‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 109 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lanternes 1 ; ils peuvent y compter. » Mirabeau vint se placer derrière le fauteuil de Mounier , président. « Paris marche sur nous , lui dit-il. — Je ne vous comprends pas, répond Mounier. — Croyez-moi , ou ne me croyez pas , tout Paris marche sur nous ; levez la séance. — Je ne presse jamais les délibérations. — F eignez d’être malade ; rendez-vous au palais ; portez-y la nouvelle que je vous donne , et dites que vous la tenez de moi ; mais il n’y a pas une minute à perdre : Paris marche sur nous. — Tant mieux ; nous serons plus tôt en république. » 1

‘ An commencement de la révolution , quand la populace exerçait ses fureurs sur les individus signalés à sa haine, les poteaux des réverbères servaient de gibet; la corde qui les suspendait dans la rue était l’instrument du supplice. De là ce cri : Les aristocrates à la lanterne. Tout le monde connaît la réponse de l’abbé Maury : Eh! mes amis , quand vous m'aurez mis à la lanterne , y verrezvous plus clair ?

a II faut croire que Mounier parlait ironiquement , et faisait allusion non pas à ses propres sentimens , mais aux opinions révolutionnaires de Mirabeau. Un autre auteur rapporte ainsi la fin de cette conversation singulière : eTant mieux! Ils n’ont qu’à nous tuer tous ;mais tous , entendezvous bien. Les affaires publiques en iront mieux. *

* A cette phrase de Mounier on prétend que Mirabeau répondit: Le mot est joli, et qu’il retourna à sa place. Voyez X Histoire delà Révolution française , par M. Thiers. (Édit.)

2l8 vie de napoléon buonaparte.

Peu d’instans après ce singulier dialogue, où Mirabeau montra , en quelque sorte malgré lui, des sentimens aristocratiques dont il ne put jamais se dépouiller entièrement, le bataillon femelle et ses alliés de l’autre sexe , qui avaient marché sans interruption , arrivèrent à Versailles dans l’après-midi , chantant des airs patriotiques mêlés de blasphèmes , d’obscénités et d’horribles menaces contre la reine. Leur première visite fut pour l’Assemblée Nationale. Le roulement des tambours, les cris, les vociférations, mille rumeurs confuses interrompirent la séance. Un homme appelé Maillard , brandissant une épée , ayant pour acolyte une fenune portant un long bâton au bout duquel était attaché un tambour de basque, commence une harangue au nom du peuple souverain. Il annonce qu’ils manquent de pain ; qu’ils savent que les ministres sont des traîtres ; que le bras du peuple est levé et tout prêt à frapper; ajoutant beaucoup d’autres extravagances dignes de l’éloquence de cette époque. Ses satellites couvrirent son discours d’acclamations , en vociférant de nouveau contre la reine toutes les injures que pouvait trouver leur fureur dans l’énergique brutalité de son langage.

L’armée des femmes se précipita tout à coup

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