INTRODUCTION
Il n'entre pas dans notre plan de signaler les fautns gi'aves qiii ont été reprochées à Napoléon ; noiiB sommes loin de vouloir lei justifier ni même les dissimuler , mais nous abandunnoas le loin de les juger aux historiens . tels que MM. Dulaure , Mignet , etc. , tjui l'ont déjà fait avec sévérité : quand il s'agit de telles iautes . nous convenons naïvement de ce qu'elles ont de répréhcnsiblos, et il nous semble que Napoléon eut assez de grandeur , pour que l'on ne doive pas craindre de les avouer. Les Biographes que nous avonseités, dont les articles composent la vie que l'on trouve à la suite de cette introduction sont peut-être la source la plus pure oi'i les amisde la vérité viendront puiser la connaissance des faits propres à guider leur jugement dans l'idée qu'ils chercheront à se former de notre immortel capitaine , né dans une des plus pauvres iles de la Méditerranée , est mort sur le rocher le plus isolé de l'immense Océan. C'est en lisant cette vie , qu'il faut gémir sur les malheurs où le grand
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homme est entraîné dans certains moment par son caractère , par la fatalité , oti par ses perfides conseillers.
Néanmoins , il faut dire à Farantage de Napoléon , que sa réputation gagne de jour en jour dans l'opinion de la plus saine partie de la société , parce que la conduite de ses anciens compétiteurs à la souveraine puissance , depuis qu'ib se sont partagé ses dépouilles , contribue beaucoup à le réhabiliter dans Taf* fection de ceux qui s'étaient éloignés de lui avant d'avoir ce point de comparaison. Il est plus que probable qu'il n'eût point vu avec la même indifférence et le même égoîsme,que la plupart des princes actuels , cette horrible guerre de destruction dans laquelle les ac^ tes multipliés d'une barbarie inhérente aux mœurs des Ottomans , s'exercent avec une rage et des raffinemens inconnus jusqu'à nos jours. S'il eût vécu, et continué de régner , le célèbre projet d'Henri tv , celui d'expuber les Turcs de l'Europe , serait exécuté à présent ; la protection qu'il n'eût
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pas manqué d'accordt.'I' aux Grei^s , lui en eût foiuni l'occasion et le prétexte. II avait trop de sagacité natnrelle , trop de justesse d'esprit et de grandeur d'anie , pour laisser échapper une si belle occasioa d'accorder une grande et légitime entreprise avec les vœux des peuples de la chrétienté. Le giiuvernement immoral des Osmunlis ne souillerait plus le territoire européen. Les Turcs , les infâmes Tiircs , eussent étépromptement forcés de dégorger dans lem' propre sang , celui de tant de chrétiens dont ils se sont enivrés. Ceuxqui eussent échappé au glaive vengeur , eussent été refoulés en Asie , et pendant les ojjscures délibérations de leiu- divan , les aigles victorieuses seraient venues fondre sur les mosquées de Constantinople ; le drapeau tricolore , «jui s'était déjà montré sur les bords du Nil et du Jourdain , flotterait maintenant sur les eaux et les rives du Bosphore. Si on eilt eu à souffrir quelque chose de l'ambition du chef do cette croisade , sous le rapport de la
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nouvelle organisation politique qu'il eût peutêtre donnée à la Grèce et à la Turquie , du moins l'humanité n'eût pas eu à gémir de tant de massacres prolongés. Lès Grecs vainqueurs par son secours , auraient certainement obtenu de sa générosité une existence politique indépendante : il* n'y a rien que Napoléon n'eût accordé avec enthousiasme aux souvenirs de Thémistocle et de Périclès.
Malheur , oui , malheur à ceux qui mettent l'Europe entière dans le cas d'éprouver de douloureux regrets qui seront connus de toute la terre , et dont nous ne sommes ici que l'écho.
P. Metton.
DE NAPOLÉOIV
on(t|<trte*
JLi'ipoQTiE glorieuse que nous allons retracer est èelle à laquelle l'histoire donnera le nom d*ÉpoQi7E
CONSUIiAlRE.
