‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 101 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

distinctions des provinces, et qu’ils forment pour ainsi dire un second rempart de patriotisme. Us ne virent pas combien était innocente la vanité du pauvre homme se persuadant qu’il a une part dans les privilèges de son pays. Ces considérations eussent déterminé l’Assemblée à s’arrêter, après avoir supprimé les démarcations propres à semer la jalousie entre les habitans du même royaume; mais tout ce qui tendait à distinguer les provinces ou les individus fut également soumis au niveau révolutionnaire.

Un des ordres du royaume, qui lui-même avait fait de nombreux sacrifices dans la journée des dupes, était encore considéré néanmoins conune redevable à l’État, et fut condamné à subir une spoliation totale. Le 4 août, du consentement du clergé , l’Assemblée avait* décrété que les propriétaires soumis à la dîme pourraient la racheter au moyen d’une rente pécuniaire modérée. Ce décret légalisait au moins le titre du clergé. Cependant, trois jours après, en violation de la foi jurée, l’Assemblée prétendit que c’était la suppression de la dîme qui avait été résolue , et qu’au heu de ce revenu éventuel des ecclésiastiques , il suffisait de pourvoir décemment à l’administration du culte divin. De ce moment l’abbé Sieyès abandonna le

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parti révolutionnaire , et prononça un discours admirable contre cette mesure inique. « Vous voulez être libres, s’écria-t-il avec véhémence, et vous ne savez pas être justes! » Un curé, membre de l’Assemblée , rappelant l’invitation solennelle que les communes avaient faite au clergé de se joindre à elles, leur adressa cette apostrophe non moins énergique : « Était- ce pour nous dépouiller que vous nous pressiez au nom d’un Dieu de paix de nous réunir à vous? » Mirabeau, d’un autre côté, oubliant qu’il avait soutenu avec chaleur que le droit de propriété était inhérent aux corps religieux, prêta ses sophismes à la défense d’une opinion dont lui-même , dans une occasion semblable , avait prouvé l’absurdité. Le clergé fut écouté avec le silence du dédain ; on lui répondit avec l’amertume de l’ironie. Ses adversaires n’ignoraient pas que ce corps trouverait peu de partisans parmi le peuple , et ils parlèrent connue des hommes « ayant le pouvoir de mal faire. » 1

Revenons maintenant à l’état général du royaume, au moment où ses antiques institutions s’écroulaient pièce à pièce , ou étaient vio-

1 Having the power to do wrong. Ayant le pouvoir d’étre injustes. Citation d’un poète. ( Édit. )

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