujourd’hui pour trouver moyen “ d’aller servir les pauvres elles-mêmes, et d’ac- “ complir le règlement de la compagnie, auquel “ jusqu’à présent elles ne s’étaient point assujetties. Je vous conjure, au nom de Notre- “ Seigneur et de Sa sainte mère, de ne point “refuser cette grâce.” Saint Vincent de Paul accourut, et l’œuvre triompha.

Un grand malheur venait d’affliger les pauvres nécessiteux de Paris : ils étaient orphelins : Le pauvre prêtre Bernard, comme l’appelait le monde, notre père, comme disaient les indigents, venait de mourir. M. Olier recueillit sa succession. Elle était lourde à gérer : heureusement le principal agent du pauvre prêtre, frère Jean de la Croix, vint tout naturellement se retirer près de lui. M. Olier fit avec lui la visite de tous les indigents, “ ne refusant jamais rien de ce que “ lui proposait l’aumônieux frère Jean. Il don- “ liait à toute main,” racontait son compagnon avec attendrissement. Il ne s’en tint pas là, et plus tard M. Gribily fut nommé le confesseur des pauvres, comme frère Jean était leur serviteur.

La misère entraîne avec elle bien des maux ;

le plus triste est la débauche et le libertinage,, aussi les maisons de prostitution fourmillaientelles dans sa paroisse. Ce spectacle brisait le cœur du saint prêtre. Il comprit que ce mal ne • disparaîtrait pas comme les autres, que les influences lui manqueraient, que les appuis humains lui feraient défaut. Il se jeta aux pieds; de Dieu, et s’offrit comme victime pour son peuple. Pour expier les fautes que commettait son troupeau, le pasteur flagella sa chair avec une sévérité sans exemple : “ il avait lu dans; “ l’Ecriture que cette espèce de démon ne se “ chasse que par le jeûne et la prière,” et que le zèle ordinaire des apôtres n’y suffisait pas ; il prolongea ses veilles et ses prières, il recourut aux macérations les plus pénibles à la nature. Impossible de raconter les persécutions et les avanies des libertins, et les intrigues des débauchés, rien ne découragea la constance du pasteur.

Entendant un jour que des soldats enlevaient, une pauvre fille, il court à son aide, et par son énergie et son intrépidité, met les soldats en fuite. Il osa bien en poursuivre jusqu’à Montrouge pour leur arracher leurs victimes.

Aussi, au bout de sept ans de luttes, put-il s’applaudir d’avoir presque entièrement purgé sa paroisse de ces honteuses maisons. Son succès, ne fut pas moindre contre les protestants et les jansénistes.

Les réformés avaient profité du désordre du faubourg Saint-Gfermain pour s’y établir, si à l’aise, qu’on appelait ces quartiers la petite Genève. Leur influence et leur audace augmentaient chaque jour : le clergé séculier, accablé par le saint ministère, n’avait ni le temps, ni les moyens de s’opposer à cet envahissement, graduel. Les protestants triomphaient de ce silence apparent, pour prétendre que les prêtre»

catholiques n’osaient pas entrer en discussion -avec leurs ministres. M. Olier, que sa grande ■science théologique et sa vivacité naturelle qualifiaient si bien pour la controverse publique, s’y refusait pourtant par humilité, et par amour de la vie cachée. Mais l’honneur de l’Eglise et l’intérêt de la foi ne pouvaient lui être mdilie- .rents ; aussi trouva-t-il moyen d établir des discussions publiques et privées, qui ne laissèrent aux hérétiques aucun moyen de calomnier leurs adversaires, et donnèrent aux égarés de bonne foi toute facilité de s’éclairer sur les points en

•question. r , ,

Le père Yéron, qu’on avait nomme cure de «Charenton, justement pour l’opposer aux ministres du temple de ce nom, obtint, sans quitter sa paroisse, de venir faire des conférences à Saint- Sulpice, sur les erreurs des huguenots. Quoique avancé en âge, il était aussi alerte et aussi \ if ■que dans ses plus belles années, et n’épargnait pour son œuvre ni peine ni temps. Afin de préparer des successeurs, il consentit à donner aux séminaristes de Saint-Sulpice des leçons de controverse, et à les initier à sa méthode, qui était aussi simple qu irréfutable. “ Il commençait, dit ■“ M. Duferrier, par proposer aux Huguenots la vérité catholique, et exposait ensuite leur “ croyance : Vous venez, disait-il, nous réformer “ par l’autorité seule de l’Ecriture : nous sommes •“ prêts à vous écouter. Nous croyons par exemple que Jésus-Christ est réellement et subs- “ tantiellement présent dans la sainte Eucha- •“ ristie : vous croyez qu’il n’y est que par la “ foi, et non pas réellement, et vous vous obli- •“ gez de nous le prouver par un texte formel de “ l’Ecriture. Rapportez-le donc, et mnm vous croirons.” Le ministre protestant alléguait alors les paroles du chapitre Vie de saint

