CHAPITRE VI
protestait solennellement contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité , qu’il faisait remonter aux événemens du 6 octobre.
La première personne que la reine rencontra en sortant, ce fut La Fayette lui-même, qui traversait la place du Carrousel. Mille autres dangers attendaient les malheureux fugitifs; et s’ils échappèrent d’abord comme par miracle, ce fut moins une faveur de la fortune qu’un effet de son inconstance. Une escorte avait été placée pour eux à Pont-de-Sommerville ; sa présence ayant excité les soupçons du peuple, on la fit. retirer à Sainte-Menehould ; ils rencontrèrent un faible détachement de dragons que Bouillé , dans le même but, avait dirigé sur ce point. Mais pendant qu’on changeait de chevaux, le roi, dont le visage était remarquable, fut reconnu par Drouet, fils du maître de poste Ardent révolutionnaire, ce jeune homme ré- * solut d’empêcher la fuite du souverain. Il monte à cheval , et court au galop sur la route dcVarennes pour aller informer la municipalité du lieu de l’arrivée du roi.
1 M.deLaeretclIe ( voyez son Histoire de France , t. vm , p. 357) dit: Drouet, maître de poste, et non pas son fils.
Il ajoute , page a58 , que ce fut un nommé Guillaume, ami de Drouet, qui monta à cheval; puis, page afii , que Drouet avait rejoint Guillaume à Varennes. (Édit.)
a84 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
Deux incidens remarquables donnent àpenser que le bon ange de Louis veillait encore sur sa destinée. Un maréchal-de-logis de dragons , royaliste décidé, qui soupçonna l’intention de Drouet , se mit sur ses traces dans le dessein de l’arrêter à tout hasard. Plus familier avec les détours de la route , Drouet évita une poursuite qui pouvait lui être fatale. L’autre incident fut que Drouet suivit d’abord la route de Verdun, persuadé que le roi se dirigerait de ce côté : le hasard seul le détrompa.
Il entre à Varennes , où il trouve les autorités disposées à s’opposer au passage du roi. Louis arrive lui-même ; on l’arrête , la garde nationale est appelée , les dragons refusent d’employer leurs armes à la défense du monarque. Un détachement de hussards aurait pu forcer le passage ; il arrive trop tard , agit mollement , et finit par se * retirer. Une lueur d’espérance restait encore. Que Louis eût gagné une heure et demie seulement, Bouillé pouvait se présenter à Varennes à la tête d’une troupe fidèle et disciplinée , qui eût aisément dispersé la milice nationale. Le marquis avait même envoyé un émissaire dévoué qui obtint une audience du roi à Varennes ; mais Louis répondit constamment qu’étant prisonnier, il ne voulait donner aucun ordre. Enfin presque toutes les troupes de Bouillé se déclaré-