‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 134 sur 204 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

idée de confiance et de cordialité. La personne du roi avait été déclarée inviolable; mais les regards menaçans d’une grande partie de ses sujets, leur langage audacieux, les pamphlets dirigés contre le monarcpie, disaient assez le contraire. Louis pouvait proposer à l’Assemblée la question de la guerre ou de la paix ; mais à l’Assemblée appartenait le droit de la résoudre. Enfin le roi possédait la faculté , à grand’peine accordée , d’opposer son veto à un décret qucl- * conque du corps législatif ; et ce veto suspendait la promulgation de la loi jusqu’à ce qu’elle eût été reproduite dans les deux législatures suivantes, après quoi le roi était censé avoir donné sa sanction : mais voidoir suspendre ainsi une loi favorite, c’était saisir imprudemment la roue d’un char pour en arrêter l’impulsion. Toutes les fois , en effet , que le roi fit usage de ce débris unique de sa puissance , il mit sa vie en danger ; et ce fut une des causes de sa fin déplorable. Après avoir indiqué tant de mutilations dans le pouvoir souverain , à peine osons-nous dire que Ja monnaie était toujours frappée à l’effigie du roi, et que son nom se trouvait en tête des actes de l’autorité publique.

Toute bornée qu’était la part de puissance réservée à la couronne dans la constitution française, Louis, en apparence du moins, semblait

272 VIE DE NAPOLÉON UÜON APARTE.

s’en contenter. Il se fit une règle d’adopter constammentl’avis de l’Assemblée, et de sanctionner tous les décrets qu’elle soumettait à son approbation : il accepta môme celui qui bouleversait, complètement la constitution de l’Église gallicane. Il se considérait sans doute comme placé sous l’empire de la violence , depuis qu’il avait été traîné en triomphe de Versailles à Paris , et accordait tout ce qui lui était demandé , sous la protestation tacite que son consentement était extorqué par la force et le péril de sa position. Huit cents hommes avec deux pièces de canon gardaient son palais ; et quoique cet appareil militaire fût sans doute déployé par La Fayette pour la sûreté personnelle du monarque, il avait certainement aussi pour objet d’cmpôcher le roi de s’enfuir de Paris. Louis pouvait donc avec raison se croire investi du triste privilège d’un prisonnier, qui, privé pour ainsi dire de son libre arbitre , ne peut souscrire aucune obligation légale , et trouve une ressource contre l’oppression , dans l’espèce d’interdiction où il est placé. Mais le roi n’usa-t-il pas trop largement de ce privilège quand il se rendit à l’Assemblée 1 , librement en apparence, et volontairement; qu’il y prononça un discours noble et touchant

4 février j 790.

Page 1