Jean : La chair ne profite de rien , c'est l'esprit qui vivifie , et le père Yéron, le répétant après lui,, disait : Ce n’est pas de quoi il est question. Je vous demande un passage qui dise : Le Corps de Jésus-Christ n'est pas dans l'Eucharistie; celui-ci ne le dit pas. Et si le ministre alléguait les mots : Ce que je vous ai dit est esprit et vie , ou :: les deux doivent contenir Jésus-Christ jusqu'à ce qu'il vienne , l’impitoyable raisonneur continuait de dire : Un passage, un passage clair, précis,, qui dise que Jésus- Christ n'est pas dans l'Eucharistie. Je ne vous demande pas ce que vous voyez dans l’Ecriture, mais ce qui s’y trouve d’une manière positive. Forcés d’avouer qu’il ne setrouvait point de texte évident en leur faveur,, le père Yéron les mettait en rage en leur demandant : que nous prêchez-vous donc ? l’Ecriture ? Elle ne dit rien que contre vous : vous ne pouvez rien établir par l’évidence du texte, et l’Eglise, et dix-huit siècles de science et d’érudition ont résolu toutes les difficultés que vous 11e voulez pas comprendre !

Cette méthode serrée, ces répliques ad hominem par lesquelles le père Yéron rétorquait l’argument de ses adversaires, les couvraient deconfusion, mais ne les convertissaient pas. Y at-il eu jamais un protestant converti par la réfutation publique et impitoyable de son erreur ? Quand l’illustre Newman demanda au pieux Murray de Maynooth des livres pour s’instruire, ce dernier lui envoya un chapelet, et saint Li~ guori : l’humilité de la prière, et l’humilité de l’enseignement !

Le père Yéron vengeait les catholiques et honorait notre croyance, deux autres controversistes animés de l’esprit de Dieu sauvaient les. âmes, et pansaient les blessures de leur vanité révoltée. C’étaient le coutelier Jean Clément et

le mercier Beauvais. “ Après que le père Véron était descendu de chaire, Clément répondait dans le parterre ou dans les charniers de l’Eglise à ceux qui proposaient des doutes, et il le faisait avec une telle bénédiction, qu’il y avait peu d’hérétiques qui, après l’avoir entendu, ne restassent persuadés. Sa douceur et son humilité gagnaient ceux que la méthode dure, mais solide, "du père Véron avait émus, et on peut dire que jamais homme n’a obtenu plus de succès que lui dans cet emploi.

“ Il en ramena plus de deux mille dans une seule année, ajoute M. Duferrier, et Beauvais “ n’était pas moins heureux.” Tout le monde en était dans l’enchantement, excepté M. Bourdoise : non que l’instituteur de la communauté du 'Chardonneret fût indifférent au bien opéré dans les âmes. Non, le saint prêtre était plus que personne désireux du salut des hérétiques, mais il eût voulu qu’il s’opérât dans l’ordre hiérarchique, par les mains de ceux que Jésus-Christ a établis Ses aides, Ses coopérateurs, le sel de la terre et la lumière du monde, et l’indolence de •certains prêtres le faisait bondir d’indignation : “ C’est le plus grand reproche et l’affront le “ plus sensible que Dieu puisse faire au clergé “ de ce siècle, qui a si peu d’humilité ! s’écriai t- ■“ il Vivent le coutelier et le mercier ! ”

Pour seconder leur zèle, M. Olier ne marchanda ni ses peines ni son influence. Il dissipa les prêches qui essayaient de se former sur divers points de sa paroisse, et, par un mélange de fermeté et de douceur, il réussit à ramener un grand nombre d’égarés, et surtout à sauvegarder ses ouailles.

Nous verrons bientôt la part qu’il prit à la Téforme du midi et le zèle qu’il montra pour

la conversion de l’Angleterre et de son roi Charles IL

Mais un nouvel ennemi né lui-même du protestantisme, non moins dangereux et plus perfide à cause de ses formes hypocrites, commençait à se glisser dans sa paroisse : c’était le Jansénisme.

