CHAPITRE VI. 28g
que les députations des divers départemens de France vinrent jurer obéissance à la constitution. La pétition fut déposée sur cet autel; mais tout acte révolutionnaire exigeait une libation préalable de sang humain. En celle circonstance, les victimes furent deux pauvres invalides que la populace trouva déjeunant sous l’échafaudage qui supportait l’autel , et qu’elle accusa de vouloir faire sauter les patriotes. Accuser c’était condamner. Ils furent égorgés sans pitié , et leurs têtes , placées au bout des piques , devinrent, comme à l’ordinaire , les étendards des insurgés. Les officiers municipaux avaient tenté, mais en vain, de disperser le rassemblement. Bailly, maire de Paris, conjointement avec La Fayette, résolut de repousser la force par la force. La loi martiale fut proclamée; le drapeau rouge flotta sur l’Hôtel-de- Ville. La Fayette arrive au Champ -de- Mars avec un corps de grenadiers : il est reçu à coups de pierres et aux cris menaçans : A bas La Fayette ! à bas la loi martiale ! Le général ordonne à sa troupe de faire feu. Elle obéit promptement en cette occasion , car les grenadiers ayant ajusté au milieu de la foule, plus de cent hommes tombèrent morts du premier coup. En un instant le Chainp-de-Mars fut vide, et l’autorité, pour la première fois depuis la révolution, Vib dk Nap. Buon. Tome 1. 19
2C)f) VIE DE N AI’OT.ÉON BUON APARTE.
resta maîtresse dn champ de bataille. La Fayette aurait dû profiter de ce triomphe de la force légale pour assurer le triomphe de la loi ellemême; il aurait dû livrer à la justice et au châtiment ceux de ses prisonniers qui auraient été particulièrement reconnus comme agitateurs employés par les Jacobins. Mais il crut que c’était assez d’avoir tait rentrer les brigands dans leurs repaires. Plusieurs des chefs trouvèrent un asile chez les républicains , qui toutefois le leur accordèrent de mauvaise grâce à l’heure du danger *. Marat, et beaucoup d’autres qui s’étaient montrés jusqu’alors les intrépides et infatigables provocateurs des insurrections populaires , furent obligés de se cacher pendant quelque temps après la victoire du Champ-de- Mars; victoire d’abord funeste aux Jacobins, mais dont ils se vengèrent cruellement par la suite. *
1 Mémoires de madame Roland , arlicle Robert.
3 « Le peuple ne pardonna ni à La Fayette ni à Bailly la dure nécessité à laquelle il les avait contraints. C’était un véritable combat dans lequel le parti républicain , qui n’était ni assez fort ni assez soutenu, fut défait par le parti monarchique constitutionnel ; la tentative du Champde-Mars fut le prélude des mouvemens populaires qui aboutirent au 10 août. Voyez l 'Histoire de la Révolution , par Mignet. {Edit.)