‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 142 sur 204 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

donner sa constitution; et malgré l’impopularité attachée à la cause royale , plus impopulaire encore depuis la malheureuse tentative de Varennes , il résolut de conserver à la couronne la place qu’elle avait dans le nouveau pacte fondamental. Barnave et quelques autres députés réunirent leurs efforts aux siens. Ce n’était pas qu’ils partageassent toujours les idées de La Fayette, mais ils craignaient la honte de laisser voir au monde qu’une constitution fondée pour l’immortalité, par le génie politique des plus grands hommes d’Etat de la France , était néanmoins de construction si fragile qu’elle s’écroulait au premier choc. Mais le projet du commandant en chef ne pouvait réussir que par une victoire sur les forces réunies des républicains et des jacobins qui ne manqueraient pas, de leur côté, d’armer le géant aux mille bras , c’està-dire d’organiser mie insurrection populaire.

T elles étaient les opinions politiques , lorsque l’infortuné Louis fut ramené à Paris avec son épouse et ses enfans. Il était couvert de poussière, épuisé de fatigue, accablé de douleur. Les fidèles gardes-du-corps étaient garrottés comme des criminels sur le siège du conducteur. L’entrée fut silencieuse , sans aucun signe de respect. La garde ne présenta point les armes; * le peuple resta couvert; personne ne dit en

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voyant le roi : Que Dieu le bénisse Plus loin, une populace innombrable entoura la voiture ; ce ne fut qu’avec la plus grande peine que la garde nationale, aidée par quelques députés, parvint à frayer le passage. La famille royale se vit de nouveau confinée dans sa prison des Tuileries.

Le moment fatal semblait approcher pour le roi. Les différens partis eurent bientôt l’occasion de mesurer leurs forces. Sur la proposition des meneurs républicains et j acobins , une grande réunion eut lieu au Champ-de-Mars*, à l’effet de signer une pétition rédigée dans les termes les plus grossiers, pour demander la déchéance du monarque. Au milieu de la place, sur un échafaudage , était un édifice en bois qu’on appelait l’autel de la patrie. Il avait été construit pour la fête du 14 juillet 1790, c’est-à-dire lors-

1 God bless y ou , Dieu vous bénisse, etc. Pendant le cours du procès de Charles I*r , ce prince , en se rendant auprès de ses juges ou en rentrant à White-Hall , reçut plusieurs fois des marques d’intérêt. Un jour, un groupe fit entendre le cri de Dieu conserve sa majesté ; mais un soldat ayant répondu God bless you > sir ; Dieu vous bénisse , sire , l’officier du détachement frappa de sa canne la tête de cet homme , pour le punir d’avoir exprimé un sentiment favorable au royal accusé. ( Édit. )

a 17 juillet 1791. •

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