CHAPITRE VII. 3ig
les Torys, elle se briserait dans un conflit d’expériences téméraires.
Par une conséquence naturelle, nos Wighs voyaient avec plaisir le progrès des nouvelles doctrines de France, pendant que nos Torys . n’y trouvaient qu’un sujet d’inquiétude. Mais ces derniers acquirent tout à coup un puissant auxiliaire dans la personne d’Edmond Burke, dont les célèbres réflexions sur la révolution française produisirent, sur l’esprit public, plus d’effet qu’aucune autre production de l’époque.
Il y avait cependant une certaine exagération dans le caractère et l’éloquence de ce grand homme. En lisant aujourd’hui son fameux écrit, on conviendra qu’il aimait pu adoucir les couleurs dont il peint les extravagances révolutionnaires, eu égard à la situation particulière d’un pays long-temps courbé sous le pouvoir absolu , et jeté tout à coup au milieu d’ime liberté sans limites. Sous un autre rapport, jamais prophète ne lut dans l’avenir d’un œil plus pénétrant : il devina les desseins cachés des divers partis qui se succédèrent pendant la révolution, prévit la république dans la constitution, l’anarcliie sous la république, le despotisme militaire après l’anarchie, et pour dernier résultat, celui qui devait trouver le plus d’incrédules, il prophétisa le rétablissement tardif mais as-
suré de la monarchie légitime. Bien plus, au moment où l’Assemblée Constituante paraissait se borner à réunir Avignon et le comtat Venaissin au territoire français , Burke démasqua le projet d’étendre l’influence de la France au moyen des nouvelles théories politiques, et, sous le prétexte de propager les principes de liberté, le dessein d’attaquer à force ouverte les Etats dont on aurait d’abord séduit les sujets par des doctrines.
L’ouvrage de Burke souleva contre la révolution française des milliers d’ennemis , parmi ceux qui l’avaient d’abord vue avec faveur , ou du moins avec indifférence. Plusieurs membres distingués de l’opposition suivirent Burke dans les rangs du ministère. Celui-ci voyait avec plaisir qu’un homme connu par son zèle dans la cause des Américains, se déclarât ouvertement contre la révolution de France , et fit valoir des argumens qui peut-être eussent paru suspects dans la bouche d’un ministre.
Cependant la réprobation absolue dont l’auteur frappa toute tentative de réformes politiques, quand lui-même en avait si souvent réclamé avec ardeur, le lit accuser d’inconséquence par ses anciens amis , dont un grand nombre, et Fox en particulier , s’étaient déclarés partisans de la révolution française , sans