Son auteur, Jansénius, né à Leerdam (Hollande), en 1585, avait étudié à Utrecht, à Louvain et à Paris. C’est dans cette dernière ville qu’il fit connaissance avec Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui l’attira près de lui à Bayonne. Il y demeura douze ans, comme principal du collège de cette ville, mais déjà fort occupé de la composition de son fameux livre sur la grâce , qu’il prétendait n’être que la reproduction de la doctrine de saint Augustin sur cette matière, et qui se trouva ne contenir que les théories de Janson, son premier maître, avocat et disciple de Baïus.

De retour en Hollande, le roi d’Espagne le nomma évêque d’Ypres : il mourut en 1638, en léguant à ses disciples son “Augustinus,” qui parut deux ans après à Louvain, et fut condamné en 1642 par Urbain VIII, comme renouvelant les erreurs de Calvin et de Baïus sur la liberté humaine et le concours de la grâce.

C’était au fond le serf-arbitre du prédicant de Genève, qui refaisait son apparition , la damnation obligatoire ou le ciel inévitable ; par contre, en morale, l’inutilité des bonnes œuvres au salut, -et l’irresponsabilité humaine. Pour couvrir ces conséquences affreuses, dont les adeptes les plus avancés se réservaient le bénéfice, on criait très haut et très fort contre le relâchement du clergé, la nécessité d’en revenir à la doctrine et à la morale des saints docteurs de la primitive .Eglise, et même à la pénitence publique.

Tar piété et conscience, on négligeait de faireses pâques et de dire la messe : les pins parfaits s’abstenaient de sacrements, dont leur humilité les empêchait d’approcher. Le docteur Arnauld, les religieuses de Port-Loyal, dont sa sœur, la mère Angélique, était supérieure, Saint-Cyran, Nicole, se firent les propagateurs de cette doctrine, au cri de réforme et de réparation. L’esprit français, toujours sincère et porté, à cause de sa netteté et de sa précision, à réagir contre les abus, au risque de détruire le bien même,, accueillit cette prétendue rénovation apostolique, avec enthousiasme.

Nous avons dit quelles aspirations et quel élan vers la réforme se manifestaient depuis le commencement du siècle sur tous les points du royaume : on crut voir dans ces nouveaux docteurs les apôtres de l’Evangile de perfection, et leurs austérités bruyantes, leur retraite plus éclatante encore, prévinrent en leur faveur les plus dévots et les plus religieux.

Ce fut donc avec une indicible douleur que M. ülier vit ses meilleurs fidèles, des ducs et des princes, patronner une hérésie si insidieuse. En vain la Sorbonne condamnat-elle les cinq erreurs fondamentales sur lesquelles reposait toute la doctrine de l’Augustmus, et que son syndic Cornet lui désigna, les sectaires distinguèrent, proposèrent, éludèrent,, et s’entêtèrent à rester dans l’Eglise malgré l’Eglise, et à lui donner le spectacle de leurs pénitences publiques, en attendant qu’ils la dégoûtassent par leurs convulsions. Le mot d’ordre était de s’insinuer surtout dans les communautés religieuses les plus ferventes, et d’en faire autant de boulevards de leurs œuvres. C’était ce qu’avait annoncé le père de Condren avant, sa mort.

Le père Amelotte eut l’occasion d’en faire l’épreuve, et toute sa fermeté ne réussit qu’à demi à préserver l’Oratoire de l’infiltration des nouvelles doctrines. C’était là la mission que Dieu lui avait réservée, et pour laquelle II avait refusé un coopérateur si actif à M. Olier. Saint Yincent, M. Bourdoise, un instant prévenus par l’austérité de Saint-Cyran, repoussèrent avecindignation ses émissaires du sein de leurs communautés, quand ils eurent appris le cas qu’ils faisaient de Borne et de ses décisions.

M. Olier n’eut pas la même peine à l’égard des siens : d’instinct, ils pressentirent, à leursmenées, à leurs alliances et à leurs intrigues, que Satan tentait par ses sectaires une contrefaçon de la réforme catholique. Leur dureté au tribunal de la pénitence, leur éloignement de la communion fréquente, leur rigorisme insensé n’allaient qu’à dégoûter de la pratique religieuse, et à abolir les sacrements en les rendant inabordables.

