‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 157 sur 204 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tagne qui se disaient les admirateurs particuliers et les propagateurs de la liberté, se crurent obligés d’applaudir aux changeinens qui s’opéraient chez la nation voisine. Il en résulta une correspondance active entre ces associations de la Grande-Bretagne , protectrices bénévoles de la cause populaire , et les révolutionnaires français, qui cherchaient aussi le triomphe de cette cause dans leurs théories et leurs abstractions philosophiques. L’Assemblée Nationale reçut avec beaucoup de distinction les députés chargés par ces sociétés de lui porter le tribut de leurs félicitations. L’échange de politesses qui eut lieu à cette occasion , inspira une admiration outrée pour le système français aux individus qui se voyaient tout à coup les intermédiaires entre une grande nation et un petit nombre de clubs. Ces derniers furent insensiblement amenés à établir un fâcheux parallèle entre le temple de la liberté française , construit, selon eux, d’après les meilleurs principes de symétrie et de régularité, et le temple où la déesse recevait depuis si long-temps les hommages de l’Angleterre. Il résulta de la comparaison , que l’édifice anglais leur parut un monument bâti aux siècles de la barbarie , défiguré par des ornemens et des emblèmes gothiques , judicieusement écartés par les modernes ar-

3l6 YIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

cliitectes. Mais ces sages politiques ne virent pas ce qu’il eût été essentiel de voir; c’est-àdire que les colonnes massives qui paraissaient , au premier abord , nuire à l’élégance de l’édifice , pouvaient avoir été placées là pour ajouter à sa solidité; et que le vénérable monument, en effet , était cimenté de manière à braver les siècles, tandis que celui de France, construit en planches revêtues d’un plâtre fragile , connue ces pompeux échafaudages élevés pour les fêtes révolutionnaires, ne pouvait être que l’objet d’une admiration éphémère.

En Angleterre , l’enthousiasme d’un parti est certain de trouver un contre-poids dans la censure de l’autre; ce qui les conduit nécessairement à une épreuve immédiate de leurs forces. Le parti populaire est toujours le plus bruyant , le plus actif, le plus imposant des deux. Il est formidable et par la masse de talens qu’il présente (car les hommes qui cherchent à briller sont ordinairement amis des innovations), et par l’unanimité vigoureuse qu’il met à les employer. Il peut exister sans doute , et il existe toujours une grande divergence de vues parmi les chefs , relativement à l’extension qu’ils veulent donner à la réforme ; mais ils sont tous d’accord pour l’entreprendre. L’opposition , d’ailleurs , puisque c’est ainsi qu’on le nourrie ,

Page 1