Le temps actuel n'est plus le temps des fables : il n' 7 a plus ni impunité' ni apothe'ose pour les maîtres du monde, il n'y a plus même d'ingratitude de la part des peuples. Les rois , les conque'rans , sont jugés comme hommes et comme dominateurs. Chaque action de leur existence est soigneusement recueillie , et c'est comme sous leur dictce que la socie'té e'crit leurs annales. Aussi aucune erreur , quand même elle serait utile , ne doit y prendre la place de la vérité'. Ce qui est une erreur pour les contemporains deyient un mensonge pour l'avenir, et un crime pour l'histoire. La vie d'un génie extraordinaire tel que Napoléon, si riche d'ailleurs par elle-même , ne serait point profitable à la société, si elle ne montrait aussi qu'elle est la vie d'un homme. Une loi d'Égjptc faisait juger le roi après sa mort. Une loi de la Chine ordonne de juger l'empe-
a VIE
rear cliaqne jour de son régne : Cett celle-ci que le temps présent a adoptée.
Napôle'oii Bonaparte naquit à Âjiiccio en Corse , le t5 août 1769. L'origine nobiliaire de la Emilie Bonaparte on Buonaparte , dont assurément elle peut encore se passer , est suffisamment constatée par des documens historiques du i4"m siècle , et par le choix que la province de Corse fit en 1776 de Charles de ^uona^yarf 1; , père de Napoléon, pour représenter sa noblesse dans la députation qu'elle envoya an roi de France. On sait aussi , à n'en pouvoir douter, que la famille Bonaparte était originaire de San-Miniato en Toscane, ce qui, il y a peu d*années , était un lien de plus entre la France et ritalie. Letizia /7amo/</io,également d'une famille noble , femme d'une beauté remarquable , donna le jour à huit enfans , dont Napoléon fut le second
L'enfance de Bonaparte se passa sans jeux, comme sa jeunesse sans plaisirs , mais non pas sans amitié. n semble qu'il soit pressé de vivre, .son premier âge a une sorte de maturité, dont les penchans sérieux contrastent singulièrement avec ses jeunes années. Reçu. élève à l'école militaire de Brienne , par la protection du comte de Marbeuf , gouverneur de la Corse , Bonaparte y développe cette passion secrète pour l'étude et pour la réflexion , qui avait frappé sa iamille à A jaccio. Plutarque seul le délasse des études militaires et mathématiques. Quand sa fortune fut faite ^ il se délassa de l'histoire par la fable , et quitta Plutarque pour Ossian.
Ce fut aux écoles militaires de Brienne et de Paris que commença le mystère de ce caractère impénétrable qui devait un jour être dévoilé au monde
dans ce qui pomrait subjuguer les hommes 9 et c'est cette împene'trabiHte' et cette élévation de caractère qui assurent à )amaîs, parmi les grandes singularités de la nature 9 et les plus brillantes notabilités de l'histoire, une place entièrement neuye à Napoléon Bonaparte. L'avenir parait être la seule passion de cette première jeunesse , que Bonaparte parvient à éteindre dans une abstraction presque continuelle. Il regarde comme des séductions dangereuses tout ce qui peut le distraire ou le consoler du plan sévère qu'il semble s*étre imposé , et il repousse comme des ennemis les frivoles amusemens du jeune âge. La littérature , les beaux-arts , les talens lui sont étrangers. Élève, il est le solitaire de Técole; camarade, il n'a point d'égaux. Il a des amis qui sont ses complaisans. Ses rapports avee eux sont singuliers. Associé à leurs travaux comme à leurs plaisirs , on le croirait sous Finfluence d'an fatalis* me impérieux : et dans cette discipline commune des écoles , il a l'air d'obéir à part.
