‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 17 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Louvre, le Français contemplait avec admiration le progrès des travaux , et le bonheur des sujets égalait peut-être celui du fondateur. Ils ressemblaient à des hommes mal à l’aise dans un jour de foule au théâtre , mais qui oublient les inconvéniens de la chaleur et de la presse ,* éblouis qu’ils sont par l’éclat du spectacle. En un mot, les opinions politiques et les véritables sentimens des Français, au commencement du dix-huitième siècle, étaient exprimés dans cette inscription, choisie pour leur palais national :

« La terre n’a point de nation comme la F rance ; aucune nation n’a de "ville comme Paris, ni de roi comme Louis. » «

Les Français jouissaient donc de cette prétendue supériorité qu’ils s’attribuaient euxmêmes ; et il devenait d’autant plus difficile de les détromper, qu’ils fermaient l’oreille à toute voix étrangère qui eût voulu leur démontrer l’imperfection de leur gouvernement , et les avantages d’un État où les sujets possédaient plus de liberté. L’amour excessif que l’on porte à son pays , cette admiration exclusive pour la constitution qui le régit, détermine ordinairement en nous un certain mépris pour les autres gouvernemens et leur système politique. Les Français, sous le règne de Louis XIV, amoureux de leurs propres institution^, ne pensaient

pas que celles des autres peuples méritassent leur attention ; s’ils s’arrêtaient un moment à réfléchir sur la constitution compliquée de leurs grands rivaux , ils abandonnaient bientôt le sujet comme inintelligible; peut-être même laissaient-ils échapper quelque parole de compas- * sion pour le pauvre souverain qui avait le malheur de présider à un gouvernement si limité dans son action , et embarrassé de tant d’obstacles Quoi qu’il en soit -de l’erreur politique où la nation française ait* pu se laisser entraîner par un excès de dévoument, il serait’ injuste de l’accuser d’un esprit bas et rampant. Servitude implique déshonneur; et, pour un Français, le déshonneur est le pire de tous les maux. Burke jugeait mieux ce peuple , en le considérant comme aveuglé par de grandes idées d’honneur et de fidélité romanesques, et déterminé à l’obéissance passive par un principe d’esprit public qui lui faisait adorer, dans le monarque, la fortune de sa patrie.

Sous Louis XIV, tout concourait à nourrir le sentiment qui associait l’honneur national aux guerres et aux entreprises du roi. L’éclat des triomphes qui signalèrent la première partie

1 Le roi d'Angleterre Est le roi d’enfer,

dit un ancien proverbe français.

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