CHAPITRE Vil
Ce fut un nouveau malheur pour Louis XVI.
On prétendit qu’il appuyait secrètement les efforts de ses frères auprès des cours de l’Europe; la reine elle-même, à cause de sa parenté avec l’empereur d’Autriche, était sans cesse repré- .
sentée comme une furie ardente à venger la "* perte de son pouvoir sur cette France rebelle qui l’en avait dépossédée. On imagina un comité autrichien comme l’intermédiaire de la correspondance entre ces royales personnes, les cours étrangères et les princes émigrés : c’était encore un mensonge. Il est probable , toutefois , il est même naturel de penser que certaines communications auront eu lieu entre Louis et ses frères.
A la vérité , leurs projets de guerre étaient ■# *
peu en harmonie avec le caractère du Roi; mais il pouvait espérer quelque avantage des craintes que leurs préparatifs devaient inspirer, comme on le, supposait vainement 1 . Dans tous les cas, Louis XVI et Marie- Antoinette se trouvaient dans une position si cruelle, qu’on devrait leur pardonner tous les moyens qu’ils auraient mis en usage pour en sortir ; mais il est de
1 Telle est à peu près l’opinion adoptée par M. Thiers , sur les intentions et la correspondance de Louis XVI avec les émigrés. Louis redoutait par-dessus tout la guerre » civile. ( Histoire de la Révolution, tome 11 , page 24. )
fait que Louis et Léopold semblent avoir adopté le même système de temporisation. Leur correspondance , autant qu’on en peut juger par les lettres de M. de Lessart, ministre de Louis au département des affaires extérieures , paraît «« tendre constamment à un terme moyen, celui de maintenu* la constitution française, telle qu’elle avait été adoptée par le peuple et sanctionnéepar l’Assemblée Nationale, pendant que les ministres se seraient prévalus de la crainte que pouvait faire naître l’attitude des puissahces, pour garantir la couronne et la personne du Roi de toute agression à l’avenir. L’empereur n’était pas éloigné de défendre aux émigrés de se réunir sur son territoire , à condition que ces violences ne se renouvelleraient plus; mais Léopold demandait que le gouvernement français , de son côté , s’affranchît du club des Jacobins et de celui des Cordeliers. Associations particulières ( à les entendre , sans caractère public ni responsabilité ), ces clubs n’en régnaient pasinoins sur l’Assemblée Nationale, sur le Roi , sur la France entière, grâce aux moyens qu’ils avaient d’exciter des émeutes populaires , qui suivaient régulièrement leurs dénonciations et leurs appels à la révolte comme la foudre éclate après l’éclair.
Léopold mourut ; son frère F rançois lui succéda ; l’Autriche parut alors plus disposée à la