Le coryphée de la secte à Paris était le* fameux du Hamel, que les intrigues du parti firent nommer à la cure de Saint-Merry, après qu’il se fût signalé en province par l’établissement de la pénitence publique, partout suivie à bref délai de l’abandon de la confession. A l’exemple de M. Olier, il réunit ses prêtres en communauté, à son exemple encore il leur fit desconférences. Il ne différa du zélé pasteur que sur la matière de ses entretiens : au lieu de' traiter, comme le curé de Saint-Sulpice, des vertus cléricales, du zèle pour le culte de Dieu et le salut des âmes, de la modestie et du désintéressement, de l’esprit d’union constante avec Jésus-Christ ; il dissertait sur la grâce et la prédestination, l’action irrésistible de Dieu sur les cœurs, qui n’attendait sans doute que la péni-

tence publique pour envoyer à tous cette grâce toujours et nécessairement triomphante.

D’ailleurs souple, aimable et flatteur, il sut .s’introduire dans la confiance des ducs de Luynes et de Liancourt, qui se mirent à jouer au cénobite dans d’élégants ermitages, et à y rendre avec leurs amis des oracles, que les Antoine et les Hilarion d’autrefois n’avaient point connus. On juge si ces nouveautés avaient séduit les dames de Saint-Merry. Malheureusement le drame suivit de près la comédie : quelquesunes de ces infortunées moururent des suites de leurs indiscrètes pénitences, d’autres devinrent folles.

Cet état de choses alarmait à bon droit M. Olier. Pour préserver ses paroissiens, il fit des conférences sur le sacrement de Pénitence, et avec tant de fruit, que ses enfants ont toujours retenu dans leurs retraites cette méthode d’instructions, qui met si bien en relief la bonté de Dieu, la facilité du salut, les consolations et les saintes exigences de notre foi : “ Il faut “ tenir le milieu, disait-il à ses paroissiens,

et n’aller ni dans une extrémité ni dans •“ une autre, si vous ne voulez périr. Il y a de “ l’abus dans l’indulgence et la facilité de plu- “ sieurs ministres, et il y a de l’excès dans la “ rigueur des autres. Le malin fait semblant de “ vouloir bannir l’abus de quelques particuliers, “ et il veut ou abolir les sacrements dans l’E- ■“ glise, ou les porter à des extrémités excessives ■“ contraires à l’esprit de Jésus-Christ.”

Ainsi démasqués, les docteurs Arnauld, Sainte- Beuve, Saint-Amour du Hamel, Saint-Cyran, et le père Desmares crièrent à l’hérétique, à l’ennemi ■de saint Augustin et des Pères, à l’apôtre du relâchement et de la ruine des mœurs, et vomirent •contre lui tout ce que la haine put leur inspirer

d’injures et de suggestions perfides et enfiellées. Sans doute, M. Olier était trop connu pour que de semblables accusations pussent le ruiner dans l’esprit des bons ; mais il y a des époques de vertige où l’esprit public semble se faire le complice des plus niaises calomnies et nous verrons bientôt quels orages elles préparaient au curé de Saint-Sulpice. Les libertins et les jansénistes se donnèrent la main avec une entente qui aurait dû éclairer tout le monde sur leurs vrais sentiments, pour accabler ce prêtre qui ne relevait que de Rome et de sa conscience.

M. Olier, peu touché de tout ce qu’ils tentaient contre lui, mais effrayé des progrès de leurs hypocrites menées, chercha aux pieds de Marie et près du Saint-Sacrement force et consolation contre la tempête.

Il y trouva tant de lumière et de sainte confiance, qu’il voulut ouvrir à ses paroissiens ces deux grandes ressources de notre foi, en les mettant en honneur plus qu’elles ne l’avaient jamais été. Il savait que la dévotion au plus grand et au plus saint des sacrements, cœur de la foi catholique et vrai aliment de toute notre vie spirituelle, et conséquemment l’amour pour la vierge Marie en qui a été formée cette Chair divine et ce Corps de Jésus, était la pierre de touche de toute vraie doctrine et l’écueil de toute hérésie, qui nécessairement s’attaque toujours à l’Incarnation ou à ses conséquences.

La piété envers le Saint-Sacrement et la dévotion à Marie furent donc le mot de ralliement des fidèles, le centre d’union et le foyer toujours vivace où s’entretenait l’esprit de la paroisse et du séminaire de Saint-Sulpice.

