‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 10 sur 204 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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et de sentimens entretenus par cet esprit d’investigation sans limites , que lui-même nommait philosophie; sentimens et opinions qui pouvaient bientôt obliger les souverains à s’armer pour ime même cause , et qui devait les empêcher, dès ce moment, de consumer leurs forces les uns contre les autres , à l’avantage de l’ennemi commun.

Ces préoccupations qui avaient agité Freueuc au déclin de sa vie , n’étaient pas celles de » empereur Joseph II. Sans posséder la même pénétration d’esprit , ni la même rectitude de jugement , il s’efforçait néanmoins de marcher sur les traces du roi de Prusse , en qualité de réformateur et de conquérant. Assurément il serait injuste de refuser à ce prince des talens remarquables , et le désir de les employer à faire le bonheur de ses peuples ; mais il arrive souvent, chez les souverains , que le talent et même la vertu , s’ils en font usage sans avoir égard aux temps et aux circonstances , deviennent le malheur de leur administration. Il arrive ordinairement aussi que les princes doués de ces avantages personnels , se confiant dans leur propre habileté, préfèrent, à moins d’avoir été instruits à l’école sévère de l’adversité, ces favoris qui approuvent et propagent leurs opinions , à ces conseillers indépendans , dont l’ex-

ÎO VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

périence pourrait corriger l’imprudence de leurs démarches; ainsi, malgré le mérite personnel et bien reconnu de Joseph II , lestalens distingués qu’on lui accordait généralement , sa sincérité non douteuse et le patriotisme de ses intentions , il fit naître , à l’époque dont nous parlons , plus de craintes et de mécontentement parmi ses sujets , que n’eût fait un prince qui se serait contenté de régner par ses ministres , et de mener une vie indolente , selon l’étiquette et dans les plaisirs de sa cour. L’empereur, donc , par ses projets inconsidérés de réforme, ou du moins par l’exécution brusque et arbitraire de ses plans, eut le malheur d’exciter de terribles commotions parmi les peuples dont il voulait améliorer le sort. En même temps aussi, par l’effet de sa politique extérieure , il compromettait la paix générale en Europe ; et l’Autriche devenait le point où la rupture pouvait éclater. Il semblait véritablement que l’empereur était parvenu à concilier dans son esprit , et les idées philosophiques dont il faisait profession , et l’égoïsme extrême qu’il montrait à l’égard des Provinces-Unies , d’abord en ouvrant l’Escaut , puis en démantelant les places frontières qui leur avaient été accordées pour les mettre à l’abri d’une invasion du côté de la France. De la première de ces mesures, l’empereur ne retira

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