Une prédiction alors obscure n'est sans doute comprise que par lui. Le professeur Léguille , dans le compte qu'il rend de ses élèves, ajoute à la note sur Bonaparte : Corse de nation et de caractère , U ira loin si Us circonstances le favorisent. Un recueil manuscrit qui a appartenu à M. le maréchal de Ségur , alors ministre de la guerre , renferme la note suivante, à Fartide intitulé : Écoles dbs êlbvis DB BftiBiiVB. État des élèt^es du roi susceptibles par leurdge d'entrer au seruice ou de passer à V école de Paris ; savoir : M, de Buonaparte (Napoleone) , né le îSaodt 1769, taille de^ pieds 10 pouces 10 lignes^ mjiniêa quatrième : de bonne constitution.
tanié excetienlB : caraetira'iounùi , hanniCaet
recannaisiant : conduite très-régulUrv : s'eit taujours distingué par son application aux mathématiques ; U tait très-passablement son histoire et sa géographie : il est assez JaibU duns les eipicices d'agrément et pourlt latin, où il n'a Jini que sa quatrième : cb ses* UAKIN : mérite de passer à Cécole de Pari.
Lii carrière militaire de Bonaparte ce en i~Sj , où le SDEcés de son examen pour l'arme de l'arLillcrie le fait nommer lieutenant en second dans le reyimenl de La Fcro. On a riipelc raille fois sa réponse à une dame qui reprochait justement au grand Turenne l'incendie du Polatinat : Eh! qu'importe, madame , si cet incendie était nécessaire à ses desseins! Cependant vingt-sept ans après , ce ne fut pas lui qui incendia Moscow.
11 fit , et il a droit à toute notre impartialité' ; mais par quelle fatalité sommes-nous déjà pour lui la postérité, tandis que sur le rocher où il est captif, il voit toujours en nous des contemporains ! il n'y a plus d'égalité possible de nous à Bonaparte. Lui ■eul, par la loi d'une justice qui lui est propre , peut
de combler l'espace qui nous sépare de lui par la tableau de cette superbe fortune qui a passé sur la terre, pour donner à la société l'idée de la puissance de l'homme et de celle du destin.
Bonaparte a ao ans : la révolution se présente à lui comme une carrière que la fortuneoucre à son génie Xe sentiment de la liberté qu'il aceçu en naissant s'exalte dans son âme en voyant le destin de sa patrie s'agrandir de celui de la France. La corre»-
pondaAc^ qa*ii entretenait avec Paoli, alon en Angleterre, nourrissait en lui cette passion e'ievee qu'il a portée constamment jusqu'au fanatisme, et à laquelle, il a depuis sacrifie' la France , parce qu'après avoir confondu l'inde'pendance de sa patrie avec sa propre gloire, il avait fini par ne plus voir la France qu'en lui seul. Paoli vint de Londres à Paris en 1790 ; il fat présente' à l'assemblée constituante par M. de La Fayette, et reçut dans la capitale tous les honneurs que l'amour de la vraie liberté' offrait alors aux illustres défenseurs de l'indépendance des nations. Le jeune Bonaparte était en Corse par congé , et s'y montrait partisan zélé de l'ancien ami du son père. En 179a, Paoli, qui était retourne dans sa patrie, y reçut sa nomination de lieutenantgénéral au service de France et de commandant de la 23™« division militaire. La même année , le lieutenant d'artillerie est nommé au commandement temporaire d'un des bataillons de gardes nationaux soldés, levés en Corse pour le maintien de l'ordre public. Cette ile était encore agitée par le parti qui avait long-temps combattu le despotisme desGénois, et qui s'était constamment opposé à la réunion de la Corse à la France. A jaccio , patrie de Bonaparte, était le chef-lieu de cette opposition , et il fut obligé lui-même , à la tête de son batiiillon , d'employer la force contre la garde nationale de cette ville. Le tumulte , qu'il parvint à apaiser , eut lieu le samedi saint de la même année. Peraldi, un des chefs des mécontens , ancien ennemi de sa famille , et cela suffit dans un pays où la haine est héréditaire , accusa Bonaparte , auprès du gouvernement , d'avoir provoqué lui-même le désordre qu'il