Nous avons vu la tendresse d’enfant que M. Olier avait toujours eue pour la sainte Yierge, comment dès l’enfance il lui avait offert tout ce

qu’il avait de neuf et de beau, comment dans samaladie son nom seul suffisait à le tirer de sa, léthargie, et comment enfin il s’était attaché à elle par un vœu de servitude filiale : cette dévotion "avait été la source de toutes les grâces qu’il, avait reçues.

Il avait consacré sa paroisse à Marie en enprenant possession, et il faisait porter sa bannière à côté de celle de saint Sulpice, pour quesous les plis de l’oriflamme de la Mère se groupassent tous les enfants. Il voulut que tous ses jeunes communiants se consacrassent à elle, et renouvelassent tous les mois ensuite cette consécration : une messe se disait ce jour à leur intention.

Enfin sa piété s’ingénia de toutes manières à faire honorer Marie, et à embellir le magnifique autel qu’il lui consacra dans sa nouvelle église.

La Mère de Dieu l’en récompensa en lui donnant à lui et à ses paroissiens un amour et un zèle sans exemple pour le Saint-Sacrement. C’était par la mère qu’ils étaient introduits près du Fils. A son arrivée dans cette paroisse, la Tablesainte était déserte, l’adoration au pied du saint Tabernacle presque abandonnée, le culte del’Eucharistie sans éclat et sans splendeur.

Il voulut que ses prêtres fussent les restaurateurs de cette dévotion, car c’était là le foyer même de l’esprit sacerdotal, de l’esprit de contemplation et de sacrifice, de l’Esprit de Jésus, prêtre et victime de Son Père. C’était donc à eux cette fois de donner l’exemple.

Quand le peuple les vit se ranger en surplisdevant l’autel, immobiles et recueillis devant la majesté de Dieu, se succédant les uns aux autresdans une garde d’honneur et d’amour, un saisissement religieux s’empara des fidèles. A leur tour, ils accoururent entourer le divin Prison-

nier, dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes. Pour seconder ce bon mouvement, M. Olier fit graver par Melland une image explicative du mystère de l’autel, et il donna aux expositions du Saint-Sacrement, encore peu en usage, ou imparfaitement pratiquées dans la plupart des églises, un lustre inouï jusque-là.

Le peuple fut si frappé de ce zèle pour la sainte Eucharistie, qu’il n’appelait plus les messieurs du séminaire que les prêtres du Saint- Sacrement, comme on désigne un arbre par les fruits qu’il porte.

Une congrégation d’adorateurs, qui a duré jusqu’à nos jours, fut établie, et les personnages les plus haut placés tinrent à honneur d’en faire partie. M. Olier les réunissait le jeudi, et dans une chaleureuse et fervente exhortation, il laissait déborder de son cœur les sentiments de tendresse qu’il éprouvait pour la divine Yictime, et qu’il désirait faire naître dans tous les cœurs. Il ne pouvait souffrir la négligence et l’inexactitude dans ceux qui s’engageaient une fois dans •cette garde d’honneur : il en parlait comme une désertion honteuse et particulièrement sensible à Jésus-Christ.

Un jour qu’il s’était élevé avec plus de force •que de coutume contre quelques-unes de ces absences, la mère du grand Condé, Charlotte de Montmorency, se leva, et dit avec une simplicité qu’on ne saurait trop admirer dans une si haute princesse : “ Monsieur, j’y ai manqué samedi, ■** étant allée faire ma cour à la reine ! ” et, dans la circonstance, cette visite était un acte de charité, car Louis XIII venait de mourir, et Anne d’Autriche, enfermée dans ses appartements, •continuellement éclairés par des flambeaux, devait y passer les quarante premiers jours de son veuvage : le soir seulement, la princesse de

Condé la conduisait incognito à la promenade dans les jardins. M. Olier, qui ignorait cette circonstance, et qui, dans l’exercice de ses fonctions, ne faisait d’exception pour personne, ne se laissa point toucher par l’humble aveu de son illustre paroissienne, et crut devoir répondre à son excuse avec une fermeté toute apostolique : “ Tous “ seriez plus louable, Madame, lui répliqua-t-il, “ si vous fussiez venue ici faire votre cour au “ Roi des rois.”

La pieuse pénitente reçut ce reproche sans le moindre signe d’émotion : mais M. Olier fut vivement affligé de sa sévérité, lorsqu’il apprit que la fille des Montmorency ne laissait point Lieu pour les rois, mais allait Le chercher près de ceux qui souffrent et pleurent : il répara son erreur avec un tact qui consola toute l’assemblée, le jeudi suivant, en louant une illustre “ princesse qui se cachait dans la foule, et qui, “ malgré le misérable siège qu’elle voulait occu- “ per, était présente à tous les cœurs, et ravis- “ sait le regard des anges.”

