CHAPITRE VI
(s’il eût été sincère), accepta la constitution, embrassa la cause de la nation régénérée , et se déclara le chef de la révolution. Contraint, comme il l’était, par les circonstances, craignant pour ses jours et ceux de sa famille, Louis ne doit pas être ici trop sévèrement jugé; mais sa démarche 11’en était pas moins impolitique et peu digne de la royauté ; l’infortuné monarque, en descendant à la dissimulation que lui conseillèrent ses ministres , ne gagna rien autre chose * que la déconsidération attachée à un subterfuge qui d’ailleurs ne trompa personne. Il n’y eut personne, après la première exaltation de l’enthousiasme , qui crût à la sincérité du monarque quand il acceptait la constitution. Les royalistes s’indignèrent de cette démarche; les révolutionnaires ne virent dans le discours et l’acceptation que des actes d’hypocrisie. On parlait ouvertement de Louis comme d’un homme en état d’arrestation; et la voix publique, jiar mille organes différens , annonçait que la mort du prince serait le résultat de toute tentative pour le délivrer.
Cependant Louis cherchait les moyens d’échapper à la révolution par la fuite, aidé par deux agens secrets , uniques dépositaires de sa confiance.
Le premier de ces agens n’était autre que
Vie de Nap. Büok. Tome r. 18
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Mirabeau , ce même Mirabeau , l’un des principaux auteurs de la révolution , mais aristocrate au fond du cœur, gagné au parti royaliste par de grandes promesses de fortune et d’avancement , et qui travaillait sérieusement alors à renverser son propre ouvrage. 11 se proposait de faire servir au rétablissement de l’autorité royale l’Assemblée elle-même , où il régnait , pour ainsi dire , par le talent, l’éloquence et l’audace. Son dernier avis fut que le roi devait se retirer à Metz, alors sous le gouvernement* du marquis de Bouille; et il espérait, grâce à l’influence qu’il exerçait dans l’Assemblée , déterminer une forte majorité à écouter des propositions raisonnables d’accommodement. 11 est certain qu’aucun orateur de l’époque n’exerça sur ses collègues un ascendant égal à celui de Mirabeau, et que lui seul osa renvoyer le défi et la menace aux formidables jacobins. « J’ai » résisté au despotisme militaire , dit-il en s’opposant à la loi contre les émigrans; j’ai combattu le despotisme ministériel; supposera-t-on que je cède au despotisme d’un club? » — « De quel droit , s’écriait Goupil , Mirabeau s’ériget-il en dictateur de l’Assemblée? » — « Goupil , répliqua Mirabeau , ne me connaît pas mieux aujourd’hui, en m’appelant dictateur, qu’il ne me connaissait naguère en me nommant Cati-