‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 166 sur 204 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

naienl à la situation de Louis XVI ; déclarant que si les autres puissances de l’Europe partageaient leurs sentimens , ils emploieraient , con jointement avec elles , les moyens les plus efficaces pour mettre le roi de France en état d’affermir, dans la plus parfaite liberté, les bases d’un gouvernement monarchique également convenable aux droits des souverains et au bonheur de la nation française.

Cette menace, qui ne devait se réaliser que dans le cas où les autres puissances auraient été de l’avis des deux souverains qui l’avaient laissé échapper les premiers , était très propre à irriter , mais non pas à effrayer une nation telle que la France. On y voyait bien le désir de blesser, mais on y apercevait aussi la* crainte de frapper ; et au lieu d’inspirer le respect , elle „ souleva l’indignation et le mépris.

En France, on représentait les émigrés comme des individus qui, pour ressaisir de vains privilèges , voulaient faire envahir leur patrie par des armées étrangères ; et de peur que la sévérité de ce jugement ne fût affaiblie par l’intérêt qu’aurait pu inspirer leur état ; afin qu’on ne vît point en eux des hommes souffrant pour la cause à laquelle ils s’étaient dévoués , ou du moins alarmés sur le sort de leur souverain captif, on eut aussi recours à des mensonges

pour rendre encore plus odieuses au yeux du peuple leurs relations avec les monarques de l’Europe.

On publia les articles secrets d’un prétendu traité par lequel Monsieur et le comte d’Artois consentaient au démembrement de la France; c’est-à-dire que la Lorraine et l’Alsace auraient été rendues à l’Autriche , en reconnaissance de son entrée dans la ligue contre-révolutionnaire. Ce traité supposé fut d’abord daté de Pavie, puis de Pilnitz ; et quoiqu’il ait été momentanément considéré comme document officiel dans la Chambre des Communes d’Angleterre , on convient généralement aujourd’hui qu’il n’a jamais existé '. Mais la calomnie était trop bien adaptée aux préjugés de l’époque pour ne pas être évidemment accueillie. Il en résulta une indignation violente contre les envahisseurs ùi- ** téressés, et contre les exilés, qu’on accusait de vouloir morceler leur pays plutôt que de se soumettre à des réformes constitutionnelles qui blessaient leur égoïsme.

1 Voyez , dans le Journal anti-jacobin , deux articles sur les prétendus traités de Pavie et de Pilnitz. Nous croyons que ces deux articles sont de M. Pitt. *

* On croit que sir Walter Scott a été , dans le temps , un des collaborateurs de ce journal, dout le titre indique assez l’idée mère. M. Canning y écrivait aussi et souvent en vers. {Édit.)

Page 1