‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 15 sur 204 · CHAPITRE I. Itj · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. Itj

l’état de l’Europe, et nous l’avons trouvée en paix, ou faiblement agitée de troubles qui ne pouvaient durer bien long-temps. Mais c’était en France que mille circonstances, les unes ressortant de la situation générale du globe, les autres particulières au pays lui-même , se combinaient comme les ingrédiens dans le chaudron des sorcières, pour produire une suite d’apparitions effrayantes, quoique fugitives, et terminées par le terrible fantôme du pouvoir militaire absolu, avec son cortège, semblable à la tcte armée qui précède les spectres de la tragédie. 1

La cause première et essentielle de la révolution fut le changement qui s’opéra dans l’esprit des Français envers leur gouvernement et leur roi. Un dévoûment sans bornes pour le souverain avait été, depuis des siècles, le trait le plus caractéristique de la nation. Elle y voyait un litre d’honneur pour elle-même , tandis que les Anglais n’y trouvaient qu’un sujet de ridicule et de mépris, parce qu’il leur semblait que cet excès de dévoûment devait éteindre toute idée de patriotisme. Ce sentiment, néanmoins, n’avait

’ Dans le quatrième acte de Macbeth , le premier fantôme évoqué par les sorcières est celui d’une tête armée. Cette scène est nécessairement familière aux imaginations anglaises et fournit ici à l’auteur une comparaison très poétique. ( Édit .)

VIE DE NAPOLÉON BUONA PARTE, point sa source dans un esprit de servilité; il émanai t au contraire d’un principe généreux . La France est ambitieuse et amoureuse des exploits guerriers; elle s’identifie volontiers avec la gloire de ses soldats. Jusqu’au règne de Louis XV , le roi de France, aux yeux de ses sujets, était un général, le peuple une armée. L’armée doit être soumise à une discipline sévère , le général doit * exercer un pouvoir absolu ; mais le soldat porte sans honte le joug attaché à sa profession, et sans lequel il serait impossible de le conduire à la victoire .

* T oui bon F rançais consentait donc à sacrifier de sa liberté tout ce qu’il en fallait pour rendre son roi grand et la France victorieuse. Par suite de ce système , le roi était considéré ; non comme un individu sur le trône, mais comme le représentant unique del’honneur duroyaume. Dans ce sentiment', quelle que fût d’ailleurs son extravagance chevaleresque ’, il entrait beaucoup de générosité , de patriotisme et de désin- • téresscment. Ces idées se réveillèrent, après toutes les phases de la révolution, à la vue des t riomphes prodigieux de l’homme qui sera l’objet des volumes subséquens de cette histoire ,

' Hoivever extravagant and quixotic : quelque extravagant et don-quichotique qu’il fût. L’adjectif don-quieholique manque encore à notre langue. {Édit.)

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