CHAPITRE IV
France était tombée pour toujours encouragea les nombreux partis qui voulaient une autre constitution, encore bien qu’ils ne s’entendissent point sur les bases qu’il fallait lui donner. Tous étaient d’accord , néanmoins , pour écarter ce qui pouvait rester encore de l’état précédent des choses. Ils résolurent d’abolir tous les droits féodaux , et s’y prirent avec tant d’adresse , que la suppression parut l’effet d’un désistement volontaire de la part des possesseurs. Les républicains de l’Assemblée amenèrent le débat * sur ces droits et ces privilèges qu’ils représentèrent comme la cause odieuse du mécontentement et de la misère du pays. Les nobles comprirent cet appel , et y répondirent avec le courage et la générosité qui furent toujours les attributs de * leur ordre , sauf quelques circonstances où ils n’usèrent pas avec discrétion de ces qualités honorables. « Est-ce de nous personnellement que la nation attend des sacrifices? dit le marquis de Foucault. Sachez qu’on ne s’adresse point vainement à notre générosité. Nous défendrons jusqu’à la fin les droits de la monarchie ; mais nos avantages particuliers ne sont rien à nos yeux. »
Le clergé , comme la noblesse , se montra pé-
' 4 ao&t 1789.
J g8 VIE DE NAPOUÊON BUON APARTE, nôtre de ces sentimens. L’un et l’autre ordre savaient assez que leurs sacrifices ne rendraient point le calme à l’État ; mais ils avaient trop de fierté dans le cœur pour paraître vouloir mettre leur intérêt personnel en concurrence avec le bien public. Les classes privilégiées semblèrent donc saisies tout à coup d’une ardeur de désintérasseinent et de générosité ; elles s’empressèrent de se dépouiller de tous leurs droits et de toutes leurs immunités féodales. Ecclésiastiques et laïques rivalisèrent à qui céderait davantage. Oppressifs ou insignifians, raisonnables ou ridicules, les privilèges furent répudiés en masse. L’Assemblée était en proie à une sorte de délire. Chaque député s’efforcait d’ajouter à l’aban- ' don de ses droits quelque particularité qui le distinguât des renonciations précédentes. Les représentons qui n’avaient point de droits à céder trouvèrent commode et agréable de céder ceux de leurs commettans. Les privilèges de communautés, de j mandes, de colorations d’arts et métiers , furent dépôsés pêle-mêle sur l’autel de la patrie. Dans ce moment d’enthousiasme , les députés semblaient chercher autour d’eux s’ils ne verraient pas encore quelque sacrifice personnel à faire ou quelques individus à dépouiller. Comme ce vieillard ridicule, au temps des troubles civils d’Angleterre , ils paraissaient trouver