‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 162 sur 204 · CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TII

anéantis par toute la terre , comme ils l’étaient en France.

Cette scène était simplement l’acte d’un fou ; et si l’Assemblée eût envoyé Anacharsis aux Petites-Maisons ', et sa troupe à Bit-être , cette farce ridicule eût fini comme elle devait finir. Mais le président , M . de Menou ( le même , nous croyons, qui depuis se fit Turc en Égypte) , applaudit au zèle de l’orateur , et reçut , au nom de l’Assemblée, l’hommage de ces grotesques représentai des quatre parties du monde. Pour qu’il ne manquât rien à la bouffonnerie ,

M. Alexandre Lamelh proposa, attendu que ces augustes pèlerins devaient être blessés de voir , dans le pays de la liberté , les images des nations conquises enchaînées aux pieds de Louis XIV , il proposa , disons-nous , que ces statues fussent enlevées sans délai . On y procéda en conséquence , et la destruction de ces emblèmes fut regardée comme un témoignage de s l’appui que la Fi-auce était prête à offrir à toute nation qui voudrait la suivre dans les voies révolutionnaires. Risible en elle-même, cette comédie devint sérieuse quand on en examina de plus près les suites probables. Les gouverne-

1 To Bedlam. Ce mot se prend en anglais dans un sens très étendu. (Édit.)

3z6 VIE DE NAPOLÉON DüON APARTE.

mens des États voisins demeurèrent persuadés que la France voulait révolutionner l’Europe, et porter son système de liberté et d’égalité chez toutes les nations civilisées du globe -, promesses flatteuses , qui faisaient entrevoir au peuple l’affranchissement de dures entraves et , d’injustes exclusions ; affranchissement qu’on n’offrait pas avec réserve , et en raison de l’aptitude du peuple à en profiter, mais qui lui attribuait surtout le commandement et la souveraineté, avec le privilège de se venger sur ceux qui l’avaient si long-temps tenu en esclavage. Ces espérances devaient être favorablement accueillies par tous ceux à qui on les présentait, dans quelque pays que ce fût. Mais en . même temps , et dans la même proportion , se fortifiaient chez les autres gouvernemens les craintes naturellement excitées par ces doctrines , que la France paraissait disposée à 0 soutenir par les armes.

A la vérité , ^Assemblée avait formellement désavoué le projet anti-philosophique d’étendre le territoire français par des conquêtes , mais ce désaveu était en contradiction avec la réunion récente d’Avignon et du cointatVenaissin.

Le principe qui servait de base à cette réunion pouvait d’ailleurs être invoqué toutes les fois qu’on le jugerait nécessaire.

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