CHAPITRE I
France. On ne peut douter non plus que la situation des provinces flamandes, qu’on l’envisage sous le point de vue militaire ou politique , ne fut, par la suite, une des causes principales des victoires de la république française. Joseph lui-méine, découragé et déchiré de regrets, mourut à l’époque des premiers troubles qu’il avait si imprudemment excités. Jaloux de la double réputation de législateur et de guerrier , possédant aussi les talens nécessaires pour l’acquérir , il laissa une réputation militaire flétrie par les succès des Turcs, qu’il avait méprisés, et ses belles provinces des Pays-Bas, comme la Hongrie, à la veille même d’une insurrection. Une épigramme tracée sur les murs de l’hôpital des fous, à Vienne, serait peut-être l’épitaphe assez juste de ce monarque , autrefois l’objet de tant d’espérance et d’ainour : Josephus , ubique secundus, hic primas. 1
Les troubles de Flandre pourraient être considérés comme les symptômes des opinions nouvelles qui se répandaient sourdement en Europe, et qui précédèrent la grande explosion. C’est ainsi que de faibles secousses de tremblement de terre annoncent ordinairement la convulsion générale. On peut en dire autant de
1 Joseph , second partout , ici le premier. (Édit.)
la courte révolution de Hollande en 1787, pendant laquelle l’ancien parti de Louvestein , encouragé par la France, remporta un triomphe complet, mais passager, sur celui du Stathouder , lui enleva la charge héréditaire de capitaine-général des armées, et réduisit, ou s’efforça de réduire la confédération des Provinces-Unies, à l’état de démocratie pure. Ce fut encore là un des signes précurseurs des temps. En effet, quoique entièrement opposés aux prétentions de la majorité des États, du corps équestre, des grands propriétaires et du bas peuple lui-même ; presque tous attachés par principes et par habitude à la maison d’Orange, les bourgeois des principales villes secondèrent la révolution avec un zèle si ardent , et une promptitude si active, qu’il demeura évident qu’une grande partie des classes moyennes était tourmentée du désir d’étendre ses libertés, et qu’elle ambitionnait dans la législation , comme dans l’administration du pays, plus d’influence qu’elle n’en avait eu sous l’ancienne constitution oligarchique.
Mais le gouvernement révolutionnaire de Hollande ne se conduisit point avec pradence. Avant d’avoir organisé ses forces, ou affaibli celles de l’ennemi ; avant de s’être assuré le secours et la protection de la France ; sans s’être