‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 108 sur 204 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

laille en lace de l’édifice, et ne consent qu’avec difficulté à ne point brûler les archives. Bientôt elle s’empare d’un magasin d’arines et de trois ou quatre pièces de canon. Elle est jointe par une foule nouvelle de misérables armés de piques , de faux , et autres instrumens semblables. C’étaient les vainqueurs de la Bastille, comme ils s’appelaient eux-mêmes. Cette multitude , toujours croissante, répète incessamment les cris : « A Versailles! du pain ! du pain ! à Versailles ! »

La gar de nationale se réunit en forces ; mais ses officiers ne tardent pas à montrer qu’ils sont infectés de l’esprit du temps , et aussi peu disposés à obéir que cette populace qu’ils étaient chargés de disperser. La Fayette se mit à leur tête , non pour donner des ordres , mais pour en recevoir. Ce sont des femmes , disaient-ils, des femmes en proie à la faim; nous ne pouvons agir- contre des femmes : et, à leur tour, ils demandèrent qu’on les conduisît à Versailles, déclarant qu’ils voulaient détrôner ce nigaud de roi , ce sont leux-s expressions , et couronner son fils à sa place. La Fayette hésitait, suppliait, s’épuisait en explications ; mais il n’était point encore familiarisé avec les embarras d’un généi’al révolutionnaire. « N’est-il pas étrange , dit un garde national , qui pa-

raissait fort bien savoir de quelle nature sont les relations du chef et du soldat eu pareille circonstance , n’est-il pas étrange que La Fayette prétende commander au peuple, quand c’est à lui de prendre ses ordres ? »

Bientôt après arriva un ordre de la municipalité de Paris, enjoignant au commandant, général de se transporter à Versailles, attendu que , d’après le rapport du commandant luimême , il était impossible de se refuser au désir du peuple. La Fayette se mit donc en marche, à la tête d’un corps nombreux de garde nationale en belle tenue , quatre ou cinq heures environ après le départ de la populace , qui avait déjà fait beaucoup de chemin sur la route de Versailles , pendant qu’il ne savait à quoi se résoudre à Paris.

Il ne paraît pas que le roi ni les ministres aient eu le moindre avis de ces mouvemens insurrectionnels. Il faut bien qu’il ne se soit pas trouvé à Paris un seul royaliste qui voulût risquer un cheval ou un domestique pour en porter la nouvelle où il était si nécessaire qu’elle arrivât. Les membres dirigeans de l’Assemblée Nationale étaient mieux informés, « Ces messieurs , dit Barbanlane , en se tournant du côté où siégeaient les nobles et le clergé , ces messieurs désirent plus de lumières : ils auront des

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