‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 100 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

un plaisir réel dans un acte de renonciation ' . Parmi les droits féodaux, il y en avait d’odieux, d’oppressifs, et d’absurdes ; mais il était de mauvais augure de voir d’antiques institutions jetées ainsi au rebut par une assemblée parlant et délibérant à l’envi, qui justifiait l’observation de l’anglais W illiams l’un de ses membres : « Les fous ! ils prétendent faire croire qu’ils délibèrent, et ils ne savent pas même écouter. » Le jour où la noblesse et le clergé , par un excès d’enthousiasme et de fausse honte , se dépouillèrent ainsi de tous leurs droits seigneuriaux , fut appelé par quelques uns la journée des sacrifices ; par d’autres, avec plus de raison, la journée des dupes.

Pendant l’accès de cette sorte de démence législative , les députés du tiers-état semblaient

1 « N’esl-il plus rien à quoi nous puissions renoncer ? » dit le vieux comte de Pembroke et Montgomery , au temps de la république , après avoir renoncé l’église , le roi , la couronne et la loi. « Personne ne voit-il plus rien ? j’aime à benoucer. » Les renonciations empressées de la noblesse et du clergé de France ressemblaient à cet usage pratiqué autrefois dans certaines parties de table. Celui qui portait un toast brûlait sa perruque , s’arrachait une dent branlante , ou faisait quelque autre sacrifice qui devenait , conformément aux lois de ces symposies , un exemple obligatoire pour tous les convives , quoi qu’en dût souffrir leur garde-robe ou leur personne.

confus de n’avoir pas aussi quelque chose à céder, mais ils faisaient l’éloge du désintéressement de leurs collègues , à peu près comme les rusés compagnons d’un jeune homme étourdi et généreux l’applaudissent d’une prodigalité qu’ils utilisent pour eux-mêmes , et le provoquent, par une admiration simulée, à de nouveaux actes de folie.

Enfin , les sacrifices paraissaient épuisés ; on s’arrêta un moment. Mais voici un membre qui se souvient des distinctions particulières de plusieurs provinces, telles que la Normandie, le Languedoc et autres. La plupart étaient en possession de droits et de privilèges acquis par des victoires, ou reconnus par des traités que Richelieu lui-même n’avait point osé enfreindre. A peine la motion était- elle faite, que tout fut jeté dans le moule révolutionnaire, pour être refait conformément aux principes de l’égalité nouvelle. On ne fit point l’observation , et d’ailleurs elle n’eût pas été accueillie , que ces droits étaient le prix du sang répandu , qu’ils existaient sous la sanction de la foi publique ; que l’Assemblée , qui aurait pu les étendre à d’autres pays , ne pouvait les ravir aux possesseurs qu’au moyen d’une compensation équitable. Il échappa aussi aux députés que beaucoup de sentiinens généreux sont liés à ces

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