La princesse de Condé, grâce à son humilité et à sa ferveur, fut l’aide principale de M. Olier pour répandre l’amour du Saint-Sacrement parmi les dames de la paroisse : la duchesse d’Aiguillon, non moins connue au Canada qu’en France par ses aumônes et ses générosités, le seconda aussi puissamment.

Rien ne causa au pieux pasteur plus de consolation que la dévotion témoignée par cette cour d’honneur de princes et de grands au Dieu do l’Eucharistie. Sa piété sans doute et sa foi furent les principaux éléments de son succès ; il faut reconnaître pourtant que ses qualités naturelles furent pour beaucoup dans l’ascendant qu’il prit sur les esprits. Il avait le don de faire aimer Dieu : il inspirait comme naturellement à

tous le désir d’être bons, et tournait insensiblement les cœurs des mondains et des courtisans vers l'Eucharistie, source de toute piété et aliment de toute perfection. Ses manières nobles et modestes, ce mélange de fermeté et de douceur qui se manifestait dans ses paroles, dans ses actions, même dans ses gestes, ce je 11e sais quoi d’achevé, cette exquise distinction qu’il devait à sa naissance et à son éducation prévenaient d’abord en sa faveur, et lui donnaient accès près de tous. Il connaissait le secret de la simplicité, et pouvait sans crainte descendre aux derniers services : ils s’élevaient avec lui.

“ Il était d’une taille médiocre, dit M. Bau- “ drand, avait le port libre, dégagé, avantageux : “ sa complexion était sanguine, délicate, quoique “ forte et robuste, s’il 11e l’eut altérée par ses “ jeûnes, ses longues veilles et ses rigoureuses “ pénitences. Son teint était blanc, mêlé de ver- “ meil, son visage plein, son nez aquilin, son “ front large et serein. Il avait les yeux vifs, la ‘ bouche d’une grandeur médiocre, les lèvres “ vermeilles, la voix belle, argentine, flexible ; Sl la prononciation libre, insinuante ; le geste “ naturel et dévot, soutenu d’une éloquence “ mâle, élevée, et si heureuse que, sur-le-champ, “ sans étude, il ravissait les esprits et enlevait “ les cœurs. Enfin il avait le visage beau, “ agréable et bien proportionné, accompagné “ d’un air rempli de tant de grâce, de majesté “ et de modestie, qu’il était impossible de l’ap- ‘‘ procher sans concevoir de l’estime et du res- “ pect, et sans être élevé à Dieu,”

Les militaires étaient surtout sensibles à ces avantages extérieurs et à ces qualités naturelles: sa franchise, sa bravonre à s’exposer au feu des railleries, son mépris d’une vaine popularité, son dévouement sans bornes attiraient ces âmes

qui se connaissaient en générosité : le maréchal Fabert et le marquis de Fénelon, braves soldats tous deux, mais malheureusement aussi grands ■duellistes, lui vouèrent un véritable culte. Il profita de son ascendant pour les porter à réparer le passé en travaillant à l’abolition des duels.

C’était chose délicate, et qui devait prendre du temps. Cependant le choix des deux apôtres ■ de la paix était si bon, leur réputation d’héroïsme si incontestable, qu'une association de gentilshommes se forma pour appuyer ce dessein. On n’y admit que ceux qui étaient réputés les plus braves. Tout le monde alors voulut en être : les maréchaux d’Estrées, de Schomberg, Plessis-Praslin et Yilleroi y donnèrent la main plus tard, et le mouvement se propagea et se développa dans tout le pays, même après la mort de M. Olier, avec un succès inouï. Les Etats de Languedoc et de Bretagne la favorisèrent, la Sorbonne décréta en son honneur, le roi fit des édits pour l’appuyer, et le fléau qui dépeuplait la noblesse et l’armée, sans disparaître entièrement, décrût dans une proportion ■qu’on n’aurait jamais osé espérer.

Toutes ces œuvres n’épuisèrent point l’activité de M. Olier : son zèle ne connaissait ni borne ni mesure, il eût voulu faire dans le monde entier ce qu’il accomplissait à Saint- 'Sulpice. Dieu donna d’une certaine manière satisfaction à ses saints désirs par la bénédiction qu’il accorda à deux autres de ses œuvres, l’établissement des séminaires et l’évangélisation du '■Canada.

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