CHAPITRE I
que la misérable somme au prix de laquelle il vendit ses prétentions , et la honte d’avoir payé d’ingratitude les services rendus par les Provinces-Unies à ses ancêtres. Mais en privant la Hollande des forteresses qui protégeaient ses frontières , il provoqua des événement également funestes à l’Autriche et au continent d’Europe tout entier.
Sous un autre rapport, les réformes introduites par Joseph II étaient de nature à disposer les esprits aux innovations qui devaient être effectuées plus tard , sur une plus large échelle , par des mains plus fortes et plus sévères. La suppression des ordres religieux , l’application de leurs biens aux besoins généraux du gouvernement, pouvaient, jusqu’à un certain point, flatter les protestans ; mais sous le rapport moral , s’emparer de la propriété des individus ou des corps, c’est enfreindre les principes les plus sacrés de la justice. On ne rendra point une spoliation de cette nature moins odieuse, en prétendant qu’elle était nécessaire ou avantageuse à l’État; parce qu’il n’y a point de nécessité qui puisse légitimer l’injustice, point d’avantages pour l’État, qui puissent compenser une violation de la foi publique. Joseph fut aussi le premier souverain catholique qui méconnut les attributs de majesté solennelle dont
la religion entoure la personne du souverain pontife. L’inutile et humiliant voyage de Pie VI à Vienne, fournit à Napoléon une sorte de précédent pour la conduite qu’il tint envers Pie VII.
D’autres innovations , moins excusables encore, et tout aussi dangereuses , répandirent l’alarme et le mécontentement dans quelques imes des plus belles provinces autrichiennes, provinces que leurs plus sages monarques avaient gouvernées avec une modération particulière et une prédilection toute paternelle. Dépossédés de leurs places fortes sur les frontières, les Pays- Bas autrichiens restaient ouverts au premier conquérant qui voudrait les envahir. On eût dit que le système de l’empereur avait pour but d’extirper cet amour pour le prince , et ce respect pour son gouvernement, qui, dans les temps de détresse , tiennent lieu si efficacement de remparts et de fossés. L’histoire de la maison de Bourgogne fournit à chaque page une preuve de l’amour des Flamands pour la liberté, et de l’ardeur qu’ils ont toujours montrée pour le maintien des privilèges à eux concédés par leurs princes. Ce fut dans ce pays , et parmi ce peuple, que Joseph poursuivit ses plans de réforme avec tant d’inflexibilité qu’il paraissait vouloir trancher brusquement la question de la