CHAPITRE VI. a6l
la religion comme une bonne institution politique. Les catholiques sincères, et les esprits forts les méprisèrent également. Tout ce qui restait en France d’hommes vraiment religieux se retourna vers les anciens pasteurs; et si ce sentiment ne fut point assez fort pour arrêter le mouvement révolutionnaire , il servit du moins à le gcner et à le ralentir en beaucoup de circonstances. Cette épreuve , suivie de conséquences si fâcheuses , était aussi peu nécessaire qu’elle était impolitique. Il faut en accuser uniquement le fanatisme des philosophes modernes , qui espéraient ainsi dégrader la religion chrétienne ; et la résolution , prise d’avance par les révolutionnaires , de réaliser, malgré tout , leur système de réforme universelle dans toutes les institutions de l’État , religieuses ou politiques.
Victorieuse de l’autel et du trône , de la noblesse et du clergé , l’Assemblée paraissait réellement investie de cette omnipotence jadis attribuée au parlement d’Angleterre. Jamais législature ne bouleversa plus d’institutions; jamais bouleversement politique ne s’opéra plus facilement. Tout fut soumis à la réforme : le drapeau national, les armes de France, et jusqu’au titre du souverain, qui cessa d’être roi de France et de Navarre, pour devenir le roi
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des Français. Le nom que les provinces portaient depuis des siècles fut changé aussi-bien que leurs limites territoriales. Le tout fut remplacé par une division du royaume en quatrevingt-trois départemens , comprenant six cents districts, subdivisés aussi en quarante - huit mille communes ou municipahtés. En refondant ainsi l’organisation géographique de la France, l’abbé Sieyès avait pour but de faire oubber les anciens souvenirs , d’effacer toutes les distinctions, de tout soumettre au niveau de la liberté et de l’égahté. Le résultat dépassa ses calculs. Quand les provinces existaient, elles avaient chacune sa capitale , chacune ses privilèges ; et ces capitales , d’un rang secondaire si l’on veut , mais sièges du parlement de la province, avaient une importance relative, inférieure à celle de Paris sans doute, mais enfin une importance qui leur était propre. Au contraire , quand la France ne forma plus qu’une seule province, l’influence de Paris, devenu capitale unique, s’accrut dans une proportion démesurée. Pendant toute la durée, et dans toutes les phases de la révolution , le parti qui possédait la métropole s’empara sans peine dit pouvoir suprême dans les départemens. Malheur au téméraire qui eût entrepris de mettre le reste de la France en opposition de sentimens