CHAPITRE VU
réunions de provinces , qu’elles aient un but politique ou littéraire. Beaucoup d’entre eux avaient de l’éloquence; la plupart, un grand fond d’enthousiasme , que leur éducation classique et les flatteries qu’ils se prodiguaient tour à tour à l’envi , avaient converti en un zèle aident de républicanisme. Ils étaient ambitieux , sans doute ; mais il ne paraît pas que cette ambition ait eu un motif honteux ou intéressé. Quoique chimériques , leurs vues étaient souvent honorables , et ils marchèrent courageusement vers le but de fonder une république dans la France, au milieu de tous les désordres dont elle était le théâtre. Mais à la honte de leurs prétentions aux rigides vertus des républicains, les Girondins voulaient faire servir à l’accomplissement de leurs projets visionnaires , ces infâmes J acobins qu’ils s’étaient associés , et dont eux-mêmes devaient bientôt tomber les victimes. Ils se proposaient d’employer la violence et l’insurrection seulement jusqu’à ce que la république fût établie, c’est-à-dire selon l’expression du poète satirique : 1
For letting rapine loose and murther To rage just so far and no further ;
' Butler. (Édit.)
Vie de Nap. Boom. Tome i
3o6 VIE DE NAPOLÉON B UON APARTE.
And sctting ail the land on fire To burn a scantling, but no higker.
« De déchaîner la rapine et le meurtre pour exercer leur rage jusqu'au point convenable , et pas plus loin ; de mettre tout le pays en feu , et de le laisser brûler autant qu’il serait besoin , mais pas davantage. »
Les Jacobins composaient la seconde faction. Us étaient alliés des Brissotins; mais bien déterminés à commettre les derniers excès en se couvrant toujours du manteau républicain. Robespierre, en affectant une vie frugale et austère , conservait le titre d’incorruptible que lui avait décerné la multitude , et pouvait passer pour le chef des Jacobins; en supposant queles Jacobins eussent un chef, et si plutôt ilsn’étaient pas comme les loups quirèglentleurs hurlemens sur ceux du loup qui hurle le plus fort. Après Robespierre venait Danton, aussi inexorable que lui , mais moins prudent , parce qu’il aimait l’or et le plaisir autant que le sang et le pouvoir ’. Marat, qui parlait de meurtre avec autant de complaisance que les soldats s entretiennent de batailles; le misérable Collot-d’Herbois, mauvais histrion ; l’ex-capucin Chabot, et beaucoup
1 Robespierre ni Danton ne faisaient partie de l’As- * semblée Législative . (Édit.)