‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 136 sur 204 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lina. » En vain les jacobins de la montagne s’efforcèrent de l’interrompre par leurs rugissejnens : « Silence aux trente voix! » s’écria Mirabeau d’une voix de tonnerre, et à cet ordre le volcan rentra dans son repos. Mirabeau , cependant, ne réfléchit peut-être pas assez que son génie, tout supérieur qu’il était en effet, aurait bien moins de force en s’armant pour la cause royale que lorsqu’il avait pour lui toute la faveur d’un peuple enthousiaste , et l’impul- * sion énergique du torrent révolutionnaire. Mirabeau n’était pas moins remarquable par son immoralité que par ses talens prodigieux. Le danger que courait Louis XVI, en s’embarquant avec cet homme, rappelle celui de ce prince du conte oriental , qui , pour s’échapper d’une île déserte, fut obligé de se placer dans un esquif dirigé à travers des écueils par un pilote • moitié homme et moitié tigre '. La maladie subite et la mort de Mirabeau , qui périt victime de ses débauches , fit avorter le projet. Sa perte fut l’objet d’une douleur publique. Il est pro-

1 L’extérieur de Mirabeau pouvait donner une idée de son caractère. Petite taille , tète de taureau , formes d’Hcrcule, chevelure épaisse, en désordre, ombrageant un visage difforme et couvert de cicatrices. « Imaginez-vous , disait-il , en se dépeignant lui-même à une dame qui ne le connaissait pas , imaginez-vous un tigre qui a eu la

276 VIE DE NAPOXÆON BUON APARTE, bable , néanmoins , si l’apôtre de la révolution eût vécu plus long-temps , ou qu’il en eût arrêté les progrès , ou que ses propres membres déchirés eussent omé les piques de cette multitude qui le conduisit au tombeau les armes renversées et poussant des cris funèbres. 1

L’autre confident du roi était le marquis de Bouillé , militaire de la vieille roche , royaliste par naissance et par principes , ne ressemblant en rien à Mirabeau. Il avait joué un rôle dans la guerre d’Amérique, et se trouvait, à l’époque de la révolution , gouverneur de Metz. Bouillé était doué d’une grande énergie de caractère. Sans recourir à aucun déguisement, et quand le désordre régnait dans l’armée , il parvint. à maintenir la discipline dans la garnison de Metz. Telle était l’insubordination des troupes , que La Fayette et son parti dans l’Assemblée , non seulement hésitèrent à destituer un général qui savait se faire craindre et obéir des soldats sous son commandement , mais qu’ils se virent obligés, tout royaliste qu’était

petite vérole. » Quand il s’apprêtait à réfuter ses adversaires dans l’Assemblée , il avait coutume de dire : « Je vais leur montrer la hure du sanglier. » Faisant ainsi allusion à sa tête aux crins hérissés et armée de défenses.

1 II mourut le 28 mars 1791.

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