CHAPITRE I
liberté ou du despotisme , par un engagement sur le champ de bataille, entre lui et ses sujets.
En Flandre, ces innovations ne se bornaient pas , comme dans les autres provinces , à l’état ecclésiastique seul , encore bien qu’elles déplussent particulièrement à des peuples d’un catholicisme rigide ; elles s’étendaient encore aux branches les plus essentielles du gouvernement civil. L’administration judiciaire fut elle-même menacée d’une réforme ; le grand sceau , jusqu’alors confié au chancelier des Etats , fut donné au ministre impérial; un conseil d’Etat, composé de fonctionnaires nommés par l’empereur, fut investi des attributions jusque-là réservées à un comité permanent des États de Brabant; les universités furent soumises à un nouveau régime ; les magistrats exposés à des arrestations arbitraires , et envoyés à \ ienne , au lieu d’être jugés dans leur pays, et selon les lois du pays. Les Flamands voyaient ces innovations avec le sentiment naturel aux hommes libres, vivement excités encore par les derniers événemens de l’Amérique du Nord, vaste empire qui, par des griefs beaucoup moins crians , avait secoué le joug de la mère-patrie. Les États présentèrent des réclamations énergiques, repoussèrentles décrets destructifs deleurs libertés constitutionnelles , et prirent enfin les
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armes à l’appui de leur patriotique opposition.
En même temps qu’il provoquait avec cette imprudence les États et le peuple de Flandre , Joseph, séduit par Catherine, avait épousé les projets ambitieux de cette souveraine sur la Turquie. Il parut donc céder à l’orage soulevé par lui-même, accueillit momentanément les remontrances de ses sujets de Flandre', renonça aux mesures qui semblaient les indisposer davantage, et confirma les privilèges de la nation, lors de sa joyeuse entrée ( ainsi qu’on l’appelait). Cette apparence de modération n’était qu’un piège dont l’empereur couvrait ses desseins. A peine eut-il réuni en Flandre le nombre de troupes qu’il jugeait nécessaire à l’accomplissement de ses vues despotiques, qu’il jeta le masque , et s’efforça , au moyen des plus violentes opérations militaires, de renverser la constitution par lui reconnue, et d’effectuer les innovations arbitraires auxquelles il avait promis de renoncer. Pendant deux années seulement, la Flandre vécut dans un état de mécontentement , comprimé il est vrai , mais général et profond; elle n’attendait qu’un instant favorable pour ressaisir sa bberté , et assurer sa vengeance. La Flandre ressemblait à un vaste dépôt de matières combustibles , qui prirent feu tout d’abord aux premières étincelles jetées par la