‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 155 sur 204 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tion. » Dans le même discours, il fit un calcul exact ( car le monstre n’était pas sans quelque savoir ) pour montrer comment on pouvait tuer deux cent soixante mille hommes en un jour. Tels étaientles moyens, les agens et les projets que les J acobins allaient opposer, dans l’Assemblée Nationale, à la loyauté molle des Constilu-* tionnels, et, quand il le faudrait, aux théories alambiquées des Brissotins, sur la république. Mais avant de passer en revue les affaires intérieures de la nation , il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur ses relations à l’étranger.

Jusqu’ici , la France avait agi seule dans cette effroyable tragédie. D’abord spectatrice étonnée , l’Europe paraissait maintenant vouloir prendre part à l’action. Aucune partie du droit public n’est plus sujette à controverse que celle qui prétend définir exactement les cas où une nation , dans le sens propre du jus gentium, peut ou doit intervenir dans les affaires intérieures d’une autre nation . Si le feu est à la maison de mon voisin , la prudence et l’humanité ne m’autorisenl-elles pas , ne m’obligent-elles pas à offrir mon secours pour l’éteindre? Si j’entends crier au meurtre chez lui , l’appui réclamé par la loi , la protection dqe à l’innocent , m’excuseront d’avoir forcé l’entrée du domicile. Ce sont là des cas extrêmes et faciles à décider ; ils

ont leurs corrélatifs dans les lois des nations , mais ils se présentent rarement. D’un autre côté , entre ces circonstances et la maxime générale qui ne veut pas qu’on intervienne, sans être appelé, dans les intérêts essentiels d’autrui , il existe tout un monde inconnu de cas spéciaux qu’il n’est pas aisé de résoudre d’une manière satisfaisante.

Cette difficulté est peu sensible , néanmoins , dans l’histoire des nations. Toutes les fois que les jurisconsultes ont trouvé un nœud gordien , l’épée du souverain l’a tranché sans cérémonie. On s’est ordinairement décidé d’après ces questions pratiques : Quel avantage le parti neutre doit-il retirer de son intervention? Peut-il intervenir efficacement, et dans son propre intérêt? Dans les pays libres, il faut sans doute avoir égard à l’opinion publique; mais l’homme est le même partout. Le désir d agrandissement qui empêche un monarque despote d’écouter la voix de la justice , est également puissant sur un sénat et sur des chambres populaires. Les républiques et les monarchies tempérées ont attaqué l’indépendance de leurs voisins , aussi souvent que les princes qui n’avaient d’autre loi que leur bon plaisir, d’injustice manifeste et criante du partage de la Pologne dispense maintenant de toute hésitation à cet égard , et l’qn

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