‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 128 sur 204 · CHAPITRE VI. 2Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 2Ô

évêques étaient tenus de prêter serment à cette constitution. Tout prêtre qui s’y serait refusé devait être privé de son traitement; ainsi le voulait un autre décret. Mais le clergé français, en ce moment critique, montra qu’il ne savait point hésiter entre sa conscience et la persécution. Sa soumission absolue au Saint-Siège faisait partie de sa croyance , c’était pour lui un article de foi il ne voulait point y manquer. Jusqu’alors, les évêques et les ecclésiastiques pourvus de riches bénéfices , avaient passé pour être plus attachés aux vanités du monde qu’aux devoirs de leur profession ; mais leur attitude ferme, leur désintéressement, commandèrent d’abord le respect de l’Assemblée , firent taire la calomnie dans les tribunes salariées , et donnèrent sérieusement à craindre qu’en privant le clergé de ses avantages temporels , on ne lui eût fourni les moyens d’étendre son influence spirituelle , et d’exciter en sa faveur un intérêt qui avait sommeillé pendant sa prospérité. <1 Prenez garde à ce que vous faites , dit Montlosier ; vous pourrez chasser l’évêque de son palais épiscopal , mais vous n’aurez fait que lui ouvrir la cabane du pauvre. Si vous lui enlevez sa croix d’or, il s’armera d’une croix de bois, et c’est une croix de bois qui a sauvé le monde. » 1

* Cette éloquente sortie de M, de Montlosier mérite

Quand on fit l’appel nominal des ecclésiastiques pour les faire opter entre la prestation du serment, et les peines établies par le décret, l’Assemblée, qui redoutait les effets de leur fermeté, leur permit à peine d’articuler une syllabe, excepté Oui ou Non. Le tumulte de la chambre, en cette occasion, ressemblait à un roulement de tambours exécuté pour couvrir les derniers ac- , cens de la victime. Peu de prêtres consentirent à prononcer le serment constitutionnel ; et parmi ces derniers il ne se trouva que trois évêques. L’un d’eux avait joué un grand rôle; c’était cet archevêque de Sens , ce même cardinal dont la malheureuse administration de quinze mois avait préparé cette crise déplorable. Un autre de ces trois prélats devait acquérir beaucoup plus de célébrité , c’était le fameux Talleyrand , dont les talens politiques ont brillé de tant d’éclat.

L’Assemblée manqua totalement son but, qui était de fonder une Église nationale. Les prêtres assermentés ne reçurent aucune marque de respect ni d’affection; ils furent seulement traités avec égard par ceux qui considéraient

d’être remarquée aujourd’hui , où un devoir plus rigoureux lui fait , dans des périls d’un autre genre , élever une courageuse voix entre le trône et l’autel. (Édit.)

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