‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 18 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de son règne, le fit regarder long- temps comme le dictateur de l’Europe. Pendant cette période, l’opinion générale qu’on avait de son génie ; ses victoires au-dehors ; sa magnificence dans son royaume, fortifièrent l’idée que le grand monarque était seul la divinité tutélaire et le représentant de la grande nation dont il exerçait • * les pouvoirs. Les revers et la douleur assaillirent ses dernières années ; mais il faut dire à l’honneur du peuple français que son Jévoûment sans bornes envers Louis dans la prospérité, ne se démentit point quand la fortune parut abandonner son ancien favori. La France fit avancer sa jeunesse pour réparer les défaites de son vieux monarque ; et elle le fit avec autant de -résolution , quoique avec moins de gaîté peut-être, que quand il s’agissait de conserver et d’étendre ses premières conquêtes. Louis avait complètement réussi , en faisant du trône le pivot unique sur lequel devait se mouvoir l’administration générale , et en ramenant sur luimême, comme représentant du royaume , toute l’importance qu’en d’autres pays on attribue au corps entier de la nation.

En même temps qu’elle s’entourait de toute la dignité du pouvoir absolu , la monarcliie de la France était trop habile pour ne point se ménager l’appui des deux auxiliaires qui exercent

le plus d’influence sur l’esprit public. Elle intéressa donc la religion et la littérature au maintien de son autorité. Plus assujettie au roi , moins dépendante du pape que dans les autres pays catholiques , l’Eglise gallicane transmettait à la couronne cette puissance mystérieuse et * * surnaturelle qui émane directement du droit divin , et prononçait contre ceux qui auraient tenté de restreindre la prérogative royale, ou examiné de trop près les fondemens de son, autorité , les chàtimens réservés aux infracteurs de la loi divine. Louis XIV reconnaissait un service de cette importance , par une attention soutenue, scrupuleuse même, à observer les pratiques ordonnées par l’Eglise, et rendait ainsi plus indissoluble aux yeux du peuple , 1-alliance déjà si intime de l’autel et du trône. Si l’on s’arrête à la conduite privée du monarque , i

peut-être concevra-t-on quelques doutes sur la sincérité de sa dévotion , en remarquant le peu d’influence qu’elle exerçait sur le reste de sa vie ; mais si nous réfléchissons aux fréquentes contradictions de l’esprit humain , surtout en pareille matière , nous hésiterons à taxer d’hypocrisie une conduite dictée par la conscience , peut-être , autant que par les convenances politiques. Veut-on apporter plus de sévérité dans son jugement? Il faudra toujours convenir que

Page 1