‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 113 sur 204 · CHAPITRE V. 22Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 22Ô

les malheureux gentilshommes égorgés en remw plissant leur devoir, et dont les cadavres sanglans gisaient devant lai ; mais il avait engagé au roi sa parole qu’il protégerait les gardes-ducorps, et il conjura sa troupe de lui sauver la honte de manquer à son serinent. Sans doute il n’entreprenait pas plus qu’il ne pouvait exécuter, et en cela il fit preuve de sagesse, à défaut de générosité.

Pour racheter le gage de M. de La Fayette, les grenadiers firent ce qu’ils auraient dû faire au nom du roi , de la loi , de la nation et de l’humanité outragée ; c’est-à-dire qu’ils expulsèrent des cours du château, et très facilement, cette troupe de brigands des deux sexes. D’anciens souvenirs se réveillèrent alors dans le cœur de ces grenadiers. Ils se sentirent tout à coup pénétrés de compassion pour ces infortunés gardes-du-corps , dont ils avaient autrefois partagé le service auprès du roi. Un cri s’élève parmi eux : « Sauvons les gardes-du-corps qui nous ont sauvés à Fontenoi! » Ils les prennent sous leur protection, échangent en signe d’amitié le bonnet de grenadier contre le chapeau de garde du roi, et déjà le tumulte de la joie succède dans ces lieux mêmes à celui qui n’annonçait tout à l’heure que le carnage et la mort.

Cependant l’extérieur du palais était toujours 'Vie de Naf. Boom. Tome i. i5

aa6 VIE DE NAPOLÉON BUON APA11TE .

assiégé par une troupe de forcenés poussant des clameurs sauvages , et appelant impudemment l’ Autrichienne ; c’est ainsi qu’ils nommaient la reine . L’infortunée princesse parut sur le balcon , tenant ses deux enfans par la main. Une voix fit entendre ce cri : « Pas d’ enfans ! » comme pour priver la mère d’un appel à l’humanité, qui devait être entendu des coeurs les plus endurcis. Marie- Antoinette, déployant une force d’àme digne de sa mère Marie-Thérèse , fit rentrer ses enfans, et se retourna vers cette multitude en furie qui s’agitait, hurlait et se livrait, sous ses yeux, à d’horribles démonstrations de rage et de férocité. Cette reine outragée, calomniée, se présente seule, les bras croisés sur sa poitrine, et dans l’attitude imposante d’une résignation courageuse. Le motif secret qui avait fait éloigner les enfans ne pouvait être que celui d’exciter une main désespérée à exécuter les menaces vociférées de toutes parts. Un fusil fut mis en joue contre la reine ; mais la noble contenance de la princesse , l’intrépidité de sa démarche, avaientchangé lessentimens delapopulace. Le fusil fut détournépar le bras d’unspectateur ; et la foule, en dépit d’elle-même, fit entendre une acclamation générale de Vive la reine. *

1 Mémoires de Weber , -vol. II , page 457. *

* Cette acclamation spontanée, honorable pour le peuple

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