‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 110 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dans l’Assemblée; elles se mêlèrent avec les députés , prirent place au fauteuil du président et aux sièges des secrétaires , se procurèrent du vin, se mirent à boire, à chanter, à jurer, à vociférer, adressant des menaces à plusieurs représentans , faisant subir à d’autres leurs dégoûtantes caresses.

Enfin, une députation de ces furieuses se rendit chez le ministre Saint-Priest, royaliste déclaré, qui leur fit un accueil sévère. Elles lui demandèrent toutes du pain. « Tarit que vous n’avez eu qu’un roi , leur répondit-il , le pain ne vous a point manqué; vous avez aujourd’hui douze cents rois, qu’ils vous en donnent. » Elles furent introduites auprès du roi lui-même; mais le tendre intérêt que le prince montra pour la situation pénible de Paris toucha le cœur de ces femmes, qui revinrent trouver les autres en criant vive le roi !

S’il n’y avait eu en ce jour qu’une légère tempête populaire, elle se fût alors assoupie ; mais , comine dans l’agitation sourde et profonde de l’Océan, ilyuvaitparmi cette multitude soulevée une instigation secrète et un esprit de révolte, qui ne pouvaient être conjurés par ce retour à de meilleurs sentimens et à la raison que témoignait la députation. On s’écria que la députation avait été corrompue pour présenter le roi

aao VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

sous des couleurs favorables. Pour justifier leurs soupçons , ces femmes détachèrent leurs jarretières dans le dessein d’étrangler leurs propres déléguées. Elles apprirent en même temps que ni la garde nationale de V ersailles , ni le régiment de Flandre , dont le dévoûment avait passé avec les fumées du vin , n’étaient disposés à les repousser parla force, et qu’elles n’auraient affaire qu’aux gardes- du -corps. Ces derniers euxmêmes n’ osaient agir avec vigueur , dans la crainte de provoquer une attaque générale du palais, où régnaicntle trouble etl’indécision. Les femmes s’emparèrent donc hardiment des avenues du château, et menacèrent de mort tous ses habitons.

Les personnes qui entouraient le roi sentirent la nécessité d’adopter des mesures pour la sûreté de sa personne ; mais elles ne faisaient voir qu’incertitude et confusion. On réunit à la hâte deux ou trois cents gentilshommes qui devaient prendre des chevaux dans les écuries du roi , et escorter sa majesté jusqu’à Rambouillet * . Avec cet appui, les gardes-du-corps se seraient certai-

1 Cette mesure était proposée par le marquis de Fa v ras * exécuté depuis pour un complot royaliste, et dont la mort procura tant de jouissance aux Parisiens. Comme

* D’après M. de Lacretclle , tome vu, page 319, ce serait plutôt le président de Froudeville. ( Êrlit .)

Page 1