‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 9 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

qu’il n’avait signée qu’à regret , ou pour chercher à ressaisir des droits auxquels il venait de renoncer formellement, quoique avec répugnance. Sa réponse à l’ambassadeur des États- Unis est un de ces traits qui méritent de n’être jamais oubliés : « J’ai consenti le dernier à la paix qui sépare l’Amérique de mes États; maintenant qu’elle est signée, je m’opposerai le premier à tout effort qui tendrait à la rompre. » L’écrivain ingénieux que nous venons de citer, paraît avoir craint, du caractère et de l’ambilidn des monarques du Nord , ces causes de troubles qui n’existaient pas dans la partie occidentale de l’Europe ; mais la Sémiramis du Nord, Catherine, avait tourné ses vues de conquêtes , principalement vers ses frontières de l’est et du midi ; et les finances de cet empire , immense à la vérité , mais comparativement pauvre de richesse et de population, étaient obérées par les prodigalités d’une cour qui voulait à la fois étaler la splendeur de l’Asie et jouir de tous les raffinemens de la civilisation d’Europe. Ajoutons que ce colosse avait quelque chose de lent et de lourd dans le développement de ses forces; et que les armées russes ne furent pas toujours également heureuses dans leurs combats avec les troupes moins nombreuses , mais plus exercées , du roi de Prusse.

La Russie , comine les autres puissances d’Europe, paraissait donc éprouver le besoin de reposer ses membres gigantesques , plutôt que le désir de conquêtes hasardeuses. En 1784, époque où ses desseins sur la Turquie n’avaient reçu que la moitié de leur exécution , quand tout paraissait d’ailleurs se réunir pour favoriser leur accomplissement, à cette époque, disonsnous, elle fut bien aise d’y renoncer; nouvelle preuve que la Russie non seulement songeait sérieusement à la paix , mais encore sentait la nécessité de résister aux occasions les qdus séduisantes de reprendre ces projets de conquête qu’elle avait poursuivis avec tant de succès pendant quatre années.

Frédéric de Prusse lui-même , depuis si longtemps l’âme de la politique européenne , grâce à la force de son génie et de son talent , F rédéric avait couru trop de périls pendant la durée d’un * règne aventureux et souvent agité , pour exposer sa vieiResse à de nouveaux hasards. Son royaume , qui s’étendait depuis les bords de la Baltique jusqu’aux frontières de la Hollande , se composait de plusieurs portions isolées ; et le temps seul pouvait leur donner l’homogénéité nécessaire dans une monarchie. Habitué à étudier les signes des temps , Frédéric , sans aucun doute , avait remarqué cette masse d’opinions

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