CHAPITRE VI
devenus plus favorables à ce système après son retour forcé de Varennes; etl’ Assemblée, conformément aux principes posés par elle-même, aurait pu voir dans la fuite du Roi une véritable abdication delà couronne. Elle aurait pu assurer des moyens convenables d’existence à un prince placé dans une position si étrange, et souffrir qu’il allât jouir d’une indépendance honorable, soit en Espagne, soit en Italie, après que la tempête qui se formait au-deliors eût été apaisée. Dans l’intervalle, la personne de Louis eût été un gage au moyen duquel l’Assemblée aurait pu traiter avantageusement avec les princes r 4 étrangers de la maison de Bourbon et les autres puissances de l’Europe. Cette politique paraît si naturelle, que ce fut sans doute la difficulté de trouver un dépositaire du pouvoir exécutif, plutôt qu’un sentiment quelconque de préférence envers Louis XVI, qui détermina l’Assemblée à lui confier de nouveau ce pouvoir , dépouillé même presque entièrement du peu d’importance et de prérogatives que la constitu- . tion lui attribuait. La Fayette et son parti espé- * raient peut-être que le Roi renoncerait à toute idée de résistance , en voyant le peuple si généralement disposé en faveur du nouvel état de choses, et qu’il finirait par se contenter du rôle . ' insignifiant qui lui était offert.
2g4 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
S’il était impolitique à l’Assemblée de replacer la couronne sur la tête de Louis XVI, il n’était pas moins imprudent au monarque de l’accepter sans une augmentation de pouvoir qui lui donnât un rang digne de lui dans l’organisation du royaume. Jusqu’au moment où le Roi partit pour Varennes, le dégoût que lui inspirait la constitution était un secret connu de lui seul. Les circonstances pouvaient bien le faire soupçonner, mais non pas en fournir la preuve. Dans sa position , le Roi était autorisé à dissimuler ce dégoût, [farce que, en le révélant, il eût compromis sa sûreté personnelle : mais alors , le voile était déchiré ; l’Europe savait , • par la déclaration publique de Louis XVI , que depuis sa translation de Versailles à Paris, il avait agi sous l’empire de la violence. Il eût été certainement plus digne de Louis , dût ce parti achever de le détrôner, de s’en tenir à ce manifeste où il avait usé de la faculté, depuis si long-temps perdue, de parler librement et sans réticences. Rentré dans sa prison, il n’aurait point dû reprendre l’attitude d’un prisonnier, * et accepter de nouveau, comme une faveur, une couronne tronquée qu’il avait volontaire- . ment abandonnée au péril de sa personne. Les résolutions de Louis XVI étaient trop peu stables, trop surbordonnées aux circonstances
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