‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 111 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nement ouvert un passage à travers la populace tumultueuse qui les entourait. Le départ du roi, en ce moment critique , eût sans doute produit un grand effet , et le flot populaire eût pris une autre direction; mais on préféra s’en tenir à l’opinion de ceux qui voulaient qu’on attendît La Fayette avec la garde nationale de Paris.

La nuit vint; les rassemblemens armés ne manifestaient pas l’intention de se retirer. Loin de là , ils établirent une espèce de bivouac sur l’esplanade où avait ordinairement lieu la revue des troupes. Ils allumèrent de grands feux, se mirent à manger, à boire, à chanter et à danser, faisant aussi par intervalles des décharges de leurs armes. Quelques engagemens partiels

c’était le premier noble condamné à la potence , ce genre de supplice ayant jusqu’alors été réservé aux plébéiens, ils crièrent bis à l’exécution, et auraient voulu qu’on le pendit une seconde fois. Cet infortuné gentilhomme avait d’abord proposé de faire garder le pont de Sèvres par un corps de cavalerie qui eût empêché les femmes d’arriver à Versailles. La reine, en cette circonstance, signa un ordre remarquable par cette clause: « A exécuter si le salut du roi est compromis , mais non si le danger ne regarde que moi. » *

* Cet ordre fut relatif à la première proposition , et non celle du pont de Sèvres. Voyez cet ordre textuellement dans l’histoire de M. de Lacretelle , tome et page ci - dessus.

■222 VIE DE NAPOLÉON B LTON APARTE, eurent lieu; un ou deux gardes-du-corps furent tués ou blessés dans ces luttes , dont les insurgés rejetaient le tort sur la troupe. D’un autre côté, ces braves militaires avaient essuyé une fusillade des gardes nationaux de Y ersailles, dernièrement invités par eux à leur banquet. Le cheval d’un garde-du-corps étant tombé au pouvoir de ces démons femelles , fut tué , mis en pièces , et dévoré demi-cru. Tout semblait présager un engagement général , quand le bruit du tambour annonça l’arrivée de La F ayette à la tête de l’armée parisienne, qui marchait lentement mais en bon ordre.

La présence de cette force imposante parut avoir rétabli un moment la tranquillité , encore T bien que personne ne sût précisément ce qu’elle allait faire. La Fayette eut une audience du roi, fit part des mesures qu’il avait prises pour la garde du palais, invita les habitansà se retirer, et leur donna malheureusement l’exemple.

Auparavant , néanmoins , il se rendit à l’Assemblée , répondit du salut de la famille royale , et décida , non sans peine , le président Mounier à congédier l’Assemblée, qui s’était déclarée en permanence. La Fayette se rendait ainsi seul responsable du repos de la nuit. Nous ne voudrions point mettre en question la droiture , l’honneur et la fidélité de ce général. Nous

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