‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 112 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ne pouvons que déplorer cette lassitude funeste qui l’accabla au moment du danger , et gémir de ce qu’il ait confié à d’autres le soin de prendre des précautions qui furent si évidemment négligées.

Une des grilles du château avait été laissée ouverte et sans garde; plusieurs brigands y pénètrent vers trois heures du matin. Ils se précipitent vers l’appartement de la reine , et massacrent quelques gardes-du-corps qui volaient à sa défense. La sentinelle frappant à la porte de la chambre à coucher delà princesse, lui cria de s’échapper , et s’exposa ainsi courageusement à la rage des assassins. Ce loyal militaire fut aussitôt puni de son dévoûment ; il tomba mort sous leurs coups. Us foulèrent aux pieds son cadavre sanglant pour arriver jusqu’à l’appartement; mais quand ils s’y précipitèrent , leur victime , réservée à de plus grands malheurs , s’était enfuie par un secret passage dans la chambre du roi. Us percèrent le lit qu’elle venait de quitter à coups de pique et d’épée.

Les gardes-du-corps se réunirent à l 'OEil-de- Bœuf, où ils essayèrent de se défendre. Plusieurs d’entre eux, cependant, n’ayant pu gagner cet asile, furent entraînés dans la cour, où un misérable , que l’on reconnaissait à sa longue barbe , à sa hache ensanglantée , et à l’espèce

d’armure qui couvrait sa hideuse personne, remplissait par goût l’office d’exécuteur. L’étrange costume du brigand , l’affreux plaisir qu’il témoignait à la vue du sang , l’espèce de hurlement rauque avec lequel il demandait de temps en temps de nouvelles victimes , lui donnaient l’apparence d’un démon vomi par l’enfer pour ajouter aux horreurs du tableau. 1

Déjà deux gardes-du-corps avaient eu la tête tranchée ; l’homme à la barbe demandait à grands cris qu’on lui envoyât d’autres victimes , lorsque La F ayette , qui s’était éveillé , arrive avec les grenadiers des anciennes gardes-françaises , récemment incorporés dans la garde nationale , et qui faisaient probablement sa principale force réelle. Il ne pensa point à venger

■ Ce monstre s’appelait Jourdan ; on le surnomma depuis coupe-téte ; il se distingua dans les massacres d’Avignon. Il gagnait son pain en posant comme modèle chez les peintres ; voilà pourquoi il laissait croître sa barbe , et ses dépositions consignées dans la procédure du Châtelet, le désignent sous le nom de V homme à la barbe : titre qui conviendrait parfaitement a l’ogre ou au spectre de quelque antique légende. *

* On pourrait s’étonner que cet horrible spectacle , donné par Jonrdan , ait été oublié par quelques uns des historiens de cette journée qui n’ont voulu voir dans l’attaque du château qu’un mouvement populaire sans instigation secrète. (Édit.)

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