CHAPITRE I
et qui inspira lui-méine, en beaucoup d occasions , par des exploits presque incroyables , col antique dévoûment de la France pour ses rois.
La noblesse partageait avec le monarque les avantages dont l’amour du peuple environnait sa personne. Si le prince était regardé comme le plus bel ornement du royaume, les nobles ressemblaient à des diamans de moindre prix , dont l’éclat rehaussait encore celui de la couronne. S’il était le général en chef, ils étaient les officiers supérieurs , les exécuteurs nécessaires de ses commandemens , et obligés , chacun dans leur grade, de contribuer a l’honneur et à la gloire du pays. A l’époque où ces idées dominaient , il ne pouvait s’élever de murmures contre les privilèges de la noblesse , pas plus que contre l’autorité presque absolue dumonarque. Les distinctions individuelles semblaient être un droit inhérent- à la naissance ; et si un obscur bourgeois se fût plaint de ne point posséder les immunités de la noblesse , on n’aurait vu, dans ses vaincs doléances, que le langagc»d’un insensé réclamant contre la bassesse de son extraction. Ainsi donc , toujours épris de sa chimère , le Français chantait , dansait , s’abandonnait à sa gaîté nationale , dans’ une situation où le moindre des actes de tant de patience eût été considéré , par l'insulaire
2 a VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
son voisin , comme un vrai déshonneur. Le F rançais plébéien oubliait sa misère et ses besoins , en prenant sa part de la gloire française. '
Un citoyen de Paris cédait-il le pas au dernier officier de l’année , il se consolait en lisant les victoires des Français dans la gazette. Sa part dans les impôts était-elle illégalement ou inégalement établie . une fête publique , l’aspect d’un palais nouvellement construit, devenaient aussitôt une compensation suffisante. Il portait ses regards sur le Carrousel , admirait la pompe de Versailles, et recevait avec délices un rayon de tant de splendeur, en se disant que ces édifices attestaient à tous les yeux la magnificence de son pays. Cet état de choses, tout illusoire qu’il était , semblait réaliser, tant que dura l’illusion , le rêve de ces législateurs qui voulaient créer un fonds de bonheur public , où chaque individu*aurait pu venir puiser au besoin. Si le monarque déployait ses grâces et son adresse à la chasse , ou en courant la bague , les spectateurs prenaient leur part du plaisir. Si Louis avait la satisfaction de voir s’élever à ses ordres le splendide Versailles et la majestueuse colonnade du ' «a m
1 Tel était généralement le caractère de ces Jacobites anglais qui avaient survécu même à la révolution de 1688.