CHAPITRE VII. ' 3l
peut dire que c’est une reconnaissance directe du droit du plus fort. Les nations voisines de la France n’auraient donc pas manqué de prétextes pour intervenir dans la révolution, si quelqu’une d’elles, à cette époque, eût trouvé un avantage à le faire.
Rivale de la F rance , et d’après son exemple , l’Angleterre aurait pu s’immiscer dans les intérêts domestiques de ce pays, en retour de l’appui qu’il avait prêté aux insurgés d’Amérique ; mais , outre que la publicité des débats parlementaires eût forcé les plus ambitieux ministres britanniques à garder au moins une apparence de respect pour les droits des autres Etats , l’Angleterre elle-même était fort divisée au sujet de la révolution française.
Tel n’était point le cas lorsque cette révolution ne faisait que de naître. Nous croyons que le premier développement des lumières, de la raison , et d’une sage liberté en France , fut salué comme un jour de printemps par toute l’Angleterre ’ ; qu’il y eut bien peu d’Anglais , en supposant qu’ils’en trouvât, quinesentissent leur cœur s’agiter de joie à la vue d’une grande et noble nation secouant ses fers , et prenant l’attitude , le
1 Les journaux et les brochures du temps en font foi. {Édit.)
3l4 VIE I)E NAPOLÉON BÜON APARTE, langage et l’esprit d’un peuple libre. Toutes les pensées , tous les regards se fixèrent sur une lutte qui semblait promettre la régénération de la France. On eût dit que cette vieille rivalité des deux peuples était pour toujours abjurée; que la parité des institutions , qu’une portion égale de liberté raisonnable , allait introduire l’affection et la cordialité dans les relations mutuelles des deux pays, puisque la France ne pourrait plus mépriser l’ Angleterre comme une nation de rustres séditieux , ni l’Angleterre mépriser la France comme un peuple d’esclaves.
Cette sympathie générale ne fut point affaiblie par les événemens de la Bastille et les violences qui en furent la suite. Le nom de celte forteresse était devenue tellement impopulaire, qu’on excusa les excès du peuple en cette occasion. Il était assez naturel d’ailleurs que ce peuple , agissant pour la première fois sous l’influence de la liberté , ne se renfermât point alors dans les justes limites de la modération. Mais il y eut toujours en Angleterre , et leur existence est une nécessité , deux partis politiques qui ne tardèrent pas à voir d’un œil différent des événemens d’un si haut intérêt.
Les révolutionnaires de France désiraient naturellement l’approbation de leurs aînés en indépendance ; et les clubs de la Grande-Bre-